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19/03/2019 15:45 EDT | Actualisé 19/03/2019 15:58 EDT

La laïcité et l’Islam

Au Québec, tant que l'État n’a pas pris position en faveur des valeurs fondamentales du pays, la question de la laïcité a été, est et sera pour un long moment critiquée.

Edgar Su / Reuters
Des fleurs et des cartes de recueillement sur le site commémoratif des victimes de la fusillade de vendredi, devant la mosquée Al Noor à Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Au moment où le monde et la Nouvelle-Zélande n'ont pas eu le temps de faire le deuil des personnes lâchement assassinées en pleine prière à Christchurch, que les extrémismes s'aiguisent de plus en plus et qu'un autre acte terroriste est commis à Utrecht (Pays-Bas), la réflexion qui suit fait partie de la série consacrée au rapport de la laïcité aux musulmans et à leurs islamistes, publiées par le HuffPost Québec.

Il s'agit de quelques pistes examinées sous un angle singulier et pour une réflexion commune.

Il arrive souvent que des personnes, dont plusieurs sont qualifiées d'intellectuelles, énoncent sans se soucier de leurs conséquences, des sentences embarrassantes invitant à répondre à des questions dont les auteurs ne peuvent imaginer qu'elles appellent des réponses complexes.

Juste à réfléchir à leur source dans un contexte international fortement perturbé des cinq dernières décennies, exige d'aborder plusieurs facettes de la problématique avec des hypothèses qui se vérifient pour certaines et restent sans ouverture pour d'autres. Prenons pour point de départ celles qui proviennent du Golfe arabe/persique, région du monde qui connait des mutations profondes depuis fort longtemps.

Émettons, par exemple, l'hypothèse que des organisations caritatives financées par les gouvernements commanditent à leur tour elles financent, au vu et au su de tous, la constitution de groupes de mercenaires islamistes qualifiés de «djihadistes». Ces derniers sévissent partout dans le monde. Ils causent ainsi des torts irréparables aux populations agressées.

Sur un tout autre plan, ces mêmes monarchies arabo-islamistes soudoient des organisations économiques et industrielles occidentales sous forme d'achat de produits et de service. Des alliances entre pays sont ainsi tissées, alors qu'elles sont contre-nature: l'Arabie Saoudite, les É.-U. et Israël; son protégé, le Qatar avec la France, et l'Iran peine à sortir du Khomeynisme, mais se fait bien des amis en Europe.

Un nouveau monde et de nouveaux paradigmes

Seconde hypothèse validée depuis longtemps. Dans les espaces des puissances coloniales du siècle dernier des demandeurs d'asile humanitaire, des réfugiés, des immigrants, des migrants et même «des refoulés qui reviennent» surfent sur la ligne de démarcation entre la fin des colonies et le début des indépendances.

Ils forment de nouveaux groupes communautaristes, les uns plus dogmatiques que les autres. Des musulmans, surtout les natifs de ces pays, vivent des problèmes d'appartenance identitaires et exportent leur pseudo combat contre «la colonialité». Mais tous sont mal préparés à s'adapter aux sociétés qui privilégient les libertés individuelles selon des règles bien établies pour organiser le vivre ensemble en toute intelligence. Ils sont poussés à «se communautariser» et s'inspirent de l'Islam rigoriste, de faux Hadiths1 ou de vrais, mais sortis de leur contexte, et ils en usent pour nourrir les idées des individus vulnérables qui rêvent d'un monde islamique à jamais révolu.

De nouveaux prédicateurs s'autoproclament leaders en chefs de «LA» communauté musulmane et impactent l'organisation sociétale par leurs propos en déphasage total avec les aspirations des citoyens.

Mais rien, absolument rien, dans leurs discours ne met en valeur les instruments du rapprochement que sont les changements technologiques, l'apport des sciences et des savoirs multiples et divers, les arts et la littérature, les sports et l'écologie.

Parmi leurs thèmes de prédilection, la femme est au centre de leurs préoccupations et reste le sujet «le plus abhorré», mais aussi le plus commenté, pour toujours la réduire à une «chose», à une machine de reproduction.

La laïcité et les islamistes

Les islamistes le clament haut et fort la laïcité n'est pas compatible avec l'Islam, ils la qualifient de «Kufr», c'est-à-dire d'incroyance, de blasphème si ce n'est d'athéisme. Celui qui se dit laïque est par conséquent athée. Tout athée est punissable de la peine capitale, comme le sont tous les apostats.

Heureusement, que tout à l'opposé de cette ligne extrémiste, un chercheur, islamologue et lucide, le défunt Malek Chebel a plaidé pour un «Islam des Lumières», notion qui donne son titre à l'un de ses derniers ouvrages.

Comme pour instruire les intégristes de tous bords, il assène qu'«associer l'islam aux Lumières, c'est abonder dans la relation déjà inscrite dans la dynamique amorcée au XIXe siècle et poursuivie par les nombreux réformistes qui ont voulu changer le visage de cette religion en s'appuyant sur le travail de la raison».

La laïcité et les musulmans

Les musulmans ne forment pas un groupe monolithique: ils sont organisés selon une matrice en segments placés les uns à côté des autres, indépendants, mais aussi reliés par cinq piliers2 auxquels tous adhèrent sans aucune divergence. Cependant, à l'intérieur de chaque silo, les valeurs, les principes, les codes de vie, les pratiques et les références aux écoles de pensées jurisprudentielles, aux dogmes et aux identités locales sont, à quelques éléments près, différents par leurs contenus et leurs formes.

Dans le monde, les laïcs musulmans sont nombreux.

Ils vont dans le même sens que des penseurs algériens, tunisiens, marocains et égyptiens, parmi une pléiade d'autres penseurs musulmans, qui se sont penchés sur la problématique de cette compatibilité de la laïcité et de l'Islam.

Au cours des décennies, Mohamed Arkoun3 et Malek Chebek4 ont été les plus éclairants. Le premier a relevé que «la laïcité est une valeur à défendre y compris pour le monde musulman, sous réserve de la nécessité de prendre en compte les spécificités de cette culture et de son histoire. Cette défense de la laïcité s'accompagne ainsi de la critique d'une certaine tradition historique, plus particulièrement celle de la France. Si la laïcité peut s'exporter, son histoire ne peut l'être.

Il souligne que la conscience collective musulmane actuelle ne connait pas cette rupture psychoculturelle, qu'on constate depuis au moins le XIXe siècle, dans l'Occident sécularisé». Bien entendu, Mohamed Arkoun a exprimé des réserves en précisant que: «Pour sauver le monde musulman de ses démons et le sortir de ses impasses, il est essentiel que l'islam accède à la modernité politique et culturelle».

La laïcité au Québec

Au Québec, tant que l'État n'a pas pris position en faveur des valeurs fondamentales du pays, la question de la laïcité a été, est et sera pour un long moment critiquée. Le gouvernement ne doit pas, par ses hésitations et des lectures à contrecourant de ce que la société attend de lui, impulser la fragilisation des assises démocratiques que tant de générations — y compris libérales — ont contribué à bâtir.

S'opposer à la majorité des citoyens qui l'ont élu, c'est se positionner contre les libertés individuelles selon les règles préétablies et leurs effets sur la collectivité nationale.

Nous savons que chaque être humain est éprouvé en fonction du chemin de vie qui est le sien, mais nous savons aussi que la laïcité n'est pas négociable.

Au Québec, l'adoption d'une Charte qui l'arrime à celle des droits et libertés est plus qu'une nécessité. Elle est une exigence d'une société moderne, progressiste et égalitaire tant pour ses citoyens que pour ceux dont les pratiques extrémistes ont une influence palpable sur le vivre ensemble.


Notes:

1 Dits et autres commentaires ou avis du Prophète.

2La foi en un seul Dieu et Mohamed son dernier prophète, la prière, l'aumône, le jeûne et le pèlerinage.

3 C'est un Algérien, humaniste, laïque, militant actif du dialogue interreligieux, les peuples et les hommes. Il plaidait pour un islam repensé dans le monde contemporain.

4 C'est unAlgérien, anthropologue des religions. Fit ses études Algérie, puis en France. À Paris il approfondit la psychanalyse. Il enseigna dans de nombreuses universités à travers le monde. Il est décédé le 12 novembre 2016.

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