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24/01/2018 10:00 EST | Actualisé 24/01/2018 10:47 EST

Justin Trudeau, le plus identitaire des politiciens

Dans le climat médiatique ambiant, « identité » est devenu un mot sale, un mot porteur de « divisions ».

Bloomberg via Getty Images

Le 18 janvier dernier, le premier ministre du Canada en personne est passé à l'école secondaire de Rochebelle pour tenir une assemblée citoyenne. Par pure curiosité, j'ai décidé de m'y rendre afin de voir Justin Trudeau en personne. Le chef du Parti libéral du Canada a parlé durant environ deux heures et, au fur et à mesure que j'écoutais son discours, j'ai réalisé une chose : Justin Trudeau est probablement le politicien qui mise le plus sur les questions identitaires du XXIe siècle en entier, Québec et Canada confondus.

Eh oui, le discours identitaire ne se résume pas uniquement à la protection du français et la construction d'un État plus laïque au Québec, loin de là. Quand Justin vient nous parler des « valeurs canadiennes », en utilisant le « nous » plus que quiconque, il s'aventure mille fois plus loin en terrain identitaire que Camille Laurin ou Bernard Drainville dans l'ensemble de leur œuvre. Dans le climat médiatique ambiant, « identité » est devenu un mot sale, un mot porteur de « divisions ». Demandez-le à Justin, il vous le dira. Ce qu'il ne vous dira pas, c'est qu'il mise lui aussi à fond sur ces sujets pour se faire du capital politique from coast to coast.

Dans le climat médiatique ambiant, « identité » est devenu un mot sale, un mot porteur de « divisions ».

Inutile de préciser que Justin Trudeau est devenu un véritable pape du multiculturalisme, sa doctrine politique qui dissout les identités nationales, et qu'il la colporte partout où il va comme si c'était la parole de Dieu, la vérité inconditionnelle à laquelle personne ne peut s'opposer, car elle défend les droits individuels de chacun contre les vilaines puissances de l'intégration. Imaginez un instant un élu qui prenne la parole aussi fréquemment et aussi passionnément pour défendre un mode d'intégration favorisant une identité nationale plus forte avec un véritable socle commun. Ce serait la potence immédiatement, mais puisque notre beau Justin est porteur de « tolérance » et « d'ouverture à l'autre » (deux termes pratiquement indéfinissables soit dit en passant), on le laisse faire avec plaisir.

Au cours de l'assemblée, le PM a répété environ dix fois que le PLC était le parti des valeurs canadiennes, le seul qui comprenne vraiment les Canadiens. Il a même ajouté que les Canadiens n'étaient apparemment pas d'accord avec les politiques du gouvernement Harper, qu'ils ont pourtant élu à trois reprises. Une fois de plus, imaginez un parti au Québec qui se prétende l'unique défenseur des « valeurs québécoises ». Suffit de penser à la Charte et au massacre médiatique qui a suivi. Son usage abusif du « nous » serait également fort mal vu dans la bouche d'un élu québécois, surtout un souverainiste. Mais puisque c'est Trudeau et qu'il est multiculturaliste, on laisse passer cela comme si de rien n'était.

Le chef du PLC a passé plus de la moitié de son temps devant les gens de Québec rassemblés devant lui à parler d'identité, en augmentant chaque fois d'intensité. Il faut dire que les 15 immigrants qui ont pris la parole pour spécifiquement remercier LE PARTI LIBÉRAL DU CANADA de leur avoir permis d'immigrer (à ce que je sache, ce n'est pas le PLC qui donne les permis d'immigration...) lui ont permis d'en beurrer épais. Comme s'ils avaient été plantés là pour permettre à Trudeau de répéter son message identitaire...

Dans les deux dernières minutes de l'assemblée citoyenne, Justin Trudeau, sans doute pleinement empreint de fierté canadienne, a poussé le bouchon plus loin que je ne l'avais jamais vu.

Dans les deux dernières minutes de l'assemblée citoyenne, Justin Trudeau, sans doute pleinement empreint de fierté canadienne, a poussé le bouchon plus loin que je ne l'avais jamais vu. Il a commencé par décrire le Canada comme un pays où l'identité commune est basée sur des valeurs absolument génériques que l'on retrouve dans pratiquement tous les pays occidentaux, la quête d'égalité par exemple, pour bien démontrer que le Canada de 2018 est un Canada aseptisé que rien de différencie culturellement des États-Unis si ce n'est le nombre de meurtres à l'arme à feu. Dans un élan de multiculturalisme pur et dur, il a félicité les Canadiens de ne pas avoir d'identité basée sur des « identités de surface » (ce sont ses mots), comme la couleur de peau, la langue ou la religion.

Je n'en croyais pas mes oreilles, le premier ministre du Canada venait de déclarer que la langue, pourtant l'âme d'un peuple, n'était qu'une vulgaire identité de surface! Définitivement, cet homme ne comprend rien du tout au Québec, où l'identité collective est justement basée sur la langue française en tant que seul État français d'Amérique du Nord. Même chose pour la religion, essayez de dire à un croyant que sa religion est une « identité de surface », vous risquez fort de le contrarier. En qualifiant deux parties aussi profondes des identités personnelles et collectives « d'identités de surface », Justin Trudeau révèle le vrai visage du multiculturalisme, celui qui homogénéise la planète en démantelant les identités collectives pour les remplacer par des pages blanches qui ne se différencient pas l'une de l'autre.

De toute façon, je doute qu'on lui en veuille pour de tels propos, c'est Justin après tout. Il peut être aussi identitaire qu'il veut, puisqu'il fait la promotion d'un « bon » mode d'intégration (ou d'absence d'intégration). Bref, il détient la divine vérité et il est formellement interdit d'en douter, surtout pas au Québec, province en proie au racisme systémique et qui risque dangereusement de « se replier sur elle-même » (autre terme flou caractéristique du vocabulaire multiculturaliste) si elle ose ne pas se canadianiser et se multiculturaliser.

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