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18/10/2016 10:32 EDT | Actualisé 18/10/2016 10:32 EDT

Le gendarme et les réfugiés

Un simple fossé à franchir sans passer par un poste frontalier, même pas de clôture. C'est ce qui attire sûrement ceux qui veulent entrer discrètement et rapidement au Canada. Les passeurs le savent.

J'habite à la campagne. J'entends les lions le matin et les loups le soir. Vous avez probablement déjà reconnu l'endroit. J'entends aussi les sirènes des véhicules de la GRC parce que la frontière canado-américaine n'est pas loin. Elle se trouve à moins de 2 km et elle n'est pas surveillée sinon par un système de caméra et les quelques patrouilles de police. Un simple fossé à franchir sans passer par un poste frontalier, même pas de clôture.

C'est ce qui attire sûrement ceux qui veulent entrer discrètement et rapidement au Canada. Les passeurs le savent. Et ça, ça arrive régulièrement par chez nous. C'est arrivé encore hier et ça se passera encore aujourd'hui ou demain, que sais-je.

Combien de fois ai-je vu des gens déambuler devant chez moi, des familles complètes, des hommes, femmes portant le hijab et de très jeunes enfants ainsi que des bébés dans leur poussette? Ajoutez les valises et vous avez le portrait classique de la famille d'immigrants entrant au Canada de façon illégale.

Ils sont pour la plupart entrés de façon légale aux États-Unis d'Amérique, mais là n'est pas leur destination finale. Ils se font conduire en taxi au bout d'un rang du côté américain et font ensuite la traversée de moins d'une centaine de mètres pour se retrouver en territoire canadien. C'est là que les caméras les attendent et que les membres de la Gendarmerie royale du Canada les prennent en charge.

C'est exactement ce que j'ai vu lundi. Vers 7 h 30, les sirènes annonçaient une certaine activité au bout du rang. Le défilé des véhicules marqués de la GRC était sans équivoque, il se passait quelque chose. L'ancien policier que je suis n'allait pas rester assis à ne rien faire. Et puis, il arrive souvent que ces gendarmes patrouillent en solo. Je suis donc allé faire un tour sur le chemin. Ce que j'y ai vu était touchant, une fois de plus.

On aura beau dire qu'ils entrent illégalement au Canada, qu'elles ne parlent que l'arabe et qu'au bout du compte ce sont des centaines, voire des milliers de personnes dont le Canada assumera la charge le temps de l'étude de leur dossier de réfugiés, là n'est pas le propos de ce billet.

Ils ne jugent pas, ils ne condamnent pas. Ils sont les premiers contacts de personnes dont l'émotion est visible sur les visages de ces pères, mères et enfants à la recherche d'une nouvelle vie.

L'humanité des policiers de la GRC

Ce que j'ai vu hier, une fois de plus, c'est l'humanité démontrée par les membres de la GRC. Ils ne jugent pas, ils ne condamnent pas. Ils sont les premiers contacts de personnes dont l'émotion est visible sur les visages de ces pères, mères et enfants à la recherche d'une nouvelle vie.

Ces policiers travaillent avec rigueur. Ce qui ne les empêche pas de démontrer une solide générosité humaine. Bien sûr qu'à l'occasion, ils passent les menottes à certains des hommes entrés illégalement, ça fait partie du protocole. Mais quand le protocole fait en sorte que tu vois un gendarme prendre un bébé dans ses bras pour le déposer tout doucement dans son véhicule, ça prend un autre sens et ça, c'est touchant.

Ce n'est certainement pas la job la plus excitante pour un policier que de prendre en charge des gens arrivés illégalement et de les conduire là où le processus de leur demande de réfugiés sera étudié. Ce que je peux vous dire cependant, c'est qu'ils le font avec beaucoup d'empathie.

Quand c'est con, il faut le dire. Mais quand c'est bon, il faut le souligner. Lundi, il n'y avait que du bon à dire de la GRC qui, à la fin de la journée, avait pris en charge tout près d'une vingtaine de ces personnes entrées au bout du rang...

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