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04/12/2013 11:30 EST | Actualisé 03/02/2014 05:12 EST

Un calendrier sexy et des vierges offensées

Ainsi donc, les étudiantes en médecine de l'Université de Sherbrooke ne publieront pas leur calendrier sexy qui devait paraître à l'hiver prochain. Mettant en scène des étudiantes portant de la lingerie dans un style burlesque, le calendrier MEDemoiselles aurait servi à recueillir des fonds pour le bal des finissants, mais également pour l'Association de la sclérose en plaques de l'Estrie (ASPE) à qui on aurait versé 50% des profits. Le projet avait beau ne pas tomber dans la vulgarité d'un calendrier Dream Team de Radio X et servir une noble cause, la direction de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke semble avoir mis le voile sur le projet. Frileuse devant l'émoi médiatique? Désireuse de projeter une image institutionnelle bien lisse? Souhaitant s'inscrire contre la marchandisation des corps? Peu importe. Quelle décevante conclusion!

calendrier sexy


Cela rappelle la déplorable décision de l'Université Laval de couper court à la publication du calendrier des filles de l'équipe de rugby du Rouge et Or à la suite de la monté aux barricades - bien condescendante et infantilisante - de certains professeurs féministes. Déplorable car les filles de l'équipe de rugby souhaitaient briser la perception qu'elles sont des tomboys (lesbiennes ou garçons manqués) et plaidaient pour la diversité des corps. Rien de bien méchant envers l'image de la femme, en somme.

Revenons aux étudiantes en médecine de l'Université de Sherbrooke. Quand on jette un oeil à la photo du calendrier sexy ayant circulé dans la presse écrite et sur les réseaux sociaux, il apparaît qu'il n'y a pas lieu de hurler au scandale ni de jouer les vierges offensées. La photo n'est ni vulgaire ni dégradante pour la femme. Elle est plutôt fortement coquette, artistique et même élégante. Crier à l'exploitation du corps à tout va n'a pas de sens et révèle plutôt d'une posture politiquement correcte nauséabonde, jumelée d'une vision du féminisme à courte vue.

Surtout que toutes les filles - par ailleurs majeures et vaccinées - participant au projet se sont engagées de façon volontaire et toutes celles désirant y participer ont pu obtenir leur place au sein du calendrier. Relevons aussi que ces femmes sont loin d'être vulnérables ou exploitées de quelques façons. Qu'on se le dise, elles sont de futures médecins et ne semblent pas vivre dans la misère sociale. Que leur démarche puisse flatter leur égo, finance leur bal et, par la bande, soutienne financièrement une cause, où est le problème?

On le répète, mais il n'y a rien d'odieux ou de particulièrement dégradant pour l'image de la femme que de jeunes femmes récupèrent l'esthétique burlesque et posent de façon sensuelle. Il y aurait bien sûr eu d'autres moyens d'obtenir du financement, plus acceptable socialement. Pourtant, faut-il rappeler que pendant ce temps, les calendriers de pompiers aux abdominaux bien huilés peuvent continuer à s'écouler comme des petits pains chauds et que les calendriers de femmes enrobées sont accueillis pour leur courage et leur célébration de tous les corps. Rajoutons que l'an dernier, des étudiants masculins en médecine à l'UdeS ont pu publier leur calendrier Sexy Doc sans problèmes. Ainsi, ces projets sont tout à fait acceptables, mais lorsqu'il s'agit de jeunes femmes en médecine joliment dévêtues, cela ne l'est plus? Tout d'un coup, c'est inapproprié? Si ce n'est pas deux poids deux mesures, je me demande bien ce que c'est.

La photo est une courtoisie de Francis Fortin

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