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27/09/2015 09:27 EDT | Actualisé 27/09/2016 05:12 EDT

Sous quelles accusations Raif Badawi est-il toujours emprisonné?

Si l'Arabie saoudite veut se montrer à la hauteur, montrer ses bonnes intentions ou sa bonne volonté en étant à la tête du Conseil des droits de l'homme, elle se doit impérativement de le libérer.

Que penser de la nomination de l'Arabie saoudite à la tête du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies?

Honte et scandaleux, pour la communauté internationale de nommer dans une telle position de leader l'Arabie saoudite.

Il était déjà discutable que l'Arabie saoudite fasse partie du panel des cinq au Conseil depuis le mois de mars 2015 et qu'elle présidait le groupe lors de la session de juin dernier. De là à en devenir la haute autorité...

Il n'y a qu'une explication plausible: les pétrodollars l'emportent sur les droits de l'homme!

Pour citer Hillel Neuer, directeur exécutif de l'organisation Human Watch, «nommer le régime saoudien pour présider un tel panel sur les droits de l'homme, c'est comme verser du sel sur les plaies des dissidents qui croupissent dans les prisons saoudiennes, comme par exemple Raif Badawi.»

Dans l'édition du Courrier international du 24 septembre 2015, l'auteur du texte sur le sujet précisait que: «Dans un monde normal, observe The Daily Beast, l'Arabie saoudite serait poursuivie en justice pour son bilan désastreux en matières de droits de l'homme, et non pas nommée à la tête d'un important jury de l'autorité chargée de surveiller le respect des droits de l'homme dans le monde.»

À quoi s'attendre maintenant pour Raif ou pour les autres prisonniers d'opinion?

Nous ne parlerons que du cas de Raif Badawi, bien que les menaces de mort, inacceptables compte tenu de la nouvelle donne, pèsent toujours sur d'autres prisonniers d'opinion qui croupissent dans les prisons saoudiennes.

Si l'Arabie saoudite veut se montrer véritablement à la hauteur, montrer ses bonnes intentions ou sa bonne volonté en étant à la tête du Conseil des droits de l'homme, elle se doit impérativement de libérer Raif Badawi. C'est un prisonnier d'opinion, enfermé depuis près de 4 ans maintenant et en prison spécifiquement parce qu'il s'est porté à la défense des droits humains.

Notre espoir

Une des principales recommandations récentes du groupe: la nomination de l'universitaire américano-algérienne Karima Bennoune, spécialiste du droit international, dans la position de Rapporteure spéciale sur les droits culturels. Mme Benoune est également membre du Comité conseil de la nouvelle Fondation Raif Badawi pour la liberté.

Double standard

Si Raif n'est pas libéré, il y a alors, évidemment, un double standard. Nous conclurons que le Conseil des droits de l'homme aux Nations Unies n'est plus le canal approprié pour faire respecter et imposer les droits de l'homme à tout pays membre qui les transgresse. Sa crédibilité souffrira de cette nomination.

«Toutes les victimes de violations des droits de l'homme devraient être en mesure de se tourner vers le Conseil des droits de l'homme comme un forum et un tremplin pour l'action.»

- Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, 12 mars 2007, ouverture de la 4ème session du Conseil des droits de l'homme

La question: l'Arabie saoudite instrumentalise-t-elle les droits de l'homme?

Nous devons obtenir des réponses à la principale question qui est sur toutes les lèvres de ceux et celles que nous rencontrons depuis cette nomination.

Pourquoi Raif Badawi est-il toujours en prison?

Raif Badawi défend précisément la liberté d'expression, de presse, de conscience, de religion et soutient la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui correspond en tous points à la mission fondamentale du Conseil des droits de l'homme aux Nations unies.

Autre contradiction

Depuis près de 8 ans, l'Arabie saoudite finance à Vienne en Autriche, le centre international du Roi Abdullah Bin Abdulaziz (Kaiciid), censé soutenir la Déclaration universelle des droits de l'homme et, en particulier, les droits à la liberté d'expression, de conscience et de religion.

Selon le site qui en fait la promotion, cette organisation intergouvernementale a pour mandat de promouvoir le dialogue à l'échelle mondiale, de prévenir et de résoudre les conflits en renforçant la compréhension et la coopération.

Toujours selon la vitrine du site, ce centre favorise également le dialogue interreligieux, ainsi que les valeurs communes de paix partagées par toutes les religions.

Aussi, reposons la même question qui tue: pourquoi Raif est-il toujours en prison alors qu'il défend ces mêmes valeurs?

En sachant ce qui précède, avons-nous un espoir de voir Raif libéré?

Nous pouvons au moins espérer que quelqu'un au sein du gouvernement saoudien fasse enfin son travail en fonction et en rapport avec la nomination du pays à la tête du panel du Conseil des droits de l'homme, et que Raif soit très bientôt libéré; que l'absurdité de la situation saute aux yeux d'un magistrat du gouvernement saoudien; ou encore qu'il soit gracié par le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, qui en a tout le pouvoir.

Raif Badawi n'est pas un criminel! Raif Badawi est un prisonnier d'opinion qui défend fermement les valeurs universelles des droits humains et de la liberté d'expression.

Valeurs qui seront défendues en haut lieu, dorénavant, par le pays qui le tient emprisonné.

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