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14/06/2016 10:08 EDT | Actualisé 15/06/2017 05:12 EDT

Plaidoyer pour la convergence des partis souverainistes

Malgré le fait que le PLQ reçoive une pluie de critiques sans précédent pour sa gestion du Québec depuis 2014 (voire 2003), il est fort probable que ce parti sera réélu aux rênes du gouvernement en 2018.

Bien des souverainistes de gauche sont inquiets lorsqu'ils pensent aux prochaines élections québécoises, car rien n'indique actuellement que les indépendantistes et les progressistes seront mieux représentés après le prochain scrutin québécois.

En effet, malgré le fait que le PLQ reçoive une pluie de critiques sans précédent pour sa gestion du Québec depuis 2014 (voire 2003), il est fort probable que ce parti sera réélu aux rênes du gouvernement en 2018. Pourquoi? Parce que les partis souverainistes (QS, ON et le PQ) sont en concurrence pour obtenir le vote des indépendantistes et que, dans le contexte du mode de scrutin actuel (uninominal à un tour, 125 comtés), la division du vote des souverainistes leur fait perdre de nombreux comtés aux mains du PLQ et de la CAQ.

Pourtant, en regardant la majorité des sondages sur les intentions de vote des Québécois, si on additionne les points de pourcentage des partis souverainistes, le total de part de votes dépasse facilement celui de chacun des 2 autres principaux partis fédéralistes (PLQ, CAQ). Dans ce contexte, les trois partis souverainistes n'auraient-ils pas avantage à s'entraider pour tenter de tirer profit de la situation actuelle et de faire avancer leurs projets communs?

En 2012, les partis souverainistes ont obtenu 56 comtés sur 125 : le PQ 54, QS 2, ON aucun; la CAQ 19 et le PLQ, 50 députés. Gouvernement minoritaire péquiste de justesse. De ces résultats, une analyse minutieuse par comté nous amène à découvrir une donnée importante : 24 des 69 comtés remportés par la CAQ et le PLQ (soit 19,2 % du total des comtés québécois) l'ont été alors que le nombre de votes réunis pour les partis souverainistes (PQ+ON+QS) dépassait celui de chacun des candidats vainqueurs caquistes ou libéraux.

Avec ces résultats, on peut imaginer un scénario hypothétique où les partis en présence obtiendraient approximativement le même nombre de votes qu'en 2012, mais où les partis souverainistes auraient eu l'intelligence de faire alliance pour ne pas se nuire, en se partageant certaines circonscriptions stratégiques avant l'élection, afin d'y présenter un seul candidat souverainiste par comté. Résultat : les partis souverainistes auraient réalistement pu faire élire 10 à 12 députés de plus sur les 24 divisés/perdus; gouvernement majoritaire souverainiste multipartite contenant un grand nombre de députés péquistes, et quelques députés de QS et de ON.

Mais malheureusement, l'échec du projet de convergence de 2012 des partis souverainistes a résulté en l'élection d'un gouvernement péquiste minoritaire avec les suites que l'on connait : gouvernement minoritaire péquiste ayant les mains liées, élections de 2014, gouvernement majoritaire libéral, les politiques d'austérité, recul du projet souverainiste, etc.

La division a aussi fait mal aux partis souverainistes en 2014. 18 circonscriptions (soit 14,4% du total des comtés) ont encore été perdues par la division du vote indépendantiste aux mains de la CAQ et du PLQ. En refaisant le même scénario hypothétique présenté précédemment, le PLQ aurait possiblement été minoritaire, ou majoritaire par un ou deux comtés; les partis souverainistes auraient pu former une plus forte opposition. Mais on ne peut refaire l'histoire. Par contre, il faut apprendre de celle-ci et tenter d'éviter les écueils du passé.

Maintenant, à quoi les souverainistes et les progressistes peuvent-ils s'attendre pour l'élection de 2018? Comme rien n'a changé, on peut s'attendre à un scénario similaire à celui de 2012 ou 2014, soit environ 15 à 20 % des comtés qui seront encore divisés et perdus aux profits des 2 partis fédéralistes. Ainsi, environ 20 à 30 comtés continueront d'être remportés par la CAQ ou le PLQ à cause de la division du vote des indépendantistes. Sachant cela, comment les partis souverainistes peuvent-ils continuer de se nuire alors qu'ils partent avec un retard de 15 à 20% de comtés face aux partis fédéralistes? De plus, pourquoi le PQ, QS et ON, qui sont des partis plus à gauche ou au centre de l'échiquier politique, ne prennent-ils pas plus en compte leurs valeurs communes (souveraineté, sociale-démocratie) afin d'unir leurs forces pour ne pas se diviser?

D'ici à l'élection de 2018, la tentation pour la prise du pouvoir sans faire aucun compromis avec d'autres partis politiques sera très forte pour les formations politiques souverainistes. Le PQ pourrait espérer reprendre le pouvoir sans avoir à faire de compromis, tandis que les gens de QS pourraient espérer continuer seuls leur progression vers leur objectif de prendre le pouvoir d'ici 10 ans. À cause de la division du vote des indépendantistes, ce serait malheureusement deux paris très risqués qui pourraient ne jamais se matérialiser. Le PLQ pourrait continuer de diriger le Québec pour encore plusieurs années. La course à la chefferie du PQ est possiblement une occasion en or pour mettre en place une première condition nécessaire afin d'éviter le scénario de la division : l'élection d'un(e) chef péquiste ouvert(e) à la convergence des partis souverainistes.

En effet, je suggère à tous les souverainistes qui croient en l'importance de la convergence à appuyer le/la/les candidats à la chefferie du PQ favorables à la convergence avec les deux autres partis souverainistes. C'est une condition primordiale pour la suite des choses, puisque la stratégie péquiste face aux prochaines élections sera fortement déterminée par le choix de leur chef. Ensuite, j'encourage les militants de chacun des 3 partis souverainistes à parler des dangers de la division du vote des souverainistes au sein de leurs partis respectifs. Sans quoi, les prochaines élections pourraient bien n'être qu'une triste répétition des précédentes.

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