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17/02/2018 08:00 EST | Actualisé 17/02/2018 10:28 EST

Il en va du bien-être des enfants

Madame Plante, soyez la politicienne visionnaire, juste et audacieuse que vous avez promis d’être et rétablissez « Livres dans la rue ».

JGI/Jamie Grill via Getty Images

Note aux lecteurs: la mairesse a informé vendredi soir que le programme sera finalement maintenu.

Chère madame Plante,

Comme plusieurs de nos confrères et concitoyens, nous avons appris avec consternation et indignation la suppression du programme « Livres dans la rue ».

Madame Christiane Charrette, dans sa lettre publique, a déjà parlé abondamment des statistiques démontrant le succès de cette entreprise. Nous n'y reviendrons donc pas.

Madame Plante, votre administration, lors de sa campagne, a présenté son désir de faire de la politique « autrement ». On dit que les enjeux tels que la justice sociale, la lutte contre la pauvreté et la participation citoyenne vous tiennent à cœur. Vous semblez tenir au bien-être des citoyens. Vous êtes aussi une mère, qui comprend certainement les bienfaits de la lecture chez les enfants.

Vous êtes aussi une mère, qui comprend certainement les bienfaits de la lecture chez les enfants.

Le contact avec les livres est encore trop limité pour nombre de jeunes, surtout en milieu défavorisé. Pourtant, c'est justement ce public qui bénéficie le plus du programme « Livres dans la rue ». Doit-on rappeler, en cette semaine québécoise de la persévérance scolaire, à quel point la lecture est essentielle à la réussite scolaire des enfants de tous les milieux, particulièrement dans les coins les moins favorisés de notre société? Doit-on rappeler, encore une fois, qu'un niveau de littératie plus élevé dans une société ne comporte que des avantages pour tous?

Ce fait n'a cessé d'être prouvé, encore et toujours, par quantités d'études. Hélas, trop d'enfants n'ont toujours pas accès à des livres. Plusieurs n'en ont même pas à la maison et ne vont jamais visiter la bibliothèque de leur quartier. L'accès des enfants aux livres n'est pas juste ni équitable. Dans une société aisée comme la nôtre, cette réalité est inacceptable et n'a pas lieu d'être. Laisser ces enfants sans livres, c'est comme laisser des plantes sans eau et sans soleil.

Alors que l'accessibilité aux livres est cruciale, il nous semble que tout devrait être mis en œuvre afin de permettre à l'ensemble des enfants de voir, de toucher, d'admirer, de humer, de manipuler, de feuilleter des livres. Les parcourir autant avec les doigts qu'avec les yeux. Chaque livre renferme un trésor inestimable qui peut enrichir la vie d'un enfant pour toujours.

Chaque livre renferme un trésor inestimable qui peut enrichir la vie d'un enfant pour toujours.

Car la lecture n'est pas qu'un facteur de réussite scolaire. Elle stimule l'imagination, améliore la santé mentale, augmente l'empathie et le sentiment de bonheur, réduit le stress, développe la compréhension du monde qui nous entoure et préserve notre culture pour les générations à venir. N'est-ce pas fondamental de protéger tout cela?

La lecture permet de former les futurs citoyens de ce monde, qui le façonneront et le changeront à leur tour pour le rendre meilleur. Pour cela, il n'est pas suffisant d'avoir des bibliothèques et des librairies. Les livres doivent sortir des établissements, être décloisonnés et démocratisés. Les livres doivent aller aux enfants, dans les parcs, les ruelles, les lieux publics.

Nos enfants ont soif d'apprendre, de voir, de réfléchir, d'être éveillés, de rêver, d'être éblouis, de repousser leurs limites, d'ouvrir leurs horizons sur l'univers. Ne laissons pas tarir ces petites sources qui ne demandent qu'à être alimentées.

Voyons au-delà des nombreuses statistiques prouvant les effets positifs de la lecture et du programme. Voyons l'émerveillement, la joie, la fierté, le plaisir, la curiosité des enfants lorsqu'ils tiennent un livre entre leurs mains!

Comment peut-on favoriser l'épanouissement des familles vulnérables en leur coupant l'accès aux livres? C'est un non-sens.

Le budget « Politique de l'enfant 2018 » vient d'être bonifié à 2,1$ million de dollars. Il « permettra la réalisation de projets en faveur de l'épanouissement des enfants et des familles, particulièrement des plus vulnérables » selon vos dires. Comment peut-on favoriser l'épanouissement des familles vulnérables en leur coupant l'accès aux livres? C'est un non-sens.

Qui plus est, le budget de « Livres dans la rue » n'est que de 112 100 $, soit 5% du nouveau budget annoncé. Couper ce programme est inutile et absurde.

Madame Plante, soyez la politicienne visionnaire, juste et audacieuse que vous avez promis d'être et rétablissez « Livres dans la rue ».

Il en va du bien-être des enfants. Et de nous tous.

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