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Santé mentale: à quand un nouveau plan d'action?

Considérant que le Plan d'action en santé mentale 2005-2010 remonte à plus d'une décennie et que son implantation a présenté son lot de lacunes, il importe vivement au ministre de la Santé et des Services sociaux, Monsieur Gaétan Barrette, de rapidement se saisir du dossier.

Alors que la 64e Semaine nationale de la santé mentale tire à sa fin, il est triste de constater qu'il n'y a toujours aucune nouvelle concernant le prochain Plan d'action en santé mentale, celui-ci étant toujours repoussé aux calendes grecques. Le gouvernement semble reporter encore une fois ses responsabilités en matière de politiques en santé mentale sur ses partenaires et l'ensemble de la population.

Considérant que le Plan d'action en santé mentale 2005-2010 remonte à plus d'une décennie et que son implantation a présenté son lot de lacunes, il importe vivement au ministre de la Santé et des Services sociaux, Monsieur Gaétan Barrette, de rapidement se saisir du dossier. En effet, le gouvernement n'a toujours pas daigné présenter une nouvelle politique en santé mentale, et ce, alors que les principaux acteurs responsables des services de santé mentale au Québec ont soumis leurs recommandations en janvier 2014, dans le cadre du Forum national sur le Plan d'action en santé mentale 2014-2020 (PASM 2014-2020). L'enjeu est d'autant plus considérable que c'est plus d'une personne sur cinq qui présentera un trouble mental au cours de sa vie et qu'il s'agit non seulement de répondre efficacement aux besoins de ces personnes, mais également de ceux de leurs proches et des intervenants impliqués.

Concernant le prochain Plan d'action, outre l'importance accordée à l'intégration des pairs aidants dans les équipes de soins, aux services de crises et à l'ajout de professionnels répondants, il s'avère nécessaire de prioriser les déterminants sociaux, soit concrètement le contexte, le statut social, le réseau familial et les conditions de vie et de travail, comme grille d'analyse et d'intervention. À la lecture du Document de consultation du Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), celui-ci présenté lors du Forum national et contenant les grandes orientations du prochain Plan d'action en santé mentale, il est préoccupant de constater que les problèmes de santé mentale y soient essentiellement abordés dans une perspective biomédicale et psychologisante. Alors que la société se pare de nouvelles injonctions qui encouragent les démarches individuelles au détriment d'actions sociales et collectives, le contenu du document ministériel ajoute à l'inquiétude. Sans nier la riche contribution de l'analyse biomédicale, force est de constater que l'individu apparaît de plus en plus comme la cause principale de sa souffrance ou de son état et qu'un phénomène de responsabilisation pernicieux s'opère. Un processus qui, selon Sophie Divay, docteure en sociologie, « tend à renforcer l'attribution des conduites aux personnes, les conduisant à privilégier une forme de ''contrôle interne'' (c'est de ma faute) tout en éludant parallèlement le poids des structures sociales ». Ainsi, une « psychologisation » excessive servirait parfois à masquer les réalités sociales de domination.

À l'opposé d'une société qui chercherait à normaliser et à réduire les modalités de l'intervention à des contours individualistes, nous devons plutôt tendre à appréhender l'ensemble des dimensions d'une personne en la restituant dans un ensemble social, et ainsi proposer des solutions durables basées sur une analyse systémique des problématiques rencontrées. Par ailleurs, il serait pertinent que le prochain Plan d'action mette l'emphase sur la prévention et la promotion, plutôt que de trop focaliser sur le curatif. Il importe aussi de favoriser l'émergence de « véritables » campagnes nationales d'information et de sensibilisation, allant bien au-delà du mantra « Prenez une pause ». Année après année, l'enveloppe consacrée aux campagnes de prévention ne cesse de diminuer et le gouvernement semble abandonner les campagnes de prévention grand public au profit d'une prise en charge par l'entreprise privée (Bell cause pour la cause, par exemple), ce qui n'est pas sans conséquence.

Finalement, le gouvernement doit intégrer concrètement le milieu communautaire dans la mise en œuvre de son futur Plan d'action, car actuellement la majorité des responsabilités et leviers décisionnels relèvent encore essentiellement du réseau. Pour clore, le gouvernement devrait impérativement considérer les déterminants sociaux comme base de travail. À trop vouloir inviter au contrôle interne et mettre au premier plan la responsabilité individuelle, les analyses plus globales, systémiques, écologiques et structurelles, sont mises de côté. Il est plus que temps que le gouvernement se dote d'un objectif global de transformation sociale en matière de soins en santé mentale.

Ce texte est cosigné par Geneviève Houde, candidate à la maîtrise en service social à l'Université de Sherbrooke, et Étienne Boudou-Laforce, intervenant social.

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