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16/03/2014 08:49 EDT | Actualisé 16/05/2014 05:12 EDT

Pourquoi Option nationale?

Sur son blogue, le chroniqueur Mathieu Bock-Côté y va de son opinion sur Option nationale (ON). Nous lui répondons ici en prenant soin d'expliquer en quoi il a tort... car oui, M. Bock-Côté peut se tromper!

D'entrée de jeu, Mathieu Bock-Côté se plait à sceller la destinée d'ON. Il affirme que « la démission de Jean-Martin Aussant, en juin 2013, a réglé le sort d'ON. ». Il dit comprendre le contexte qui a mené à la création d'ON, mais croit que ce contexte n'est plus. Également, il invite discrètement ON à joindre le Parti québécois (PQ).

Soyons clair, le contexte dont parle M. Bock-Côté n'a malheureusement pas changé d'un iota. La démonstration a été faite à maintes reprises que le PQ ne s'engage pas à faire la pédagogie de l'indépendance ni à poser des actes de rupture avec le Canada. Lorsque le ministre Yves-François Blanchet affirme qu'on a des sujets beaucoup plus intéressants à discuter que l'indépendance et que Pauline Marois dit - en tassant les élans indépendantistes de PKP - ne plus vouloir parler d'indépendance et évacue ainsi elle-même le débat souverainiste de sa campagne électorale, c'est plus que révélateur. Le PQ, c'est de l'attentisme, encore et toujours. Ils ont non seulement peur de faire l'indépendance, mais en plus ils ont peur d'en parler, pensant qu'on va « bousculer » les Québécois. Comment convaincre la population s'ils sont si peu fiers du projet d'indépendance et s'ils s'abstiennent d'en faire l'éloge ?

M. Bock-Côté reproche à ON de se présenter « comme le gardien de la cause indépendantiste. ». À cela, répondons qu'on ne peut pas nous reprocher d'avoir fortement à cœur l'indépendance du Québec. Attention, il ne s'agit pas de crier sur les toits que nous sommes plus indépendantistes que les autres, il s'agit plutôt d'inviter les indépendantistes à parler librement d'indépendance, de façon plus décomplexée, et souhaiter des actes concrets en ce sens. Sommes-nous des purs et durs ? Dans la mesure où le PQ et Québec solidaire (QS) n'épousent pas de stratégie indépendantiste ouverte et décomplexée, la réponse est Oui. ON est de bonne foi et accepte de croire en la bonne volonté souverainiste du PQ et de QS, mais ON est toutefois d'avis que ces deux partis ne la mettent pas suffisamment d'avant

Dans le cas de QS, rien dans le mode d'accession à l'indépendance prévu dans la plateforme ne garantit l'engagement véritable de faire un pays. L'Assemblée constituante que propose QS n'inclut aucune mention d'indépendance à la clef. Il s'agit d'une assemblée ayant comme premier mandat de créer des politiques de gauche et des politiques progressistes. La possibilité d'établir une constitution provinciale où le Québec détiendrait des pouvoirs limités dans le Canada n'est pas exclue. Alors oui, QS a tout à fait le droit de chercher à lutter contre le capitalisme et le néo-libéralisme, mais le problème c'est qu'en faisant passer le programme de gauche d'abord et l'indépendance après, c'est jouer le jeu du fédéralisme canadien. Lorsque M. Khadir mentionne : «la souveraineté si nécessaire, mais pas nécessairement», il faut comprendre que le projet progressiste de QS prendra toujours le dessus sur l'indépendance du Québec. Dernièrement, Françoise David, en entrevue avec Patrick Lagacé, a été incapable de dire « Oui » à un Québec indépendant qui serait de droite, même provisoirement! À Option nationale, nous n'imposons aucune condition à l'indépendance. Pour nous, cette noble aspiration transcende naturellement l'axe gauche-droite.

Revenons au PQ.

M. Bock-Côté se réjouit trop facilement de la Charte du PQ et de la rupture amorcée avec le multiculturalisme canadien. Si nous partageons l'idée que la démarche est « un défi ouvert au régime de 1982», cela manque cependant d'incarnation et de visée indépendantiste. Relevons que l'appui envers l'indépendance n'a pas augmenté d'un poil depuis le début du débat sur la Charte. La Charte et les cours d'histoire c'est bien beau, mais ce n'est pas assez. En refusant de s'obliger à faire de l'indépendance un enjeu électoral majeur, le PQ se permet de se faire élire pour d'autres raisons que cet objectif, camouflant la cause par d'autres enjeux et nourrissant ainsi le statu quo.

En dépit des échecs répétés du Parti libéral, sur fond de corruption et de collusion, le PQ, dans son inertie, n'a même pas été capable de faire croître l'appui à l'indépendance, alors que leur porte était grand ouverte. Le PQ ne pose pas d'actes de ruptures véritables. Des actes tels que de rapatrier l'assurance-emploi, cesser de siéger au Conseil de la fédération, éliminer la fonction de Lieutenant-gouverneur pour le Québec, appliquer la loi 101 au collégial, éliminer le rapport d'impôt fédéral, notamment. C'est Parizeau qui affirmait « Il faudra que le Parti québécois pose des gestes concrets pour espérer la réconciliation. ». Nous attendons toujours.

M. Bock-Côté accuse ON de s'être « laissé piéger par le « référendisme » et qu'ON serait de nature à prétendre que « celui qui ne promet pas un référendum est considéré comme infidèle à la cause.». S'il s'était donné la peine de lire notre plateforme, M. Bock-Côté aurait bien vu la volonté d'ON de ne pas utiliser une troisième fois la même stratégie de la bonne gouvernance provinciale avant de faire un référendum.

La plateforme d'ON envisage une stratégie de rapatriement systématique de tous les pouvoirs partagés, et ce, de manière radicale, en empiétant dans des champs de juridictions fédérales pour provoquer une rupture avec le Canada. Cela implique le rapatriement de nos lois, de nos impôts et de notre capacité à signer nous-mêmes nos traités. Ensuite, nous ferons en sorte qu’une Constitution du Québec souverain soit écrite avec la plus grande participation possible de la population du Québec. Puis, nous ferons entériner la souveraineté du Québec et la Constitution du Québec par voie de référendums simultanés ou séparés.

Dès l'arrivée à l'Assemblée nationale d'élus d'ON, le parti fera des actions claires pour atteindre l'indépendance. Si ON forme l'une des oppositions, alors le parti sera mieux à même de continuer sa pédagogie indépendantiste et disposera des budgets de recherche nécessaire pour, par exemple, développer des études d'impacts sur les bienfaits de l'indépendance dans tous les domaines. Notons au passage que Jacques Parizeau, entre 1989 et 1994, formait l'opposition officielle et c'est là qu'il a publié son livre blanc. C'est donc dire que la promesse de Mme Marois de faire un livre blanc -démarche qui a tout de la poudre aux yeux- révèle que le PQ a perdu 18 mois à se tourner les pouces au sujet de l'indépendance. Et que dire des 9 ans perdues dans l'opposition à n'attendre que le retour du pouvoir. Nous comprenons que le PQ trouve que le fruit n'est pas assez mûr. Toutefois, il ne le deviendra pas davantage si les ministres, les députés, la première ministre, les candidats du PQ et les membres de la haute direction du parti continuent d'être passifs.

Au contraire du PQ actuel, un gouvernement d'ON n'hésitera pas à injecter des fonds publics pour faire la promotion de l'indépendance. Une promotion véritable nous entendons. Il n'est pas question de reproduire la dernière publicité sur l'indépendance du PQ, soit une publicité sur l'indépendance qui vante notre fierté déjà acquise dans le Canada... et qui ressemble bien davantage à une publicité de Coors Light qu'à toute autre chose. On est bien loin de la publicité pour l'indépendance de la Catalogne.

Par ailleurs, quand on voit le PQ ne pas présenter de candidat dans La Pinière pour favoriser la réélection de Fatima Houda-Pépin, une fédéraliste, mais que ce même parti n'avait aucune objection à nuire à l'élection de Jean-Martin Aussant, un indépendantiste, dans Nicolet-Bécancour en 2012, il y a lieu de se poser de sérieuses questions sur cette formation politique.

Ainsi, le sort d'ON n'en est pas jeté, bien au contraire. Le parti, sa plateforme et ses militants demeurent. Sa mission pédagogique et de pression est toujours d'actualité. Il continuera de convertir -avec consentement- à l'indépendance la nouvelle génération, en plus d'attirer des militants de grande qualité. Voter ON est un vote indépendantiste. Un vote indépendantiste, car le parti s'engage fermement à faire tous les gestes qui peuvent être posés pour préparer l'indépendance et de la sorte aller beaucoup plus loin que la simple gouvernance souverainiste actuelle.

Pour répondre au titre de M. Bock-Côté - Option nationale : le plaisir des marges ? - il n'y a absolument aucune satisfaction, aucun plaisir à tirer de la fréquentation des « marges ». Nous ne sommes pas en politique pour nous réclamer de la noblesse des martyres. Nous sommes en politique parce que nous voulons convaincre. Convaincre la population québécoise de s'émanciper et de s'inscrire politiquement et socialement via le projet d'indépendance.

Le PQ ne nous laisse pas la marge de manœuvre dont nous avons besoin pour faire ce travail et ainsi, l'espace laissé vacant par le Parti québécois, nous le comblons. Nous convainquons des jeunes, des moins jeunes, des immigrants de première et deuxième génération et même des anglophones de la richesse que représenterait un Québec francophone indépendant.

Les votes que nous obtenons par notre dévouement, notre intelligence et notre franchise à inspirer l'enthousiasme, ce sont des votes pour l'indépendance du Québec.

M. Bock-Côté tient pour acquis qu'ON est condamné aux marges, alors qu'il n'est pas sans savoir que la joute politique est très difficile à prédire. Pour mémoire, en 1973, le PQ avait 6 députés, et 3 ans plus tard il prenait le pouvoir. Ceux qui disent d'ON qu'elle ne porte que des figurants pourraient donc avoir une surprise. Rajoutons qu'exiger - comme le fait M. Bock-Côté - des partis émergents qu'ils s'excusent d'exister et d'obtenir des votes, c'est faire bien peu de cas de notre démocratie.

Chez Option nationale, nous assumons nos aspirations et nous sommes convaincus du projet de pays. Pourquoi? Parce que nous serions plus que jamais ouverts sur le monde. Parce que nous en avons les moyens. Et parce que nous sommes différents du reste du Canada, de par nos valeurs, nos aspirations et notre langue.

Parce que l'avenir est aux pays qui peuvent prendre leurs décisions dans des forums internationaux, non aux provinces.

Ce que nous offre le fédéralisme est un non-projet de société.

Le Québec doit prendre la place qui lui est due dans le monde. Il est grand temps d'être à l'avant-plan et de cesser d'être relégué au rang d'observateur de notre propre avenir. La décision nous appartient.

On ne peut pas laisser un autre peuple décider pour nous.

Ainsi, levons-nous et réveillons le courage. Le courage de nos convictions.

Signataires: Marginean Alain, candidat dans Groulx; Jocelyn Beaudoin, candidat dans Granby; Étienne Boily, candidat dans Vimont; Jean Bouchard, candidat dans Montmorency; Étienne Boudou-Laforce, candidat dans Saint-François; Pierre-Alexandre Bugeaud, candidat dans Masson; Luc-Antoine Cauchon, candidat dans Roberval; Mathieu Fillion, candidat dans Vanier-Les Rivières; Eric Gervais-Despres, candidat dans Taillon; Jean-Pierre Gouin, candidat dans La Prairie; Olivier Lacelle, candidat dans Grouin; Sophie Le Blanc, candidate dans Chauveau; Viviane Martinova-Croteau, candidate dans Robert-Baldwin; Benjamin Michaud, candidat dans Viau; Robert Moreau, candidat dans Sanguinet; Yan Rivard, candidat dans Duplessis; Chantal St-Onge, candidate dans Rousseau; Richard Trudel, candidat dans Abitibi-Est.

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