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18/02/2019 16:26 EST | Actualisé 18/02/2019 16:29 EST

Les souverainistes plus divisés que jamais

Nous sommes à l'aube d'une redéfinition majeure du positionnement politique au Québec.

La Presse canadienne
Pascal Bérubé, chef par intérim du PQ, et Manon Massé, porte-parole de Québec solidaire.

Le 14 février dernier, l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) publiait une étude sur les élections du 1er octobre 2018, plus précisément sur les motivations des électeurs des quatre principaux partis.

Si l'on savait que la question nationale était particulièrement absente de la campagne électorale et de l'esprit des électeurs, le sondage d'Ipsos sur le sujet est particulièrement évocateur: les indépendantistes ont appuyé les quatre partis et aucune formation politique n'a su en rassembler une majorité absolue. Ceci annonce une redéfinition majeure du positionnement politique au Québec, qui risque de s'aggraver au fil des années.

Parti Québécois : le château fort délaissé

Traditionnellement la formation politique privilégiée des souverainistes, le Parti québécois est le parti qui affiche, selon le sondage, la plus haute proportion d'indépendantistes en son sein avec 76,7%. Il n'y a pas de surprise à y avoir là, puisque René Lévesque a fondé le parti dans le but précis de faire du Québec un pays en 1968.

Cependant, force est de constater que le PQ a échoué à sa mission rassembleuse en octobre dernier, puisque seulement 38% des souverainistes l'ont appuyé, ce qui en fait néanmoins le parti qui a rallié le plus d'indépendantistes selon l'étude de Claire Durand.

Si [le PQ] parvient à convaincre à nouveau ceux qui partagent son idéal qu'il est le meilleur parti pour y parvenir, il va sans dire que l'électorat péquiste pourrait théoriquement doubler, car 62% des souverainistes ne l'ont pas appuyé en octobre dernier.

S'il parvient à convaincre à nouveau ceux qui partagent son idéal qu'il est le meilleur parti pour y parvenir, il va sans dire que l'électorat péquiste pourrait théoriquement doubler, car 62% des souverainistes ne l'ont pas appuyé en octobre dernier. La route sera assurément difficile pour le parti après une défaite comme celle qu'il a subie, mais une gifle de trop venant du fédéral pourrait en décider certains à revenir au parti par excellence de l'indépendance.

Coalition Avenir Québec : le nouveau bastion

À la surprise de certains, c'est à la Coalition Avenir Québec qu'on retrouve la seconde plus grande proportion de souverainistes. En effet, même si seulement 33% d'électeurs caquistes seraient pour l'indépendance du Québec, 36% des indépendantistes ont appuyé François Legault et son équipe le 1er octobre dernier, contre 38% pour le PQ. Il y a donc presque autant de souverainistes qui ont appuyé la CAQ et le PQ, même s'ils sont minoritaires parmi les électeurs caquistes.

Il y a donc presque autant de souverainistes qui ont appuyé la CAQ et le PQ, même s'ils sont minoritaires parmi les électeurs caquistes.

Pour François Legault, c'est à la fois une bénédiction et un avertissement: il peut se permettre d'être revendicateur face à Ottawa et de continuer de demander plus de pouvoirs en immigration, la déclaration de revenu unique et d'autres avancées pour le Québec dans le Canada. À l'inverse, s'il s'écrase trop en cas de refus, cela pourrait décevoir une partie de son électorat nationaliste qui a appuyé le PQ par le passé.

Ces chiffres prouvent qu'Yves-François Blanchet et le Bloc Québécois ont eu raison de se faire les porte-voix des revendications du gouvernement québécois à Ottawa en prévision de l'élection fédérale de cette année. Si le Bloc veut attirer une part substantielle du vote souverainiste, il n'a pas le choix d'aller chercher les presque 40% d'indépendantistes qui ont voté pour la CAQ en 2018 et qui penchent donc plus à droite que le Parti québécois et Québec solidaire.

Québec Solidaire : moitié-moitié

Même si Québec solidaire est officiellement indépendantiste, son électorat est extrêmement divisé sur la question: le sondage révèle que c'est environ moitié-moitié chez les appuis de la formation politique, avec un léger avantage pour le fédéralisme canadien. En effet, on estime que 47% des électeurs QS appuient la souveraineté, contre 53% de fédéralistes. Au total, 22% des souverainistes ont appuyé Québec solidaire, soit substantiellement moins que la CAQ et le PQ.

S'il veut réellement mener la lutte aux libéraux pour le vote non-francophone, le parti s'apercevra bien vite que la souveraineté est un blocage majeur à cet objectif.

L'étude de Claire Durand révèle également que l'électorat de Québec Solidaire est le plus opposé à une baisse des seuils d'immigration et le plus favorable à une hausse des seuils, ce qui explique en partie la sortie de Gabriel Nadeau-Dubois implorant le gouvernement fédéral de refuser les demandes autonomistes de François Legault.

À l'heure où le parti révise sa position sur la laïcité, vraisemblablement pour se coller sur celle du Parti Libéral du Québec et attirer son électorat multiculturaliste, se pourrait-il que Québec Solidaire remette en question sa position constitutionnelle à moyen terme? S'il veut réellement mener la lutte aux libéraux pour le vote non-francophone, le parti s'apercevra bien vite que la souveraineté est un blocage majeur à cet objectif.

Parti Libéral du Québec : le siège du fédéralisme

Vis-à-vis fédéraliste du Parti québécois lors des cinquante dernières années, le Parti libéral est évidemment le moins touché par l'éparpillement des indépendantistes caractéristique de la dernière élection. Selon Ipsos, 5,1% des électeurs libéraux appuieraient la souveraineté, ce qui équivaut à 4% des souverainistes du Québec.

En maintenant sa position radicalement anti-laïcité, la formation dirigée par Pierre Arcand fait tout pour plaire à sa base dure sans élargir ses appuis. En l'absence de «menace séparatiste» à combattre, le PLQ perd peu à peu de sa raison d'être et de sa capacité à mobiliser hors de ses piliers traditionnels dans l'électorat non-francophone. Malgré l'émergence d'une «menace nationaliste» avec l'arrivée au pouvoir de François Legault, les libéraux ne sont pas les seuls qui pourraient en bénéficier, puisque QS verse allègrement dans l'antinationalisme.

En 2019, le Parti libéral du Québec se trouve sans cause à défendre.

En 2019, le Parti libéral du Québec se trouve sans cause à défendre, même Jean-Marc Fournier l'avouait à Radio-Canada récemment. D'ici à sa course à la chefferie, il est fort possible que le parti demeure dans un état moribond, soit autour de 25% d'intentions de vote.

L'effondrement de la question nationale

Les résultats du sondage publié par l'IRPP ne font que confirmer une tendance observable depuis des années, soit l'érosion de la question nationale au Québec et l'éparpillement des souverainistes selon d'autres facteurs, comme la question identitaire ou encore les enjeux économiques.

À moins d'un cataclysme politique similaire à l'Accord du Lac Meech, la léthargie constitutionnelle qui affecte présentement le Québec n'avantage pas du tout la cause souverainiste et contribue à l'éparpillement de l'électorat qui y est favorable. Ainsi, même si environ 35% des Québécois se disent encore favorables à la souveraineté, la conjoncture favorable pour les rassembler ne semble pas arriver. Avec des indépendantistes répartis dans tous les partis en proportion variable, on peut au moins espérer que les formations politiques québécoises fassent preuve de plus de courage devant Ottawa et osent faire avancer la cause du Québec.