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08/02/2016 11:16 EST | Actualisé 08/02/2017 05:12 EST

Playboy et l'apologie de la nymphette

En voyant cette première édition «habillée» de Playboy, on a l'impression d'y voir une autre jeune fille de 14 ans qui serait tombée dans les mains de morons qui trainent les rues à la recherche de chair fraîche.

Je le dis d'emblée, j'aime la femme. Elle est belle la femme. Comme pour beaucoup d'hommes, elle me fait rêver la femme. Sous toutes ses formes et ses couleurs, quand elle est femme, je l'aime. Elle est un plaisir pour les yeux quand elle est femme. Je n'ai pas pour autant l'envie de la posséder et d'en faire une marchandise sexuelle offerte au plus offrant sur la rue où comme escorte.

Je ne l'aime pas de la même façon quand elle est nymphette. J'ai une tout autre vision quand elle a 14 ans et qu'elle publie des photos d'elle sur les réseaux sociaux. Quand ces photos servent de portes d'entrée à de sales manipulateurs. Ils sont souvent membres de gangs de rues et jouent les princes charmants en offrant la belle vie, les beaux vêtements, les soirées alcool et drogue inclus. Jusqu'au moment où vient le temps de payer en jouant la carte de l'amour et de la liberté.

Je suis plus policier qu'homme quand je vois les photographies de Jade, Kelly, Noémie et Sarah diffusées par les médias parce qu'elles sont mineures et qu'elles ont fugué une, deux, trois et même quatre fois au cours des derniers mois. Quand ce qu'elles veulent c'est d'essayer le métier d'escorte juste pour voir. Quand elles disent qu'elles auront une voiture de luxe et un condo à l'âge de 18 ans en vendant leur corps au profit du faux amour d'un pimp. Celui-là même qui ne les laissera jamais mettre la main sur l'argent que dépenseront des hommes tout autant criminels que leurs souteneurs.

On parle beaucoup de ces jeunes filles qui disparaissent depuis quelques semaines. Le phénomène n'est pas nouveau et il est beaucoup plus répandu que ce que l'on croit. Les statistiques font état de plus d'une dizaine de disparitions par jour au Québec. Si ce n'était des parents et des médias qui en parlent beaucoup plus depuis le début de l'année, le tout relèverait du fait divers.

Et Playboy dans tout ça?

Le célèbre magazine américain, lancé en 1953 par Hugh Hefner, a annoncé en grande pompe l'automne dernier vouloir mettre fin à la publication des photos de nu. Il semble que l'impossibilité de faire face à la concurrence de la pornographie, notamment sur le web, soit à la base de cette décision.

De Marilyn Monroe en 1953 à Kate Moss en 2014, en passant par Sharon Stone, Charlize Theron et Cindy Crawford, de très belles femmes se seront dévêtues dans les pages du mensuel. Je dis bien des femmes, pas des enfants, même pas en apparence. Selon ce que l'on entend, on pourra maintenant vraiment acheter la publication pour les articles qui s'y trouvent, sauf que...

Un sérieux malaise

Dans sa première édition «habillée» Playboy met en vedette une jeune femme âgée de 20 ans, Sarah McDaniel. Oui elle est majeure et vaccinée. Non elle n'a pas fugué d'un centre jeunesse de Laval et ni la police, ni ses parents ne sont à sa recherche et il est pas mal sûr que les gangs de rues n'ont rien à voir avec sa renommée. Elle sera en vedette après que la Canadienne Pamela Anderson ait été la dernière à laisser ses vêtements au vestiaire avant la séance de photos.

Le malaise tient du fait non pas de la presque nudité de la dame, il s'agit ici d'un contexte différent. Le problème réside plutôt dans le fait qu'en voyant cette première, on a l'impression d'y voir une autre jeune fille de 14 ans qui serait tombée dans les mains de morons qui trainent les rues à la recherche de chair fraîche, qu'ils soient pimps ou clients. Tout y est, le selfie d'une ingénue, le regard se voulant provocateur et curieux. Même le duckface y est, sans compter sur un mot-clic directement issu des réseaux sociaux: Heyyy ;)

Suis-je le seul à éprouver un tel inconfort? Les journaux et la télévision nous montrent de plus en plus des photographies de nymphettes en danger de se faire abuser, agresser et utilisées à des fins purement pécuniaires par des charognards sans couilles.

Pendant ce temps, on dirait que Playboy utilise la même image, le même regard, presque le même visage et tente d'attiser l'attention d'une clientèle qui est à la recherche de chair de plus en plus fraîche, de plus en plus jeune. C'est un peu paradoxal non? D'un côté on ne souhaite pas que nos filles finissent du côté des gangs de rues pendant que de l'autre, on nous laisse croire qu'une fois rendue majeure, c'est correct de faire de l'argent avec son corps utilisé par les autres. J'oubliais, l'argent que Playboy verse est plus imposant que celui d'un pimp...

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