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15/03/2015 08:48 EDT | Actualisé 17/05/2015 05:12 EDT

Liberté ou égalité?

Les notions d'égalité et de liberté ont été au cœur de la plupart des systèmes d'organisations sociales au cours de l'histoire. Ces deux concepts se sont parfois opposés, notamment durant la Guerre froide alors que les États-Unis incarnaient le pays de la liberté et l'URSS celui de l'égalité. À d'autres moments, ces deux concepts se sont complétés en se retrouvant au sein d'un même système d'organisation sociale, comme lors de la création de l'État-providence. Il s'agit d'ailleurs du système d'organisation sociale dans lequel ces deux notions ont été le plus près d'être sur un pied d'égalité.

Or, qu'importe le système dans lequel un individu se retrouve, la liberté et l'égalité ne peuvent coexister également.

Dans un premier temps, il faut comprendre qu'un système d'organisation social basé sur la liberté, par exemple le libéralisme économique du 19e siècle, n'accorde que peu de place à l'égalité. Ce sont plutôt les libertés individuelles qui occuperaient une place prépondérante. Encadré par des règles et des lois mises en place par l'État, chaque individu serait tout de même libre de penser et d'agir comme il le désire. L'État ne s'immiscerait que très peu dans les affaires privées, lui qui ne s'occuperait généralement que de percevoir un minimum d'impôt et des taxes afin d'obtenir un revenu pour les services essentiels (routes, éducation, dépenses gouvernementales de base, etc.) ainsi que pour assurer la défense nationale. Mise à part cette contrainte financière, des droits fondamentaux assurent la liberté comme celui de propriété, de prospérer, de s'émanciper et bien d'autres droits individuels. Dans certains États libéraux, chaque citoyen a notamment la possibilité de se faire justice lui-même.

En contrepartie, la notion d'égalité est bien peu présente. Elle s'applique plutôt sous forme de justice. L'État établit en réalité les conditions qui permettraient à chacun de se développer librement et de réussir. Cette prémisse établie, chacun doit par la suite travailler au meilleur de ses aptitudes pour atteindre ses objectifs. Personne n'aura été avantagé par un quelconque mécanisme social. Il aura mérité de se retrouver là où il se situe.

Le mythe du rêve américain représenterait d'ailleurs un bon exemple du peu de limites des libertés individuelles. Grosso modo, si une personne le désire, elle pourrait devenir millionnaire à condition de travailler pour y arriver. Rien ni personne ne l'en empêchera aussi bien que rien ni personne ne l'encouragera. Elle y parviendrait librement, par ses propres moyens, comme l'ont fait le self made man ou le parvenu, devenus riches à partir de rien. La notion d'égalité aurait de la valeur si ce n'est qu'au moment de la naissance, où tous démarrent également, mais pas par la suite. La notion de liberté se retrouve au cœur de tous les aspects d'un modèle social comme le libéralisme.

À l'inverse, dans un système d'organisation social reposant sur le principe d'égalité, comme le communisme, les individus sont égaux à tous les niveaux. Peu importe leur statut, leur travail, leur fonction sociale, tous reçoivent approximativement le même salaire, profitent sensiblement des mêmes biens, bref, sont au même pied d'égalité. Tous les aspects qui concernent de près ou de loin la vie en société sont égaux. La notion de liberté individuelle devient alors secondaire, car l'individu bénéficie de peu de liberté .

À l'intérieur d'un tel système, l'État s'assure que tous les individus soient égaux et ainsi qu'aucun ne bénéficie d'avantages notables sur les autres. Il le fait notamment grâce au monopole qu'il détient sur la production des biens et services. Il y aura alors peu (ou pas) de concurrences et par le fait même, les choix dont disposent chacun seront limités. Par exemple, les citoyens d'un État communiste n'auront pas accès à un éventail diversifié de vêtements ou encore de modèles de voitures puisqu'ils ne pourront se procurer que ce que l'État aura produit.

Dans ce modèle social, les libertés individuelles sont donc peu présentes et la liberté n'apparaît effective seulement dans la mesure où elle est collective.

L'État-providence, dont l'économiste britannique John Maynard Keynes est un théoricien important, illustre pertinemment une cohabitation possible des notions de liberté et d'égalité. C'est d'ailleurs à l'intérieur de ce système que ces deux notions ont eu la plus grande promiscuité. Néanmoins, qu'importe la manière d'appliquer ce type d'organisation sociale, il est impossible que la liberté et l'égalité cohabitent de façon complètement égale. À un moment ou un autre, l'une ou l'autre de ces valeurs prédominera même si, généralement, la liberté l'emportera, car un tel système repose sur le libéralisme qui a comme fondement les libertés individuelles. Le principe d'égalité agit plutôt à titre de modérateur afin d'éviter que les libertés individuelles soient trop grandes.

Dans le libéralisme pur, des libertés mènent parfois à des injustices sociales ou économiques, comme des biens disproportionnellement répartis, des inégalités quant à l'accès aux services juridiques ou au système d'éducation ainsi que bien d'autres injustices. Divers mécanismes sociaux dont l'assurance maladie, l'aide sociale et l'assurance emploi ont alors été mis en place dans l'État-providence afin que tous les individus puissent conserver une certaine dignité, qu'importe leur statut social, tout en conservant leur liberté. L'État devient donc le principal rouage qui assurera un certain équilibre entre tous les individus, tout en laissant à chacun le loisir d'agir librement.

L'ensemble des mécanismes sociaux ne sert en réalité qu'à « égaliser » les libertés individuelles pour éviter qu'un individu en profite ou en abuse trop. Il peut en user, comme dans le cas du libéralisme, mais des mécanismes, des normes et des lois applicables à tous assurent que personne n'en profite au détriment d'un autre. Par exemple, un entrepreneur peut faire travailler ses employés à un salaire X, mais il ne peut le faire à un salaire inférieur à celui fixé par l'État. La valeur première dans ce cas est donc la liberté. L'égalité ne fait qu'encadrer les libertés individuelles afin d'éviter qu'un entrepreneur réduise considérablement tous les salaires de ses employés, car il en a décidé ainsi.

En contrepartie, si les normes et les lois devenaient trop sévères dans un tel type de modèle social, l'égalité primerait alors, au détriment cette fois de la liberté. À titre d'exemple, dans la fonction publique et dans certains milieux syndiqués, tous les employés d'un même corps d'emploi reçoivent le même salaire. Cela indique que tous les employés sont traités également, ce qui empêche l'employeur de verser un salaire moindre ou supérieur. Or, ces règles privent l'employeur de la liberté de déterminer le salaire qu'il versera à chaque employé. Dans un tel cas, l'égalité aurait donc préséance sur la notion de liberté.

Ainsi, il devient clair que liberté et égalité ne peuvent cohabiter également à l'intérieur d'un système social. Ces deux valeurs peuvent ultimement se compléter, voire même éviter qu'une domine l'autre, mais chaque fois qu'une tempèrera l'autre, celle-ci perdra malgré elle de l'importance.

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