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30/10/2018 11:10 EDT | Actualisé 30/10/2018 11:12 EDT

Vers la fin des «Simpson»?

Si un monument culturel occidental comme «Les Simpson» en venait à plier le genou devant les revendications de cette nouvelle gauche, le message serait très fort.

FOX via Getty Images
Avant de crier au racisme, à la discrimination et au colonialisme, certains auraient avantage à analyser l'essence de l'œuvre dans son ensemble. (Apu est le personnage situé à droite)

Depuis dimanche, la rumeur voudrait qu'Apu Nahasapeemapetilon, le sympathique propriétaire du dépanneur Kwik-E-Mart de Springfield dans Les Simpson, soit retiré de l'émission, lui qui en était un personnage secondaire depuis 30 saisons.

Ceci survient après la controverse lancée par un documentaire intitulé The Problem with Apu (2017), dans lequel le comédien américain Hari Kondabolu affirme que le personnage lui-même n'est guère davantage qu'un stéréotype raciste rabaissant les Indiens, créé et interprété par des Blancs.

Initialement, la controverse a été balayée du revers de la main par Matt Groening et les auteurs de l'émission qui dure depuis 1989, notamment dans un épisode où Lisa affirme que le personnage, qui était jadis accepté et apprécié, est devenu politiquement incorrect, et qu'on ne peut rien y faire. Néanmoins, l'acteur qui prête sa voix au personnage, Hank Azaria, a tout de même reconnu que le fait que ce soit lui qui interprète Apu puisse poser problème, ouvrant ainsi la porte à son remplacement pour le rôle.

Il semblerait que Matt Groening et son équipe aient préféré abandonner le personnage, plutôt que de l'adapter selon les désirs des ayatollahs de la représentation des minorités, intraitables.

Selon la supposée décision de la production circulant depuis quelques jours sur Internet, il semblerait que Matt Groening et son équipe aient préféré abandonner le personnage tout simplement, plutôt que de devoir l'adapter selon les désirs des ayatollahs de la représentation des minorités, qui peuvent se montrer intraitables. Avant de crier au racisme, à la discrimination et au colonialisme, certains auraient avantage à analyser l'essence de l'œuvre dans son ensemble.

La caricature, ADN des Simpson

Apu est loin d'être un cas de figure dans Les Simpson: si les militants pro-diversité révoltés par le marchand indien s'attaquent à tous les personnages unidimensionnels dans la série à succès de Matt Groening, il n'en restera pratiquement plus!

Il suffit de penser au concierge Willie, un Écossais avec un accent colossal portant souvent le kilt qui aime se battre, à Bumblebee Man, une vedette de télé hispanique dont le principal fait d'armes est de crier «Ay! Ay! Ay! Dios Mio!» lorsqu'il se fait mal, ou à Üter Zörker, un petit goinfre allemand toujours habillé en Oktoberfest, pour voir que l'émission est bâtie sur des personnages caricaturaux très souvent unidimensionnels. Comment oublier le Dr. Nick Riviera, le médecin douteux d'origine latino-américaine qui fait des chirurgies au noir avec des méthodes douteuses, pas très flatteur pour les latinos.

C'est là exactement la recette des «Simpson»: les personnages, très nombreux, ont tous une caractéristique dominante et on les fait interagir entre eux.

En fait, c'est là exactement la recette des Simpson: les personnages, très nombreux, ont tous une seule caractéristique dominante et on les fait interagir entre eux. Il n'y a pas que les groupes ethniques qui soient symbolisés par des personnages, il en va de même pour tous les métiers, traits de caractère, groupes d'âge: un personnage par stéréotype, finalement.

Prenons l'exemple de Cletus, un redneck rural vivant en marge de Springfield dont l'unique caractéristique est d'être aussi imbécile que consanguin, ses enfants ayant de multiples déformations. Ce personnage, terriblement provocateur, est infiniment plus insultant qu'Apu, un homme bon, qui travaille dur pour faire fonctionner le Kwik-E-Mart et que l'on représente quasi-uniquement de manière positive. Pourtant, aucun mouvement du Midwest américain ne veut la censure du personnage de Cletus...

Diantre, on représente fréquemment les républicains, depuis bien avant l'ère de Trump, comme des super-méchants dans l'émission à succès de FOX. Ils se réunissent dans un lugubre château et Dracula est l'une des figures importantes du parti! Pourtant, les républicains écoutent les Simpson et rigolent, sans demander que l'on proscrive les segments qui rient d'eux. Par-dessus le marché, FOX est connu comme étant un réseau de télévision d'allégeance républicaine, mais il tolère que Matt Groening et ses acolytes les antagonisent sur presque tout, eux qui sont des démocrates reconnus. À côté de cela, Apu a le beau jeu.

La nouvelle gauche tuera-t-elle Les Simpson?

Après 30 ans au petit écran, Les Simpson demeurent une émission excessivement rentable, à un tel point que beaucoup se demandaient si elle pouvait mourir un jour. Si la disparition d'Apu se concrétise, une menace jamais envisagée à ce jour planera sur le joyau de FOX: la censure politique. En donnant gain de cause aux croisés de la diversité sur le cas d'Apu, ne leur ouvre-t-on pas la porte pour qu'ils réclament le départ de Willie, Bumblebee Man ou d'Üter?

Inutile de se méprendre, les producteurs ne voudront pas «ajouter de la profondeur aux personnages» pour que leur caractéristique dominante devienne accessoire, puisque leur émission entière est basée sur les interactions de personnages unidimensionnels et stéréotypés.

Si un monument culturel occidental comme «Les Simpson» en venait à plier le genou devant les revendications de cette nouvelle gauche, le message serait très fort: plus rien n'est à l'abri de la rage des militants «inclusifs».

On s'en doutait bien au Québec avec les scandales de SLĀV et Kanata, mais la liberté de créer est bel et bien en danger pour les créateurs, de qui l'on exige maintenant qu'ils se comportent en politiciens et intègrent des «représentants positifs et pluridimensionnels» des minorités en tous genres, sous peine d'ostracisme et de condamnation médiatique.

Si un monument culturel occidental comme Les Simpson en venait à plier le genou devant les revendications de cette nouvelle gauche, le message serait très fort: plus rien n'est à l'abri de la rage des militants «inclusifs».

Souhaitons que ce ne soit qu'une fausse rumeur et que Matt Groening tienne son bout.

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