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01/12/2013 04:36 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST

La biographie non-officielle de Gab Roy

Bien avant les « scandales » Mariloup Wolfe et Dominic Pelletier, le roux vlogueur défrayait régulièrement la chronique. Durant le printemps érable, mon camarade A. Desgagnés et moi-même avons pondu quelques réflexions sur Gabriel Roy. Ainsi, si vous voulez en connaître davantage sur son parcours, ce billet est fait pour vous! Cette petite note biographique - que Gab a repris sur son site Internet - fait état du personnage et de l'homme, de ces débuts jusqu'à la crise étudiante de 2012. Bref, pour ne pas simplement réduire Gab Roy à son controversé passage à Trouble Voir, il advient de savoir d'où vient le bonhomme.

Nous avons découvert Gab Roy à sa glorieuse époque, quand la série Mon point de vue brillait de mille feux. À l'époque, qu'il s'agisse de malmener joyeusement douchebags, hipsters, « picks de chics dans le miroir », et autres Xavier Dolan, l'homme savait y faire. Avouons-le d'emblée, nous sommes quelque peu nostalgiques de ce temps béni où notre saint Gab nous offrait des bijoux de capsules cinglantes et habiles.

De l'humour-spectacle pédagogique à l'engagement

Comme bien des gens, nous avons assisté à la progression du phénomène Gab Roy, à ses victoires comme à ses revers, et malgré tout ce qui a pu se produire, nous apprécions encore sincèrement Gab Roy. Nous croyons, comme son ami Mathieu St-Onge, que le gars est quelqu'un d'intelligent et de cultivé, malgré une instruction modeste. À cet égard, nous avons bien apprécié son engagement humoristique sociopolitique, qui l'a amené à participer à certaines émissions télévisuelles, où il a pu s'exprimer sur des sujets aussi divers que l'affaire KIA Pointe-aux-Trembles, le fléau de l'intimidation et la syndicalisation d'un couche-tard. Tout cela en demeurant accessible et divertissant.

Depuis quelque temps, Gab va encore plus loin dans sa tentative d'intellectualiser son contenu en rédigeant des textes plus volumineux et poussant la réflexion d'un cran, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

Même s'il s'égare parfois en chemin (comparaisons boiteuses, douce démagogie, exagérations diverses) et que ni sa plume ni son propos ne feront école, il demeure que nous apprécions sa volonté de questionner et de débattre. Plus que tout, Gab use de la sacro-sainte liberté d'opinion toujours permise sur les Internets (et encore, dira le principal intéressé). Bref, Gab Roy sait encore rebondir et il a le flair pour sentir un buzz potentiel, pour créer à partir de l'actualité et pour d'expérimenter de nouvelles avenues humoristiques.

Parlons haters

Le hater de Gab Roy peut être un individu hypocrite. Comme Murphy Cooper l'a déjà souligné, certains d'entre eux sont d'anciens admirateurs, parfois hardcore, qui ont été déçus d'une manière ou d'une autre. Il est de bon ton pour le hater converti de tout jeter à la poubelle, même ce qu'il appréciait du personnage. Le hater est par ailleurs très fort sur les spéculations, les procès d'intention et la négation.

Ainsi, le hater ne reconnaîtra pas Gab comme un humoriste, mais comme un charlatan qui s'est autoproclamé ainsi. Il s'agit là d'un raisonnement absurde, parce que celui qui devient humoriste ne peut le faire qu'en s'imposant ainsi. Cela revient par ailleurs à sous-entendre que l'humour doit rester cantonné à la scène. Soulignons ici à cet égard qu'en 2012, les nouveaux « vrais humoristes » sont pratiquement tous redevables à Internet pour leur visibilité, ce qui est le cas pour l'ensemble de la scène underground en fait. Quant à Gab Roy, il est sans contredit un humoriste, et si ses numéros sont d'une qualité inégale, on peut dire la même chose d'à peu près l'ensemble des humoristes québécois. Comme le disait St-Onge, l'écriture est un peu sa faiblesse.

Il faut dire que Gab prend parfois un peu trop son public pour acquis, alors qu'il devrait travailler davantage pour faire avancer sa carrière. Dire que son propos est trop trash pour l'humour reviendrait par ailleurs à jeter d'autres humoristes, tel Mike Ward, pour les mêmes motifs. Quant aux performances de Vandal Vyxen, souvent montrées du doigt par ses détracteurs pour illustrer la vulgarité de spectacles de Gab, elles ont été bien moins fréquentes que ceux-ci ne le prétendent. Par exemple, elle n'est venue qu'une seule fois à Québec, ville pourtant régulièrement visitée par Gab. Elle n'occupait pas non plus l'ensemble du show (show étant d'ailleurs ici le mot-clé). Un peu comme un concert de musique n'est pas forcément constitué que des musiciens et une scène dépouillée, un spectacle d'humoriste ne doit pas nécessairement se limiter à un numéro de stand-up.

Cependant, tout aussi de mauvaises fois soient-ils, la gestion de ses haters par Gab nous apparaît peu efficace. Dernièrement par exemple, il répliquait férocement à ceux qui se sont insurgés devant les photos de sa fille qu'il a mises sur sa page Facebook (son habituelle provoc-joke). Certains criaient à la pédophilie. À ceux-là, les répliques théoriques de Gab ne donnent que bien peu de choses et ne contribuent qu'à exposer les haters et leurs critiques, tout en démontrant au passage la susceptibilité de Gab. Par ailleurs, faut-il rappeler que si ses haters s'en donnent à cœur joie, c'est d'abord parce qu'il a montré depuis ses débuts qu'il donnait suite aux insultes en tout genre. Pourtant, s'il y a une évidence sur la toile, c'est qu'il y a toujours des gens mécontents et donc qu'il y en aura toujours pour traiter Gab de père indigne, pour critiquer ses manières de vivre et pour remettre en question ses fréquentations. C'est dans la logique même des choses de ne pas plaire à tous et d'être à la source de réactions parfois vives, dès lors qu'on est une personnalité web publique.

Pas si whore que ça

Le hater ne prendra pas non plus Gab Roy au sérieux dans son engagement, que ce soit dans la crise étudiante actuelle, ni même dans aucun autre dossier. Ça ne serait là à leurs yeux que des gestes opportunistes. Ha oui? Posons-nous la question : outre ses quelques passages à la télévision, est-ce que ses prises de position et ses actions dans certains sujets sociopolitiques sont si rentables en termes de popularité? Il est certain que le petit gars de St-Michel cherche la popularité, mais irait-il jusqu'à se faire tabasser par l'antiémeute dans ce but? Un cybercommentateur pourrait très bien obtenir plus de fame en se contentant de casser du sucre sur les syndiqués ou sur les étudiants.

Pour les détracteurs de Gab cependant, il est plus rassurant de voir celui qu'ils conspuent comme une attention whore plutôt que comme un type qui est plus engagé que la moyenne des ours et probablement qu'eux-mêmes. Le gros a après-tout un passé de militant syndical et il prenait déjà position sur des sujets du temps de l'âge d'or de « Mon Point de vue », et s'est même prononcé sur le web avant son fameux vlog. Notons par ailleurs que sur le sujet des frais de scolarité, Gab Roy reste un commentateur du web (blogueur, twitteux, Facebookeux) tout à fait décent, malgré son style particulier. Il est assez critique face à son propre camp. Il ne revient pas toujours sur la corruption du gouvernement Charest pour appuyer son argumentation et ne tombe pas dans le piège de l'idée selon laquelle les médias sont tous orientés d'un bord ou de l'autre. Ajoutons à cela qu'il post des vidéos de manifestations quand même rigolos.

Jungle 2.0

Gab Roy se réclame de l'Internet (un peu comme le petit Saoudien alcoolique avec qui il fait des streams, le gars qui se plaint de ne pas avoir mué de la voix donc il déteste tout et le dude électro-fruité qui se prend pour Lionel Ritchie), clan auquel il s'identifie de plus en plus par rapport à celui des « vrais humoristes ». Il faut le dire, l'Internet est une jungle et reste un milieu assez cru, ce que beaucoup semblaient ne pas réaliser quand ils pointaient du doigt le grand méchant roux au moment où la lutte contre l'intimidation était à la mode. Le raisonnement selon lequel « Gab Roy est un moqueur », « Gab Roy a des jeunes admirateurs » donc « Gab Roy encourage les jeunes à l'intimidation » reposait avant tout sur une volonté d'hygiénisme moral réclamant de trouver une solution facile. Il était pertinent de se questionner sur la culture Internet, mais fort réducteur de vouloir sacrifier un de ses représentants, facilement identifiable à cause de son style peu diplomatique (mais pas autant que la Clique du Plateau) un peu en bas de la ceinture et déjà controversé.

Désacraliser Gab « Roi »

Faut-il désacraliser le populaire rouquin baraqué pour apprécier celui-ci à sa juste valeur ? Suite à sa série Mon point de vue, les attentes envers lui sont devenues énormes et le sont encore aujourd'hui. Il faut bien se rendre compte que les projets webs sont pour la plupart très éphémères et que les deux ans actifs de MPDV sont donc fort respectables.

C'est un peu pour cela que nous ne suivons plus les périples de Gab comme autrefois. Il produit aujourd'hui moins de contenu enthousiasmant (beaucoup de vidéos YouTube faisant la part belle aux chinoiseries). Ce n'est pas un reproche. Revenus publicitaires aidant, nous ferions sans doute pareil. Étant bien implanté comme « marque », c'est tout naturel que Gab se permette de moins investir de temps sur son site et se consacre plutôt à ses enfants et à ses spectacles en direct.

À notre avis, pour apprécier convenablement le bonhomme, il faut d'abord le faire descendre d'un certain piédestal, et reconnaître qu'il n'a ni la science infuse ni le mandat de plaire à tout prix. Si Gab n'a pas livré la marchandise vidéo-ludique que l'on souhaitait, il faut tout simplement aller voir ailleurs.

Ayant suivi son évolution, nous considérons que Gab a parfois perdu le contrôle de celle-ci. Bien souvent, il est trop impulsif là où il devrait être réfléchi, notamment lors de ses débordements. Il a visiblement de la difficulté à séparer Gab de Gabriel. On peut aussi considérer qu'il a toujours un peu trop impliqué des éléments de sa vie privée, dont sa famille, dans son « internetisme » (oooh, néologisme) ainsi que ses contenus moins intéressants. Gab Roy, c'est aussi le petit gars du ghetto.

Cette identité se conjugue avec son caractère sanguin pour en faire un homme porté sur la confrontation. Alors que son compagnon Jay St-Louis va plutôt tasser ses détracteurs ou les sangsues pour qu'ils n'aient pas d'attention, Gab va la leur accorder, car disons-le, il aime se nourrir du conflit, ce qui peut mener à certains débordements. Par contre, cela en fait aussi un individu très ouvert au débat, ce qui, convenons-en, ne court pas les rues au Québec.

Au final, même si on ne le lit, ni l'écoute plus comme avant, nous avons toujours de l'intérêt pour ce qu'il fait. Grâce à lui, nous avons découvert le Detesteur, Petit petit gamin, Popoktv, et plus encore (telles des personnalités qu'il a amenées dans son sillage - Mathieu St-Onge par exemple). Qu'on aime ou non Gab, force est d'admettre qu'il est un incontournable de la toile et d'une certaine manière un défricheur des Internets (en terres québécoises du moins). Il a su nous faire rire, contribué à faire mousser de folles idées, créer des web-phénomènes dépassant largement le cadre du 2.0 et nous faire adhérer à des causes plus que farfelues.

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