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25/08/2016 10:28 EDT | Actualisé 25/08/2016 10:28 EDT

Blâmer la victime: une pratique aussi dangereuse que pernicieuse

Blâmer les victimes est une rhétorique dangereuse et délétère pour trois raisons : elle cristallise les injustices et les inégalités sociales, elle individualise les problèmes sociaux et érode les liens qui nous unissent.

Une femme est victime d'une agression et on justifie l'acte en l'accusant d'avoir porté une jupe courte. Un manifestant est blessé par les armes des forces policières et on se demande ce qu'il faisait si proche des agents de la paix. Un travailleur au salaire minimum doit s'endetter pour survivre et on affirme qu'il est irresponsable. On attaque des indépendantistes et on banalise l'événement en déclarant que des choses comme celles-là peuvent arriver quand vous faites « trop bouger les choses ».

Le blâme des victimes est monnaie courante, autant dans les sphères médiatiques que politiques et judiciaires de notre société. Que ce soit dans le traitement des nouvelles ou en cour, on fait porter un poids énorme sur les victimes tout en délestant les agresseurs de leur responsabilité. Mais une telle fréquence dans l'utilisation de cet argument ne le rend pas plus justifiable.

Blâmer les victimes est une rhétorique dangereuse et délétère pour trois raisons : elle cristallise les injustices et les inégalités sociales, elle individualise les problèmes sociaux et érode les liens qui nous unissent.

Blâmer les victimes est une technique utile pour les détenteurs des pouvoirs économiques, sociaux et politiques. Les victimes portent ainsi le poids de la culpabilité. Elles ont le fardeau de la justification. Elles traînent la responsabilité de leur propre impuissance. Difficile de remettre en question les rapports sociaux lorsque les victimes sont ainsi dépossédées de tout, jusqu'à leur propre statut.

Le blâme de la victime inverse les rôles dans toutes les situations où l'argument est utilisé. L'agresseur sexuel devient la victime de ses pulsions soi-disant toutes puissantes. Le policier armé d'une matraque et d'un pistolet est victime de la peur devant un manifestant qui scande des slogans. Le projet d'indépendance du Québec devient tout d'un coup plus dangereux qu'un homme détenant une arme semi-automatique.

En blâmant la victime, on individualise des problèmes qui sont avant tout sociétaux

Le blâme de la victime réduit, minimise, banalise. Les scandales se transforment en faits divers, les actes immondes deviennent de simple trivialité. La faute est portée par la victime, l'agresseur s'en sort indemne. Savamment utilisée, la rhétorique du blâme de la victime permet à l'agresseur de se déresponsabiliser de ses actions et de détourner l'attention populaire du vrai coupable.

De la même façon, en blâmant la victime, on individualise des problèmes qui sont avant tout sociétaux. Comment réfléchir aux inégalités entre hommes et femmes qui persistent dans notre société si nous faisons porter le poids d'une agression sexuelle à la victime? Comment réfléchir à la violence policière lorsqu'on juge que les manifestants méritent les coups qu'ils reçoivent? Comment concevoir l'érosion des filets sociaux lorsqu'on suggère que ceux qui contractent des dettes ont été irresponsables? Comment voir la haine envers les indépendantistes lorsqu'on banalise les agressions à leur égard?

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En cristallisant les rapports sociaux et en individualisant les problèmes sociétaux, on effrite les liens qui nous unissent. Comment se défendre lorsque le regard de la société est si sévère? Comment croire que les idéaux de justice, d'équité et de solidarité qu'on nous vend sont véridiques, qu'ils sont les véritables piliers de notre démocratie lorsque ceux qui portent le poids de la pyramide sociale portent également le poids de la culpabilité?

Comment atteindre une réelle société juste et équitable lorsque les victimes sont accusées et les agresseurs blanchis?

Le blâme de la victime est pernicieux, parce qu'il justifie les pires atrocités. On en vient à cautionner les agressions, à défendre l'indéfendable, à banaliser le mal. Blâmer les victimes, c'est participer à perpétuer les injustices, à multiplier les scandales et à désolidariser notre société.

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