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14/09/2018 16:48 EDT | Actualisé 14/09/2018 16:53 EDT

Grand perdant du débat des chefs: la démocratie

Nous avons assisté au pire de ce que peut créer une démocratie, soit du divertissement, de la chicane de cour d’école et le rappel que le monde de la politique est hautement sexiste.

Comment se fait-il que ces trois hommes qui prétendent avoir le bien commun à cœur puissent aussi peu se respecter et s’écouter dans leurs opinions?
THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson
Comment se fait-il que ces trois hommes qui prétendent avoir le bien commun à cœur puissent aussi peu se respecter et s’écouter dans leurs opinions?

Je dois dire que depuis le début de la campagne électorale, le débat des chefs du 13 septembre fut un moment que j'ai trouvé extrêmement pénible. Nous avons assisté au pire de ce que peut créer une démocratie, soit du divertissement, de la chicane de cour d'école et le rappel que le monde de la politique est hautement sexiste.

Mon expérience dans le monde politique est très courte, mais est beaucoup plus encourageante que ce que j'ai pu y observer: tous les débats auxquels j'ai participé ont été très cordiaux et nous avons chacun défendu nos plateformes politiques en tout respect les uns des autres.

J'ai d'ailleurs parlé avec un candidat très expérimenté qui en est à sa douzième élection et qui m'a avoué son plaisir à vivre des campagnes électorales, car ce sont des moments privilégiés pour aller à la rencontre des gens. Je partage hautement son enthousiasme et je sais déjà que je sortirai grandi de cette expérience. Je comprends qu'aspirer à être premier ministre est fort différent, mais n'est-ce pas une raison de plus pour montrer l'exemple?

Trois faits m'ont particulièrement «choqué»

Premièrement, l'utilisation cruelle des citoyens, comme représentation factice que c'est le peuple qui parle, avec une exposition inutilement longue et un cadrage les ridiculisant.

La question aurait été amplement suffisante, sans demander à la fin si les citoyens étaient satisfaits de la réponse. Quelle était la réponse attendue, sinon qu'une vague réponse cordiale? «J'ai vraiment aimé sa réponse à X, les autres, pouvez-vous préciser?»

Deuxièmement, l'absence de modération du débat. Après les 45 secondes de réponse de chacun des partis, on oubliait toutes les règles d'un dialogue constructif: des attaques personnelles, de vieux dossiers, des critiques gratuites, des guerres de chiffres, on a tout eu.

Est-ce qu'au lieu de compter le nombre de minutes que prend chaque intervention, pourrait-on compter le nombre de fois que ces attaques ont eu lieu? Ou le nombre de fois où un candidat a désiré couper la parole à l'autre? J'ignore qui a gagné la palme, mais on sait que c'est un homme en tout cas.

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Troisièmement, ce débat nous rappelle que nous vivons encore et toujours dans une société sexiste. Car oui, je le constate dans toutes mes classes et dans tous mes soupers, les hommes, on parle souvent fort et avec assurance alors qu'on n'a pas toujours réfléchi à ce qu'on dit. Les femmes mesurent leurs paroles et sont souvent plus gênées.

Le prof de sociologie que je suis n'expliquera pas ici pourquoi on en est arrivés là, mais clairement la démocratie n'était pas belle à voir hier. Et non, la parité n'a pas été respectée. La démocratie a hier souffert de trois hommes qui ont une très faible conscience de l'autre et d'une capacité d'écoute qui est déplorable.

J'en profite ici pour témoigner une partie de mon expérience personnelle dans Groulx: j'ai débattu avec 12 candidats et candidates de ma circonscription et des circonscriptions voisines depuis le début de celle-ci. Sur ces 12, il y eut quatre femmes, dont une (candidate déjà élue dans le précédent mandat) qui n'a pas été invitée à dire un seul mot par son parti au cours du débat.

Sur les trois autres, deux ont avoué en début de débat être gênées et stressées de parler en public, alors que ce qu'elles ont dit était fort pertinent (même si je n'étais pas forcément d'accord avec leurs propos). Je préciserai ici qu'aucun homme n'a fait cet aveu, et moi non plus, alors que j'étais également nerveux, probablement comme tous les autres candidats.

Ces attitudes radicalement opposées face au stress et à la prise de parole sont, selon moi, les premiers obstacles à une véritable parité.

Ces attitudes radicalement opposées face au stress et à la prise de parole sont, selon moi, les premiers obstacles à une véritable parité. En prendre conscience est la première étape et revoir son comportement face à cela est la deuxième qui doit suivre assez vite.

Après un tel débat, on peut bien se demander pourquoi les gens ne votent pas et pourquoi le cynisme grandit face à la classe politique. Beaucoup de personnes m'ont avoué être indécises et attendaient ce débat pour prendre leurs décisions.

Je ne vous cacherai pas que j'estime que Manon Massé a brillé par son attitude différente et plus respectueuse vis-à-vis du socle fondamental de notre société qu'est le dialogue. Mais je vous laisse vous faire votre propre opinion sur la personne qui a fait la meilleure «performance».

Comment se fait-il que ces trois hommes qui prétendent avoir le bien commun à cœur puissent aussi peu se respecter et s'écouter dans leurs opinions?

Mais je vous pose ces questions: comment se fait-il que ces trois hommes qui prétendent avoir le bien commun à cœur puissent aussi peu se respecter et s'écouter dans leurs opinions? Comment peuvent-ils se chicaner autant et avoir des programmes dont les différences sont si minces ? Quelles sont leurs réelles intentions? Le bien-être de la société ou le désir de pouvoir? Veulent-ils dominer ou servir le peuple? Comme dit si bien G. Orwell, dans La ferme des animaux: «La bravoure ne suffit pas. La loyauté et l'obéissance passent avant».

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