LES BLOGUES
17/11/2015 10:25 EST | Actualisé 17/11/2016 05:12 EST

L'origine du mal

C'est bien beau d'être ému par les atrocités ayant eu lieu à Paris, mais il faudrait peut-être que les grandes puissances de ce monde reconnaissent les conséquences de leur politiques extérieures.

Les attentats à Paris, au Liban et ailleurs ne sont pas simplement le lot d'intégristes religieux, de l'État islamique (EI) ou d'autre provenance. Ce ne sont que des symptômes; que la partie émergée de l'iceberg. La faute ne revient ni aux musulmans, ni aux réfugiés et autres épouvantails.

Le vrai problème est les interventions impérialistes des puissances occidentales au Moyen-Orient durant de nombreuses années. Il ne s'agit pas seulement de présence militaire, mais bien davantage d'activités pernicieuses en coulisses: financements, armements de certains groupes, assassinats, frappes de drones, etc.

Que s'est-il passé en Irak, en Libye et dans les environs, sinon des interventions ayant pour but d'assoir des intérêts géopolitiques et capitalistes occidentaux, les intérêts des États-Unis en tête? Même le printemps arabe, «le réveil des peuples», a au final été victime d'une grossière récupération afin de faire tomber les puissances économiques de la région et contrer les mouvements d'autodétermination, nationalistes et laïques.

Est-ce que ces régions et ces nations sont plus en santé depuis que l'Occident a fait tomber les «vilains dictateurs»? Poser la question, c'est y répondre. Par ailleurs, qu'est-ce qui se joue actuellement en Syrie, sinon un bras de fer entre les États-Unis et la Russie (aidé de la Chine et l'Iran) afin d'obtenir une position géopolitique intéressante? Est-ce que cela sera une heureuse nouvelle quand les États-Unis vont finalement réussir à éjecter Bachar Al-Assad?

De manière générale, l'objectif poursuivi par les États-Unis et ses alliés (Israël, Angleterre, France, Canada, Arabie saoudite, etc.) n'a pas changé, il s'agit de multiplier les opérations déstabilisatrices au Moyen-Orient, notamment en finançant ou en «laissant aller» plusieurs groupes intégristes, par exemple des groupuscules islamistes. Et à cet égard, à quoi sert très efficacement l'EI sinon de permettre une «guerre permanente» dans la région? Le mot d'ordre est de «diviser pour régner».

Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, affirme d'ailleurs que «la "guerre de civilisation" et celle contre le "terrorisme" brandies par le gouvernement (...) constituent une imposture qui en masque une autre, celle de l'alliance militaire entre les pays occidentaux et les parrains financiers du djihad.» À ce propos, WikiLeaks et autres entités, appuyés de nombreux documents et câbles diplomatiques, n'ont cessé de confirmer cette thèse et révélé les jeux de coulisses des différentes puissances concernés.

Ainsi, c'est bien beau d'être ému par les atrocités ayant eu lieu à Paris, mais il faudrait peut-être que les grandes puissances de ce monde reconnaissent les conséquences de leur «politiques extérieures» et qu'elles cessent une fois pour toute leurs propres atrocités.

Le Canada est également complice, celui-ci qui appuie sans réserve Israël, celui-ci qui ne met aucune pression sur la Turquie, celui-ci qui signe un contrat de 15 milliards de dollars avec l'Arabie saoudite pour l'achat de «véhicules blindés légers».

Carl von Clausewitz avait bien vu, lorsqu'il écrivit que «La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens.»

Responsabilité multiple

Et au-delà des interventions impérialistes de certaines puissances, la responsabilité est multiple.

Elle est chez certains idéologues bien-pensants et politiciens qui hésitent bien souvent à s'élever contre les propos d'intégristes religieux au nom d'une ouverture à l'autre dénaturée ;

Elle est chez ceux qui font des amalgames douteux envers une religion ou une communauté, et qui appellent aux mesures de guerre à tout va ;

Elle est chez les xénophobes et racistes (ceux-là nourris d'une profonde ignorance) ;

Elle est chez les intégristes qui instrumentalisent les religions (que ce soit l'islam, le christianisme, le judaïsme, etc.) et qui prônent une interprétation littérale des versets les plus violents ;

Elle est chez certaines politiques multiculturalistes et d'intégration qui invitent malgrés elles au repli communautariste, plutôt que d'encourager au vivre-ensemble ;

Elle est dans le sous-financement des organismes liés à l'intégration et au tissu social ;

Elle est dans les ravages du capitalisme sauvage et dans le règne des banquiers, oligarques et lobbyistes de ce monde ;

Elle est dans l'échec de l'éducation populaire ;

Elle est dans le conflit religieux ;

Elle est dans la perte de vitesse des nations ;

Elle est dans le manque de transcendance.

La problématique est vaste.

Pour des lendemains plus heureux, une profonde réflexion est essentielle.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Les principaux groupes armés palestiniens de Gaza Voyez les images