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31/01/2019 11:17 EST | Actualisé 31/01/2019 11:17 EST

Le Québec aimé à genoux, mais détesté debout

Pour la première fois en de trop nombreuses années, le Québec a un gouvernement qui revendique activement plus de pouvoirs, notamment en immigration et en matière fiscale.

Avec son intention claire de légiférer sur la laïcité une bonne fois pour toutes, d'obtenir les pleins pouvoirs en immigration et de mettre en place une déclaration de revenus unique, le gouvernement Legault va forcément ébranler les colonnes du temple fédéral.
Christian Liewig/ABACAPRESS.COM via CP
Avec son intention claire de légiférer sur la laïcité une bonne fois pour toutes, d'obtenir les pleins pouvoirs en immigration et de mettre en place une déclaration de revenus unique, le gouvernement Legault va forcément ébranler les colonnes du temple fédéral.

La semaine dernière, la firme de sondage Angus Reid a publié un sondage effectué partout au Canada et portant sur l'État de la fédération, notamment sur les relations interprovinciales. Sans surprise, le Québec était la province la plus mal-aimée, sa cote de popularité oscillant entre 1% (Alberta) et 12% (Ontario). Il faut le reconnaître, c'est là un score misérable, même pour l'éternel mouton noir du pays dysfonctionnel qu'est le Canada.

Les observateurs, dont le National Post, ont esquissé des hypothèses quant à ce ressentiment généralisé du Canada anglais envers le Québec: ce serait la faute de François Legault, qui se serait montré trop abrasif en déclarant qu'il n'y a pas d'acceptabilité sociale pour un nouvel oléoduc en sol québécois.

La fin de la léthargie libérale

Il va de soi qu'après 15 ans de gouvernance libérale, et particulièrement quatre ans avec Philippe Couillard, le Canada n'est plus habitué à ce que les Québécois aient une voix dissidente de celle d'Ottawa. François Legault ne brandit pas la menace de la souveraineté, mais il est loin de la politique constitutionnelle de Philippe Couillard, intitulée de façon très éloquente «Québécois, notre façon d'être Canadiens».

Pour la première fois en de trop nombreuses années, le Québec a un gouvernement qui revendique activement plus de pouvoirs, notamment en immigration et en matière fiscale. Par rapport aux libéraux, il y a là tout un dépaysement. Le premier ministre Couillard et son lieutenant Jean-Marc Fournier étaient arrivés à genoux à Ottawa pour signer la Constitution sans demandes particulières et s'étaient fait revirer comme des crêpes par Justin Trudeau dans une vulgaire mêlée de presse.

Vous savez que Andrew Scheer est d'accord avec la déclaration de revenus unique gérée par le gouvernement du Québec. Ça change qu'il y a une élection fédérale en 2019. J'ai-tu besoin de vous expliquer ça en détail?François Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec, de son côté, n'a pas hésité à rappeler que si Justin Trudeau est contre la déclaration de revenus unique pour le Québec, Andrew Scheer est en faveur et les élections approchent à grands pas. Enfin, un premier ministre du Québec ose jouer du coude pour obtenir plus de pouvoirs à l'Assemblée nationale. Cela fait des lunes que ce n'était pas arrivé et, visiblement, ça dérange d'un océan à l'autre.

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Peur de la souveraineté?

François Legault a beau avoir été député du Parti québécois pendant une dizaine d'années, ses intentions sont claires: pas d'indépendance avec lui, mais au moins plus d'autonomie. Pourtant, le Canada anglais ne l'aime pas davantage qu'il n'aimait Pauline Marois ou Jacques Parizeau, selon le sondage d'Angus Reid. Et si le problème n'était pas la souveraineté?

Avec la réaction du Canada centralisateur depuis l'élection de la CAQ, il semblerait que celui-ci en ait contre plus que la «séparation»: le Canada anglais est massivement réfractaire à toute tentative d'autonomie provenant du Québec. Ce n'est pas suffisant de demeurer un loyal sujet de Sa Majesté Elizabeth II, il faudrait en plus de cela rentrer dans le rang et devenir, pour toujours et à jamais, une province comme les autres. Or, le nouveau premier ministre du Québec n'en a manifestement pas l'intention.

Ce n'est pas suffisant de demeurer un loyal sujet de Sa Majesté Elizabeth II, il faudrait en plus de cela rentrer dans le rang et devenir, pour toujours et à jamais, une province comme les autres.

Avec son intention claire de légiférer sur la laïcité une bonne fois pour toutes, d'obtenir les pleins pouvoirs en immigration et de mettre en place une déclaration de revenus unique, le gouvernement Legault va forcément ébranler les colonnes du temple fédéral. En continuant dans cette voie, il ne doit pas s'attendre à recevoir beaucoup d'amour du Canada.

Attachez votre tuque avec de la broche, monsieur Legault!

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