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22/12/2015 03:09 EST | Actualisé 21/12/2016 05:12 EST

La géopolitique coloniale, Daech et les migrants

Jusqu'à quand préférerait-on les interventions militaires au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, en Afrique et en Asie?

L'instabilité permanente que génèrent les pays issus de la colonisation continue de faire l'actualité que, par ailleurs, elle n'a jamais cessé d'endeuiller.

Les dizaines de milliers de migrants naufragés en Méditerranée sur lesquels un sommet du G20 s'est penché sans succès à Malte (15-16/11/2015), conjugués à ceux fuyant les guerres du Daech pour se réfugier en Europe interpellent la conscience humaine. Croire que ces deux phénomènes sont conjoncturels et sans rapport entre eux condamnerait l'Europe et l'Amérique à un afflux de réfugiés toujours plus fort au point de constituer une menace sans précédent sur leur stabilité politique et économique. En effet, les deux catastrophes ont une seule et même origine: les pays artificiellement créés par la colonisation.

Jusqu'à quand continuerait-on à détourner le regard du malheur des peuples qui en souffrent et du feu qui commence à lécher les fondements mêmes des pays les plus prospères? Jusqu'à quand préférerait-on les interventions militaires au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, en Afrique et en Asie?

En analysant les dramatiques événements du printemps Noir de Kabylie (2001-2004) on découvre que le cas de la Kabylie, loin d'être original, était celui de l'ensemble des peuples minorisés au sein des pays anciennement colonisés.

La géopolitique coloniale mérite plus que jamais qu'on s'y intéresse. C'est là que se trouvent le ventre mou du monde et ses lieux d'infection. La violence qui s'en est emparé depuis sa naissance ne disparaîtra qu'avec son extinction. Les convulsions de l'Afrique et de l'Asie des 50 dernières années lui sont globalement imputables.

1) La colonisation est la pierre angulaire de la mondialisation. Elle a permis d'implanter le modèle économique et politique européen sur l'ensemble des autres continents.

2) La mondialisation n'a été possible que grâce à la mise sur pied des États coloniaux, c'est-à-dire des administrations dotées de l'autorité publique, non pas par la volonté des peuples, mais par celle du colonisateur. Leur mission consistait à maîtriser les populations et leurs territoires. Mais au final, à travers eux, c'est une marche commune qui est imprimée à l'humanité pour aller vers sa réalisation qui n'en est encore qu'à ses débuts. On vérifie une fois de plus que les hommes font une autre Histoire que celle qu'ils croient faire. Toutefois, on tient pour acquis de la colonisation, l'instruction, les hôpitaux, les transports modernes, les administrations, la mobilité sociale, le développement des idées et des valeurs, du Droit, la modernisation des villes... Bref, tout ce qui fait la modernité et le degré de développement économique, social et culturel de l'humanité d'aujourd'hui.

3)En revanche, la décolonisation a été bâclée, ratée. Elle a créé de l'injustice devenue une entrave à la liberté et au progrès humain. Les frontières qu'elle a tracées pour chaque État sont catastrophiques pour les peuples d'Afrique et d'Asie. En ne tenant pas compte de leurs réalités identitaires, en mettant dans chaque État plusieurs peuples, en tronçonnant chaque peuple en plusieurs morceaux affectés (Touaregs, Kurdes, Peuls...), elle a piégé l'humanité africaine et asiatique. Cela a plusieurs conséquences:

a) - Les États issus de la colonisation sont voués à la dictature. La démocratie et la liberté leur sont toxiques. Ils ne peuvent leur survivre.

b) - La démocratie y est pervertie. Les élections ne s'y gagnent pas sur la base d'un programme, d'un projet politique ou d'un charisme personnel mais sur la base d'une appartenance à une majorité ethnique. Les clivages n'y sont pas politiques. Ils sont identitaires.

c) Les États postcoloniaux ne sont pas légitimes. Leur origine n'est pas celle d'une volonté populaire leur assurant la souveraineté. Ils ont pour géniteur l'ordre colonial dont ils gardent à jamais les gènes, la culture et les réflexes. Ils ne sont pas là pour servir les peuples mais pour les asservir et les réprimer.

d) - Ils ne sont pas viables car ils ne donnent pas naissance à une nation. La coexistence entre peuples différents à l'intérieur d'un même État génère conflits d'intérêts, haine et violence entre eux. Cela ne cessera qu'à leur salutaire séparation.

e) - Leur composition multiethnique en fait des bombes dégoupillées, prêtes à exploser à la moindre étincelle. Le Rwanda, la Libye, l'Irak, le Congo ou l'Afghanistan en sont les cas les plus en vue.

4)Les tentatives de gommer les identités originelles ont eu pour conséquence de livrer, dans les sphères musulmanes, la jeunesse révoltée par la dictature et l'injustice à l'islamisme qui est la source principale du terrorisme international.

5) La vision occidentale des pays postcoloniaux est obsolète.

a) - Elle confond peuple et ethnie. Dès lors qu'un État est sur pied, on considère en Occident que ses composantes identitaires ne peuvent être que des ethnies et non des peuples. C'est un déni d'existence qui, entériné, voire encouragé, est un crime en soi. Le statut d'ethnie est celui d'un sous peuple, au mieux d'une peuplade, mais jamais celui d'un peuple. C'est une injure aux peuples auxquels est assigné ce statut.

b) - L'éternel dilemme. Demander aux États postcoloniaux de se démocratiser c'est les condamner à l'éclatement. Les «minorités nationales» y sont des facteurs irréductibles d'instabilité chronique. Soutenir ces États revient à cautionner leurs pratiques génocidaires.

6) La solution est dans le droit à l'autodétermination des peuples et une nouvelle géopolitique là où l'échec est consommé, là où il y a des États faillis. La Centrafrique, les deux Congo, le Rwanda, le Tchad, l'Irak, la Syrie, l'Algérie, le Nigeria, la Somalie, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali, l'Afghanistan, le Soudan, l'Angola, etc., sont condamnés à l'effondrement auquel certains d'entre eux sont déjà parvenus. Pour éviter de plus grands drames pour l'humanité, il est vital de redonner aux peuples qui y aspirent leur droit à leur autodétermination. Il constituera une base solide pour une stabilité politique mondiale sans précédent et le triomphe de la démocratie, de la liberté et du respect des droits humains.

Le développement économique et culturel aura pour conséquence l'éloignement des menaces islamoterroristes et la fin des migrations humaines massives.

Insister sur cette géopolitique, c'est pointer du doigt une source principale de déni de droit et d'instabilité mondiale.

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