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22/01/2019 16:32 EST | Actualisé 22/01/2019 17:18 EST

La laïcité fait-elle peur aux gouvernants du Québec et du Canada?

Depuis plus d'une décennie le triptyque identité, culture, langue française connait un recul sans précédent, alors même que, concomitamment, le multiculturalisme et l'islamisme accroissent leur présence au sein de la société québécoise.

Daniel THIERRY via Getty Images
J'invite à la réflexion sur trois idées forces qui, selon ma perception, constituent des obstacles perfides à la formalisation de la laïcité.

Dans une récente publication Le Québec, entre le sécularisme et la laïcité, j'avais écrit, entre autres, que: «Même si le multiculturalisme est fortement remis en question en Europe, au Canada il n'est pas conciliable avec la laïcité, alors qu'il l'est avec le sécularisme.

La déconfessionnalisation a fait son cheminement, mais n'a pas atteint tous les objectifs assignés par la Révolution tranquille, notamment la formalisation de la laïcité. L'implantation de cette dernière a rencontré sur sa route une opposition sournoise des multiculturalistes pancanadiens (incluant tous leurs intégristes) et aujourd'hui celle des islamistes qui, malgré leur ignorance de la réalité sociopolitique du Québec, ne sont pas favorables à la laïcité».

Dans le propos qui suit, j'invite à la réflexion sur trois idées-forces qui, selon ma perception, constituent des obstacles perfides à la formalisation de la laïcité. Le premier de ces éléments a trait au serment de citoyenneté canadienne couplé au second, tout à fait déloyal, qui a trait à la «contrainte» de sujétion à la reine d'Angleterre que prêtent les immigrants.

Ce serment pourrait-il influencer inconsciemment leur état d'esprit? Je suis d'avis qu'il est en fait, au Québec, un écueil à l'intégration d'un grand nombre parmi eux, une entrave à leur acceptation de l'identité et de la culture françaises, en plus d'alimenter les défiances envers les valeurs de la société d'accueil.

Parallèlement à ce cadre de référence, le troisième élément est l'idéologie islamiste. Elle forme un front anti-laïcité avec les multiculturalistes canadiens et la nouvelle gauche radicale fortement noyautée par des courants islamistes.

Sujet ou citoyen ou citoyen et sujet?

Pour étayer une partie de ce qui précède, j'ai réfléchi aux causes visibles qui nourrissent l'opposition que rencontre la laïcité au Québec. Je me suis rappelé ma prestation de serment pour la citoyenneté canadienne.

À ce moment particulier de mon «appropriation» de ma nouvelle citoyenneté, j'ai ressenti une violente agression morale contre les libertés pour lesquelles j'ai opté. Trois interrogations me sont venues à l'esprit: d'abord en tant que musulman, comment pourrais-je accepter d'être sujet de la reine d'Angleterre, qui est le gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre?

Ensuite, quelle posture devrais-je adopter dès le moment où, sans en prendre la mesure, j'ai apostasié l'Islam par un serment de sujétion et je passe à l'Église Anglicane? Refuser après coup c'est se parjurer. Par extension, je me suis demandé si les autres immigrants de foi chrétienne, catholique, hébraïque et autres bouddhiste, hindouiste ressentent la même violence et, si ce n'est pas le cas, ont-ils conscience qu'ils ont renoncé à leur foi initiale? Là aussi, l'invitation à une éventuelle réflexion est lancée.

Des amis, arrivés avant moi au Québec, m'ont suggéré de ne pas m'en offusquer et d'oublier ce serment. J'avoue que je suis resté dans le doute pendant quelques mois avant de me libérer de cette problématique en la reléguant dans une case mémoire même si elle est toujours prégnante.

Pour m'autoriser ce «rangement en mémoire», j'ai fait un exercice de lecture. J'ai revisité, entre autres, le passage du Traité de l'autorité politique de Spinoza, où il écrit: «Les hommes ne naissent pas citoyens, mais le deviennent». Je suis donc devenu citoyen d'un pays qui m'a offert de l'être, après cinq ans de pratique, d'adaptation, d'apprentissage. C'est «un privilège» (!?), m'a-t-on dit, qu'il faut acquérir.

J'ai aussi relu quelques passages du Dictionnaire philosophique d'André Comte-Sponville, qui définit le citoyen comme «le membre d'une Cité, en tant qu'il participe au pouvoir souverain (autrement il ne serait que sujet) et lui est soumis (sans quoi il serait roi). Il peut exister...»

Enfin, je me souviens de Jean Jacques Rousseau qui met en évidence le fait que «Le citoyen est un être éminemment politique qui exprime non pas son intérêt individuel, mais l'intérêt général. Cet intérêt général ne se résume pas à la somme des volontés particulières, mais le dépasse». L'intérêt général, personne n'en disconviendra, c'est bien dit et cela devrait réveiller quelques bien-pensants qui interviennent régulièrement dans le débat sur les deux thèmes essentiels qui monopolisent l'attention des citoyens.

Le premier constitué autour des trois fondements que sont l'identité, la culture et la langue du Québec. Le secondconcerne l'Islamisation rampante que des activistes islamistes voudraient imposer aux communautés musulmanes et aux nouveaux convertis. Cela s'observe spécifiquement au Québec où nous assistons, avec le concours de multiculturalistes canadiens, à une banalisation et à un dévoiement des fondements qui structurent ces deux thèmes tout en minant les acquis sociétaux de la Révolution tranquille.

C'est dire combien, depuis plus d'une décennie le triptyque identité, culture, langue française connait un recul sans précédent, alors même que, concomitamment, le multiculturalisme et l'islamisme accroissent leur présence au sein de la société québécoise.

Bien entendu, pour compléter le portrait général, il faut considérer avec attention le «grenouillage» des apprentis sorciers de la gauche radicale en perte de sens.

L'urgence d'un cadre législatif pour la laïcité

Avant de clore ce propos, je reviens à l'idée première à savoir les causes de la stagnation du processus menant à la formalisation de la laïcité. Selon bien des analystes sérieux, le sécularisme offre une place privilégiée aux religions par leur intervention dans la vie des sujets tout en diluant leurs identités multiples sous les signes et symboles religieux et en reléguant au dernier rang leur citoyenneté.

Omettant de signifier que les religions ne reconnaissent qu'une seule liberté individuelle, celle de se soumettre au verbe divin ou encore comme le dit Émile Durkheim: «La religion n'est pas seulement un système d'idées, elle est avant tout un système de forces.»

C'est dire que tout en optant pour la neutralité des institutions et non des employés du service public, le sécularisme est favorable à ce que les «fidèles» puissent exprimer leurs convictions religieuses et surtout à afficher leurs signes et autres symboles religieux.

En revanche, pour d'autres, la laïcité est un produit clé en main, donc achevé et bien ancré dans leur esprit parce qu'il décline l'identité sous toutes ses facettes, et notamment celles qui deviennent communes à toutes et à tous. Pour eux, il suffit de légiférer afin que le cadre de références mette sur le même piédestal les religions tout en les excluant de la gouvernance des affaires publiques et des citoyens. Ce qui est vrai dans un État de droit. Néanmoins, une loi, quel que soit son champ d'application, exige souvent une longue préparation, une bonne compréhension et surtout un partage de ses principes. Dans le cas de la mise en œuvre de la laïcité, cela dure depuis une décennie.

Une grande majorité de Québécois ont décidé de faire confiance au gouvernement de François Legault. Dès lors, le processus législatif doit être accéléré pour remettre les pendules à l'heure, sans quoi, au nom du sacro-saint respect des minorités, le multiculturalisme aidant, les disparités, les spécificités, les singularités importées dans leurs bagages culturels et intellectuels, les agissements sociaux et politiques d'immigrants qui se complaisent dans le victimisme mettront à mal l'espace commun et public, le fragile consensus sociétal, ainsi que l'ouverture d'esprit dont a fait preuve jusqu'à présent la société d'accueil.

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