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13/04/2018 06:00 EDT | Actualisé 13/04/2018 10:24 EDT

Madame la Mairesse, sur quel fait vous basez-vous pour considérer que le hijab est représentatif des musulmanes ?

TEXTE COLLECTIF Par quelle logique serait-il admis qu’un représentant ou une représentante d’une institution étatique arbore sa croyance religieuse ou politique?

Marc Bruxelle via Getty Images

Madame la Mairesse,

Nous tenons à vous faire part de notre profonde consternation face à votre déclaration d'être « très ouverte » à l'introduction de signes idéologiques à caractère religieux, notamment le hijab, dans les services policiers. Par quelle logique serait-il admis qu'un représentant ou une représentante d'une institution étatique arbore sa croyance religieuse ou politique?

On ne peut que saluer votre volonté d'assurer la pleine participation de tous les Montréalais et Montréalaises dans la fonction publique municipale. Le SPVM n'est pas exempté d'appliquer les programmes d'accès à l'égalité permettant de lutter contre la discrimination à l'emploi. Mais cela ne consiste pas à modifier les règlements afin de se plier aux exigences des demandeurs d'emploi.

Certes, les institutions doivent être représentatives. Mais représentatives de qui ? La réponse est simple : Des citoyens et citoyennes en tant qu'individus, et non pas en tant que membres de communautés religieuses. C'est d'autant plus aberrant dans une société historiquement déterminée par un processus de sécularisation, qui lui a permis de se détacher de l'emprise de la religion catholique. La majorité historique du Québec serait-elle la seule à pouvoir bénéficier de cette sécularisation? Les minorités seraient-elles condamnées à être représentées par des supposés groupes religieux?

Les minorités seraient-elles condamnées à être représentées par des supposés groupes religieux?

Nous avons maintes fois dénoncé le fait que nous soyons associés à une « communauté musulmane », représentée, de surcroît, par une idéologie de l'islam politique, aujourd'hui fortement décriée, y compris dans son pays d'origine, l'Arabie saoudite.

En lien avec votre initiative d'une Table sur la diversité, l'inclusion et la lutte contre les discriminations, nous vous invitons à prendre connaissance de notre mémoire déposé dans le cadre du Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination du ministère de l'Immigration. Nous y expliquons que cette vision stéréotypée des musulmans, ainsi que les demandes d'accommodement de la part de représentants auto-proclamés de ladite communauté musulmane, est une entrave à notre intégration. C'est ce que nous expliquons également dans le Manifeste pour un islam de liberté et de citoyenneté. Merci de tenir compte de nos arguments avant d'entreprendre des modifications aux règlements de la Ville dont nous pourrions faire les frais.

Pour ce qui est du hijab, sur quel fait vous basez-vous pour considérer qu'il est représentatif des musulmanes ? Il fait l'objet de débats à l'intérieur même du monde musulman. Le SPVM devrait-il alors s'assurer de représenter aussi la femme musulmane non-voilée ? Et comment le faire ? Il est illégal pour un employeur de demander la religion de son employé. La Charte des droits et libertés de la personne, rédigée au moment où le Québec se libérait du contrôle excessif de l'Église catholique, a permis que la religion ne soit plus un marqueur de la personne. Cet anonymat religieux est une avancée et un élément de progrès dans une société. Souhaitez-vous faire marche arrière sur ce principe ?

Cet anonymat religieux est une avancée et un élément de progrès dans une société. Souhaitez-vous faire marche arrière sur ce principe ?

À en croire le conseiller municipal Marvin Rotrand, l'enjeu consisterait tout simplement à mettre au point « un modèle approuvé de hijab », comme si l'affaire se résumait à de simples considérations sécuritaires et vestimentaires. Or, les signes religieux sont lourds de signification. Ils renvoient à des idéologies qui sont souvent source de tensions, et évoquent parfois des événements sanglants.

Par exemple, le voile est symbole de violence pour beaucoup de femmes ayant vécu la guerre menée par les islamistes contre les civils en Algérie, ou pour celles qui viennent d'Iran où enlever le voile signifie la prison. Comment ces femmes pourraient-elles se confier à une policière en hijab ? Il en est de même pour toutes celles qui ont fui son imposition par la barbarie. Avez-vous pensé à elles ?

Au-delà du discours idyllique des promoteurs du voile, la vérité est toute autre. Il est une barrière efficace imposée aux femmes pour restreindre leur champ de liberté et contrôler leur sexualité. En aucun cas l'assouplissement des lois et règlements pour permettre le voile n'aidera les femmes à s'émanciper. Les lois laïques sont celles qui protègent le mieux les droits des femmes.

Madame la Mairesse, en affichant une grande ouverture au voile, vous privilégiez une idéologie qui s'imprègne de l'intégrisme islamiste et, par la même, vous « pavez l'enfer des autres de vos bonnes intentions », pour reprendre les termes de Chahdortt Djavann, une femme qui a subi le régime islamique d'Iran.

Les exemples internationaux ne manquent pas pour illustrer le contrôle de la femme par le voile. Ici même au Québec et au Canada, plusieurs cas de crimes d'honneurs liés au voile sont répertoriés, dont récemment un père de famille de Gatineau accusé au criminel, car il battait sa fille qui refusait de porter le hijab. D'après l'agente chargée du dossier, l'adolescente « a trouvé le courage de dénoncer la situation ». Croyez-vous que la jeune fille se serait confiée si l'agente avait été voilée?

Les policiers et policières sont des intervenants de première ligne. La priorité n'est pas d'assurer du travail dans la police aux femmes qui refusent de se plier aux règles de l'emploi. Elle est de s'assurer de la sécurité de tous les citoyens et citoyennes et de les protéger de toute pression communautariste indue ou de harcèlement psychologique.

Alors que l'uniforme du policier renvoie une image de neutralité, les signes religieux renvoient celui d'un clientélisme religieux.

Alors que l'uniforme du policier renvoie une image de neutralité, les signes religieux renvoient celui d'un clientélisme religieux. N'est-ce pas de manquer de respect au citoyen que de lui imposer un tel message symbolique contradictoire?

Madame la Mairesse, permettre le port de signes religieux aux représentants de l'État constitue un inversement du devoir de neutralité, comme le dit Guy Rocher, un des pères de la Révolution tranquille. La majorité des Québécoises et Québécois, de toutes origines, n'en veut pas. En 2013, un sondage Léger montrait que 78% des personnes sondées étaient pour une interdiction des signes religieux chez les policiers, et le sondage CROP/Radio-Canada de mars 2017 montre que 76% des personnes sondées sont favorables à l'interdiction des signes religieux pour toutes les personnes en position d'autorité.

Il serait bon, de ne pas balayer du revers de la main cette aspiration des Québécois, sous prétexte que c'est « dans l'air du temps ». C'est par une réelle laïcisation des institutions de l'État, et en tout premier lieu la police, qu'il est possible d'accueillir tous les citoyens, dans le respect et l'ouverture, quelle que soit leur origine nationale, ethnique ou religieuse.

Veuillez agréer, Madame, nos sincères salutations.

Ferid Chikhi, Conseiller en emploi

Nadia El-Mabrouk, Professeure, Département d'informatique, Université de Montréal

Ali Kaidi, Doctorat en philosophie et

Leila Lesbet, Enseignante TES

Pour l'Association Québécoise des Nord-Africains pour la Laïcité (AQNAL)

Autres signataires :

Mohand Abdelli, P.Eng.

Nora Abdelli, Infirmière

Saleha Abdenbi, Enseignante

Fatima Aboubakr, Directrice de garderie

El Mostapha Aboulhamid, Professeur, DIRO, Université de Montréal, à la retraite

Rachida Ait Tahar, Enseignante

Idir Atif, Ébéniste

Katia Atif, Intervenante communautaire

Amani Ben Amar, Agente financière, CIUSSS-Centre Sud de l'île de Montréal

Radhia Ben Amor, Coordinatrice de recherche

Leila Bensalem, Enseignante

Adel Bichara, Ex-propriétaire d'entreprises, à la retraite

Nawal Bouchareb, Citoyenne

Zahra Boukersi, Enseignante

Amel Chikhi, Biologiste

Hassina Chouaki, Citoyenne

Claude Kamal Codsi, Entrepreneur

Nariman Derky, Poète

Hakima Djermoune, Inspectrice au contrôle de la qualité pharmaceutique

Nadia Fahmy-Eid, Historienne féministe

Aziz Farès, Auteur et journaliste

Ines Hadj Kacem, Étudiante

Amel Haroud, Gestionnaire

Hassiba Idir, Gestionnaire

Idriss Idir, Ingénieur

Nacer Irid, Ingénieur

El-Houssine Idrissi, Concepteur ingénierie

Fadhila Jabnoun, Retraitée

Rabah Kadache, Enseignant

Samy Kartout, Administrateur de systèmes informatiques

Radia Kichou, Citoyenne

Siham Kortas, Enseignante à la retraite

Nacera Krim, Architecte

Karim Lassel, Consultant en développement organisationnel à la retraite

Mona Latif-Ghattas, Écrivaine

Leila Mahiout, Ingénieur informatique

Abdelhakim Medjahed, Assistant immédiat soin infirmier

Abdallah Mohamed-Saïd, Travailleur autonome

Salimata Ndoye Sall, Intervenante sociale

Boussad Oukil, Entrepreneur

Sandra Sahli, Enseignante en électronique industrielle

Farid Salem, Président de l'association Solidarité Québec-Algérie

Ferroudja Si Hadj Mohand, Éducatrice

Khaled Sulaiman, Journaliste

Zabi Eanäyat-Zâda, Auteur et conférencier

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CC. SPVM, Stéphanie Vallée, Ministre de la Justice du Québec, Médias

Voir aussi: