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21/04/2015 09:34 EDT | Actualisé 21/06/2015 05:12 EDT

J'ai honte

J'ai honte d'une société qui trouve «normal » que des ministres manquent totalement de respect envers une frange de la population alors qu'ils sont censés représenter celle-ci dans son entièreté.

J'ai honte. Tout simplement honte de ma société en ce moment.

Elle qui se réjouit de casser des dents à ses enfants. Elle qui s'enchante à faire courir des chiens après sa jeunesse. Cette jeunesse qui ne souhaite que proposer d'autres solutions aux coupures injustifiées et purement idéologiques du gouvernement Couillard.

J'ai honte de ces médias complaisants qui ne rapportent souvent qu'un côté de la médaille et qui ne vérifient pas leurs sources.

De ces médias qui cherchent le spectaculaire au lieu du nécessaire. De ce quatrième pouvoir qui participe à la vacuité des débats en se délectant des « polémiques ».

J'ai honte de nous.

De ne pas être capable de discuter et de débattre des enjeux de fond en tant que société, si frileux nous sommes à amorcer tout débat.

J'ai honte d'une société qui trouve «normal » que des ministres manquent totalement de respect envers une frange de la population alors qu'ils sont censés représenter celle-ci dans son entièreté.

J'ai honte qu'on s'offusque pour quelques fenêtres brisées alors que le gouvernement donne régulièrement dans la violence physique, économique, institutionnelle et idéologique.

J'ai honte qu'on ne considère pas la violence inouïe qui est celle de couper dans les services à la population (fin du tarif unique en garderie, fin de l'allocation pour les enfants de milieux défavorisés, coupures de 250 millions dans les cégeps et les universités, retrait de 16 millions dans l'aide à l'emploi, coupures de 1300 postes en santé, etc.) et ainsi créer de la pauvreté et réduire le Québec à l'insignifiance, à la petitesse.

J'ai honte que nous soyons si obéissants et dociles devant cette destruction du modèle québécois et des acquis sociaux s'opérant. Qu'on ne riposte pas devant la vente de nos biens collectifs au privé, qu'on ne s'indigne pas davantage devant ces attaques répétées à la classe moyenne et aux plus démunis de la société. Qu'on attaque notre filet social au profit des mieux nantis.

J'ai honte d'un gouvernement qui joue le jeu du laisser-aller, incapable de dialogue et d'ouverture. J'ai honte d'une société qui valorise davantage les idées prémâchées que de veiller à l'éducation de sa jeunesse.

J'ai honte de ce gouvernement libéral qui met consciemment à terre les fondations de notre nation. J'ai honte de ces imposteurs qui souhaitent noyer notre chien en l'accusant de la rage.

J'ai honte que tout ceci soit bien réel, et non pas un malheureux songe, un mirage cauchemardesque dont j'aimerais tant m'extirper..

J'ai honte des gens qui se font du capital sans vergogne sur l'ignorance des gens, comme s'il était envisageable de profiter des plus pauvres en les pillant à même le corps avec le sourire satisfait.

J'ai honte de ces individus qui enlignent trois sophismes par phrase tels des « arguments » et qui ne sont au final que des brasseurs de vide, des entraves à la discussion.

J'ai honte de cette société malade, qui, en proie en un délire collectif du déficit zéro, pense que courir après sa queue les yeux bandés est un projet social garant d'avenir.

J'ai honte des gens qui croient tout ce qu'on leur dit, sans vérifier, sans réfléchir; sans penser qu'il existe d'autres solutions que cette « austérité » qu'on leur enfonce dans la gorge. Ne sachant pas que l'austérité a déjà fait ses lamentables preuves, laissant bondir les dettes publiques partout où elle a passée. Que même les pays concernés et le FMI affirment que cela n'a pas donné les fruits escomptés.

J'ai honte de ces individus qui ont un double discours. Qui crachent leur fiel sur le mouvement étudiant alors que parallèlement ils sont toujours en train de se plaindre du fait qu'ils paient une fortune en impôt/taxes/tarifs et n'obtiennent pas les services attendus. Qui ne se rendent pas compte que d'avoir un autocollant «écoeuré de payer» ou manifester contre l'austérité, c'est du pareil au même.

J'ai honte de ces gens qui sont gardés en otage devant une réalité pourtant limpide et dévastatrice, soit que les mesures d'austérité du gouvernement Couillard n'incarnent rien d'autre que le démantèlement du système québécois et des acquis de la Révolution tranquille.

Et que tous, nous y perdrons.

J'ai honte d'une société analphabète qui acclame des gens qui ne font même pas la différence entre communisme et anarchisme, entre dette brute et dette nette. De ces mêmes gens qui nous répètent sans cesse, justement, le mot dette, dette ! Comme s'il s'agissait d'un argument d'autorité. Comme s'il fallait se résigner à n'être qu'un peuple en faillite, en proie à un Québec dans le rouge.

Comme s'il n'y avait aucune autre alternative à toute cette triste mascarade et surtout, en ne se demandant même pas «mais, d'où elle vient cette fameuse dette? Ou encore, « pourquoi cette dette a-t-elle plus que doublé depuis 2003 alors que c'est le même parti au pouvoir depuis? ».

J'ai honte qu'on ne reconnaisse pas l'engagement d'une jeunesse au service d'une cause; qui s'élève non plus seulement contre les coupes en éducation, mais contre le saccage social généralisé et cancérigène.

Alors bien sûr, vous pouvez ne pas être en accord avec les positions de cette jeunesse, vous pouvez remettre en question ses stratégies et ses actions.

Mais, cette jeunesse, vous ne pouvez pas la forcer à se taire.

Surtout qu'elle se bat pour vous.

Et si vous encouragez cette dernière à se faire battre et frapper au nom de votre ignorance et hypocrisie, vous manquez sérieusement de grandeur humaine.

J'ai honte de cette majorité silencieuse qui se complait dans l'insignifiance et qui méprise le courage de sa jeunesse.

Ce texte est cosigné par Vincent Gagné et Étienne Boudou-Laforce

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