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05/09/2018 06:00 EDT | Actualisé 05/09/2018 16:35 EDT

CAQ: des promesses en santé qui vont nous coûter cher

On essaie de nous vendre l'idée que le privé viendra sauver de l'argent aux citoyens. Au contraire, il en coûtera systématiquement 10% plus cher!

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On promet d'être sévères envers les médecins, de couper leur salaire et de mettre en place des incitatifs punitifs pour augmenter leur efficacité, tout en annonçant en parallèle des partenariats d'une ampleur inédite avec les médecins pratiquant au privé.

L'avenir de notre système de santé est sans contredit un des enjeux de la campagne électorale actuelle. Entre les compressions budgétaires, la rémunération des différents professionnels et la construction de nouveaux hôpitaux, les promesses pleuvent. Un thème revient cependant de manière récurrente dans certains discours: le recours au privé comme une solution aux problèmes du système public.

Dans ses entrevues récentes, au HuffPost et à d'autres occasions, le chef de la CAQ François Legault explique que l'utilisation d'entreprises privées est un point central de son plan en santé.

Remettons les pendules à l'heure: non seulement les cliniques privées coûteront plus cher au gouvernement (et donc au contribuable), mais elles n'augmenteront pas l'efficacité du système et encourageront le départ des médecins du système public vers le système privé, allongeant d'autant plus les listes d'attentes.

Valoriser les cliniques privées: une erreur coûteuse

Je l'ai dit récemment: le projet-pilote du gouvernement libéral avec les cliniques de chirurgies privées a dépassé les coûts attendus (de plus de trois fois le budget prévu!) et encourage la privatisation du système de santé.

François Legault, dans une entrevue récente au Huffington Post, vantait de la même manière une idée de cliniques privées (de médecine familiale et de spécialités) subventionnées par le public. Dans leur présentation du Plan en santé de la CAQ en mai dernier, François Paradis soutenait que le privé pourrait offrir des soins de santé qui seraient ensuite remboursés par la RAMQ. M. Legault précisait ainsi dans les derniers jours qu'il comptait se baser sur le projet-pilote du gouvernement libéral et l'étendre davantage.

L'argent des contribuables est détourné vers des intérêts privés au lieu d'améliorer notre réseau public de santé.

D'un point de vue budgétaire d'abord, cette idée est difficilement défendable. D'abord, l'argent des contribuables est détourné vers des intérêts privés au lieu d'améliorer notre réseau public de santé. Ensuite, et c'est encore plus aberrant, pour garantir au privé un profit (car après tout, c'est pour le profit qu'on s'investit dans le milieu privé), le gouvernement rembourse le coût des procédures effectuées plus 10% de profits.

On essaie donc de nous vendre l'idée que le privé viendra, avec son efficacité réputée, sauver de l'argent aux citoyens. Au contraire, il en coûtera systématiquement 10% plus cher!

Soins offerts au privé: une efficacité à remettre en doute

Plusieurs promoteurs de la médecine privée mettent de l'avant une prétendue plus grande efficacité qu'au public. Pourtant, avec une réorganisation des services en accès adapté (dont j'ai déjà parlé ici), un médecin de famille pratiquant exclusivement en clinique de médecine familiale publique peut assurer le suivi de 1600 patients. À l'opposé, un médecin de famille pratiquant au privé dans les Cliniques médicales Lacroix suit 500 patients (ces statistiques sont tirées du texte du Dr Vadeboncoeur).

Ce n'est qu'un exemple, mais on peut vraiment remettre en doute la prétendue panacée des cliniques privées. D'autant plus que pour chaque médecin qui quittera le public pour aller travailler dans le privé, plusieurs patients perdront leur médecin traitant et devront consulter à l'urgence pour en trouver un autre... Il est difficile de croire que cela aura un impact positif sur les listes d'attente.

Un double message nuisible pour la rétention des médecins

Il s'agit là de l'un des plus grands non-sens du plan santé de la CAQ: on promet d'être sévères envers les médecins, de couper leur salaire et de mettre en place des incitatifs punitifs pour augmenter leur efficacité, tout en annonçant en parallèle des partenariats d'une ampleur inédite avec les médecins pratiquant au privé.

La différence entre un médecin au public et au privé, c'est que le privé est beaucoup moins encadré et réglementé par le gouvernement.

La seule différence entre un médecin au public et un médecin au privé, c'est que le système privé est beaucoup moins encadré et réglementé par le gouvernement. En d'autres mots, les médecins mécontents des conditions de travail imposées dans le domaine public n'auront qu'à aller pratiquer au privé... pour s'assurer un salaire payé par la RAMQ en fonction des actes dispensés + 10% - et cela, sans compter les profits faits avec les patients qui consultent au privé directement!

François Legault, questionné à ce sujet dans le cadre d'une entrevue au HuffPost, l'admet lui-même: il ne «sait pas» comment il fera pour assurer la rétention des médecins dans le système public dans de telles conditions. «Cela sera certainement plutôt difficile».

On ne peut qu'être d'accord.

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