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20/04/2018 06:00 EDT | Actualisé 20/04/2018 08:49 EDT

Semaine de l’action bénévole: 5700 heures à faire du bien aux autres

Rita, une existence méconnue en dehors du cercle de ses proches, mais de celles qui changent la société et donnent foi en l’Homme (et surtout la Femme).

KatarzynaBialasiewicz via Getty Images

Saviez-vous que, dans une vie, nous passons en moyenne 25 ans à dormir, 60 heures à attendre au téléphone, 115 jours à rire et plus de 2000 heures à bronzer? Insignifiantes statistiques qui vous font hausser les épaules, je sais. Mais c'est à titre de comparaison avec les heures de la vie de Rita Lefebvre que je vous les assène. Rita, une existence méconnue en dehors du cercle de ses proches, mais une vie d'action proprement remarquable, de celles qui changent la société et donnent foi en l'Homme (et surtout la Femme). Une vie qui s'est arrêtée tout en douceur, dans un fauteuil devant la télé au terme de 91 ans de dévouement auprès des autres.

De cette longue vie productive, Rita aura en effet consacré plus de 5700 heures au bénévolat auprès des personnes âgées d'un même établissement, le Centre d'hébergement Judith-Jasmin. En cette Semaine de l'action bénévole, et alors que les récits moroses fleurissent dans le jardin empoisonné des nouvelles, j'ai eu envie de consacrer quelques lignes à ce bout de femme de tout juste 5 pieds, qui ne s'en laissait remontrer par personne, mais qui a illuminé la vie de nombre de personnes âgées, malades et en perte d'autonomie avec une constance et un dynamisme sans égal.

Courtoisie
Rita Lefebvre

Enseignante au primaire pendant toute sa vie active, d'abord dans Lanaudière puis à Montréal dans Tétreaultville, Rita, ne s'est jamais mariée. Elle a plutôt longtemps joué le rôle d'aidante naturelle auprès de sa mère malade. C'est au décès de celle-ci que Rita s'est présentée au Centre Judith-Jasmin, le jour même de son ouverture, à l'automne 1982, prête à mettre son expérience au service des résidents.

Voulant venir en aide au personnel surchargé, elle avait besoin, disait-elle, de soulager les autres. Jeune retraitée, elle avait après tout la vie devant elle pour faire du bien. Et pendant plus de 33 ans, c'est ce qu'elle a fait, fidèle au poste contre vents et marées, à travers la maladie, la mort de sa sœur chérie (elle aussi bénévole) et les douleurs de l'âge, jusqu'à la toute fin, alors même que ceux qu'elle aidait étaient souvent plus jeunes qu'elle.

Lucie De Blois compte parmi les bénévoles dont la vocation naissante s'est trouvée confortée, cristallisée, au contact de Rita. C'est avec une émotion palpable qu'elle évoque celle qui chapeautait les bénévoles du centre sous sa houlette souriante mais, n'en doutez pas, tout à fait ferme.

«Pour la petite histoire c'était une grande fan du Canadien de Montréal. Les dernières années, elle voyait très mal, alors elle avait approché son fauteuil tout près de la télé. Elle s'installait devant les matchs avec du chocolat et des chips, et chaque fois que son équipe marquait un but, elle mangeait un chocolat».

Si je ne suis pas capable de sourie, je reste chez moi, je tiens à leur apporter de l'air de l'extérieurRita Lefebvre

Plus sérieusement, tous voyaient en Rita une femme dédiée, organisée, méticuleuse, mais, très loin du cliché de la douce dame patronnesse effacée, forte plutôt de ce caractère bien trempé capable de déplacer des montagnes : « Quand elle faisait sa petite face autoritaire, elle nous disait "tassez-vous, les p'tites filles", on savait qu'elle allait obtenir ce qu'elle voulait!». Le Centre d'hébergement Judith-Jasmin était devenu sa deuxième maison, au fil de toutes ces années. Et, comme c'est souvent le cas, son engagement était contagieux :

«Elle a contribué à former des générations de bénévoles, dont moi, et bien d'autres, car elle s'occupait aussi des étudiants qui prenaient la relève des équipes habituelles l'été».

Arrêter de conduire à l'orée de ses 89 ans a constitué un deuil, mais elle n'a pas renoncé à son bénévolat, payant même le taxi de sa poche pour rallier le CHSLD où l'attendait ses amis, sa deuxième famille.

Une salle de loisirs au nom de Rita Lefebvre a été inaugurée la semaine dernière au Centre d'hébergement que sa présence a marqué à jamais. Entre ses murs, d'autres générations de bénévoles deviseront ave d'autres générations de résidents. Nous sommes peu de chose, mais nous sommes aussi beaucoup.