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26/04/2015 08:53 EDT | Actualisé 26/06/2015 05:12 EDT

Égalité homme-femme au Québec: vraiment ?

La présidente du Conseil du Statut de la Femme, Julie Miville-Dechêne, a rappelé la promesse brisée de Philippe Couillard d'instituer un Conseil des ministres paritaire constitué de 40 à 60 % de femmes.

Avec le dépôt du budget fédéral, le ralliement de Bernard Drainville à Pierre Karl Péladeau et la série éliminatoire opposant les Canadiens aux Sénateurs, un événement important est passé inaperçu. Sur le Huffington Post Québec, Marilyse Hamelin et Julie Miville-Dechêne, ont déjà abordé le sujet dans leurs blogues respectifs, mais les commentaires qui ont surgit suite à leurs articles m'ont tellement sidéré que j'ai décidé de revenir sur le sujet. Mardi, la présidente du Conseil du Statut de la Femme (CSF), Julie Miville-Dechêne, a rappelé la promesse brisée de Philippe Couillard d'instituer un Conseil des ministres paritaire constitué de 40 à 60 % de femmes. Mme Miville-Dechêne nous remémore que seulement 8 des 25 ministères sont occupés par des femmes (32%), administrant que 9 % du budget québécois. 91 % des richesses du gouvernement sont ainsi gérées par des hommes. Et ce n'est pas une histoire de compétence, il y a autant de femmes compétentes que d'hommes compétents au Québec.

Si 91 % des richesses étaient gérées par des femmes au Québec, les chroniqueurs de plusieurs médias québécois feraient monter le niveau des océans à force de brailler dans leurs billets. Françoise David affirmait le 26 mars 2015 qu'elle et sa collègue Manon Massé étaient les seules deux femmes à avoir participé au huis clos sur le budget québécois 2015-2016. Si seulement deux hommes avaient participé au huis clos sur l'élaboration du budget, les associations d'hommes auraient crié au scandale et dénoncé un sexisme apparent en escaladant des ponts, comme ils l'ont déjà fait en 2007.

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Peut-être que ces inégalités entre les hommes et les femmes sont le fruit du hasard. Il y a déjà eu un Conseil des ministres paritaire au Québec. Il a été institué par Jean Charest en 2007. Mais depuis, la place des femmes en politique ne cesse de s'amoindrir, ce qui nous permet de considérer ce Conseil des ministres paritaire comme une exception dans l'histoire du Québec.

Le document Portrait des Québécoises en 8 temps Édition 2015, monté par le Conseil du Statut de la Femme, est sans équivoque. Peut-être est-ce le fruit du hasard si seulement 26,6 % des élus à l'Assemblée nationale sont des femmes. Peut-être est-ce le fruit du hasard que 32 % des conseillers municipaux soient des femmes, alors que seulement 17,3 % des maires au Québec sont de sexe féminin. Si j'étais de mauvaise foi, je dirais que le hasard a un petit préjugé favorable pour les hommes.

Les institutions politiques sont dominées par la gent masculine. Et ce n'est pas une question de manque d'intérêt des femmes pour la politique. Bien archaïque serait celui ou celle qui oserait prétendre que la politique est une affaire d'homme. Au niveau économique, c'est la même chose. Les recherches de l'organisation Catalyst Knowledge Center démontrent qu'un maigre 19,8 % des sièges dans les conseils d'administration des grandes sociétés québécoises sont tenus par des femmes. Au Canada, ce chiffre descend à 15,9 % dans les 500 plus grandes sociétés.

Et l'égalité des salaires dans tout ça ? Statistiques Canada affirme qu'en 2011, le revenu d'emploi des femmes travaillant à temps plein toute l'année correspondait à 75,3% de celui des hommes. De son côté, l'Institut de la statistique du Québec confirme qu'en 2013, les femmes touchaient en moyenne 21,04 $ l'heure, alors que le salaire horaire était de 23,95 $ l'heure pour les hommes. Le salaire moyen féminin représente donc 87,9% de celui de leurs homologues masculins. S'il existe très souvent une égalité des salaires entre les hommes et les femmes d'un même milieu professionnel, reste que les métiers traditionnellement masculins sont plus valorisés, et donc mieux rémunérés, que ceux à majorité féminine.

On clame haut et fort que la société québécoise est une société égalitaire : on a même voté la loi sur l'équité salariale en 1996 (une autre marque de notre incohérence, car elle n'est pas appliquée autant au privé qu'au public). On se targue du fait que l'égalité Homme-Femme constitue le socle de nos politiques, le fondement de nos actions. Bernard Landry l'a encore fait mercredi à Radio-Canada en commentant la course à la chefferie du PQ. Les femmes et les hommes ont autant de droits, ont autant d'opportunités, dit-on. Mais les faits nous montrent que si la société québécoise est égalitaire, les hommes sont plus égaux que les autres.

Je ne suis pas un adepte des théories du complot. Je ne dis pas qu'une poignée d'hommes aux désirs ardents de soumission complotent la nuit dans un bar du Mile-End afin d'oppresser les femmes. Je ne dis pas que les hommes, aux désirs virils et malsains, s'abreuvent du désespoir féminin. Toutefois, il est impératif de relever les inégalités systémiques qui perdurent autant dans les sphères politiques, économiques et sociales de notre société.

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