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13/12/2018 06:00 EST | Actualisé 14/12/2018 14:31 EST

Pour en finir avec la péréquation

Ce que veulent faire les Albertains avec des sorties pareilles, c'est museler le Québec et le forcer à supporter tous les désavantages du fédéralisme canadien sans dire un mot.

Christinne Muschi / Reuters
La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, s'est insurgée et a voulu fermer le clapet du premier ministre québécois en prétendant que la péréquation qu'il reçoit de cette «énergie sale» paie les routes et les écoles de la province.

Les déclarations de François Legault à la rencontre des premiers ministres canadiens vendredi dernier ont beaucoup fait réagir, plus spécifiquement lorsqu'il a dénoncé le pétrole comme une «énergie sale» et s'est opposé à un nouvel oléoduc en territoire québécois faute d'acceptabilité sociale. Si certains au Québec se sont réjouis du changement de direction caquiste sur l'enjeu environnemental, ça bardait dans le reste du Canada.

En effet, la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, s'est insurgée et a voulu fermer le clapet du premier ministre québécois en prétendant que la péréquation qu'il reçoit de cette «énergie sale» paie les routes et les écoles de la province. Dans son sillage, les conservateurs albertains, de Jason Kenney à Brian Jean, se sont adonnés à leur sport préféré, le Québec-bashing, traitant le Québec d'hypocrite qui empoche 13G$ de péréquation annuellement tout en snobant l'industrie.

La péréquation est un prix de consolation

Cependant, ce que les Rachel Notley de ce monde semblent ignorer, volontairement ou involontairement, c'est que la péréquation est d'abord une compensation pour les inégalités fondamentales que crée le régime fédéral canadien, lesquelles désavantagent structurellement le Québec.

On l'oublie souvent quand il est question de péréquation, mais les Québécois envoient annuellement plus de 50 milliards de dollars à Ottawa en taxes et en impôts. Avec cette somme colossale, c'est le gouvernement du Canada qui décide où investir l'argent.

Ainsi, quand le fédéral décide de subventionner le pétrole de l'Ouest en rachetant un oléoduc, par exemple, ou quand il refuse de donner sa juste part de contrats navals à la Davie pour créer de l'emploi à Halifax, tout cela est financé à 20% par le Québec.

La fédération canadienne fait donc en sorte que le Québec est forcé de payer de sa poche son propre appauvrissement au profit des autres provinces, selon le bon vouloir du gouvernement du Canada.

La fédération canadienne fait donc en sorte que le Québec est forcé de payer de sa poche son propre appauvrissement au profit des autres provinces, selon le bon vouloir du gouvernement du Canada. D'où le système de péréquation, qui se veut une compensation pour les provinces qui financent le Canada sans toutefois obtenir la juste part des investissements, ce qui est systématiquement le cas du Québec.

Quand on met le montant de 13 milliards en contexte, cela semble bien peu pour compenser pour les 50 milliards que le fédéral accapare pour faire prospérer l'automobile en Ontario, les chantiers navals d'Halifax et le pétrole albertain aux dépens des Québécois, qui n'en reçoivent qu'une fraction en retour, selon les volontés d'Ottawa en prime.

Le pétrole de l'Alberta nuit à l'économie québécoise

Indépendamment de la péréquation, le pétrole albertain est aussi nocif pour l'économie québécoise à cause de la monnaie que partagent Québec et Alberta, à savoir le dollar canadien.

Eh oui, en regardant seulement les nouvelles, on pourrait croire que l'idéal économique serait un dollar canadien le plus fort possible, dopé par le pétrole et jouissant d'une valeur égale ou supérieure à celle du dollar américain. Peut-être cette situation avantagerait-elle l'Alberta, mais elle serait extrêmement dommageable à l'économie québécoise, qui ne carbure pas à «l'énergie sale» comme le reste du Canada.

L'Alberta ne finance pas les écoles du Québec, elle creuse plutôt son déficit lorsque le pétrole dope le dollar et rend le Québec moins compétitif sur le marché mondial.

C'est démontré, pour un Québec dont l'économie repose davantage sur l'exportation et l'industrie manufacturière, un dollar trop fort à cause de l'Ouest est nuisible. Si notre monnaie vaut plus qu'à l'habitude internationalement, il devient alors moins profitable pour les pays étrangers de s'approvisionner au Québec, qui vont donc acheter ailleurs.

La première ministre de l'Alberta est donc dans l'erreur: l'Alberta ne finance pas les écoles du Québec; elle creuse plutôt son déficit lorsque le pétrole dope le dollar et rend le Québec moins compétitif sur le marché mondial.

Péréquation: un problème systémique

Ce n'est pas la première fois que l'Alberta et le Québec se querellent au sujet de la péréquation. Bien au contraire, c'est presque devenu une tradition annuelle au Canada pour l'Alberta de vouloir imposer son pétrole sale aux Québécois en brandissant la péréquation comme un supposé argument massue.

On en est rendu là au Canada: le Québec paie 50 milliards au fédéral pour subventionner l'Alberta et son pétrole qui nuit à la performance économique du Québec, mais Rachel Notley sermonne François Legault quand il refuse plus d'oléoducs sur le territoire québécois au nom de 13 milliards de compensations pour le manque d'investissements fédéraux au Québec. Trouvez l'erreur.

Ce que veulent faire les Albertains avec des sorties pareilles, c'est museler le Québec et le forcer à supporter tous les désavantages du fédéralisme canadien sans dire un mot.

Ce dilemme constant n'est pas nouveau au Canada, c'est écrit dans les gènes de cette fédération incompatible avec le Québec de par ses intérêts fondamentaux, ce qui se confirme année après année. Sans la tutelle fédérale, le Québec perdrait en effet 13 milliards en péréquation, mais retrouverait d'un coup 50 milliards qui ne seraient plus dépensés pour d'autres, mais bien investis au Québec selon la volonté des Québécois.

Ce que veulent faire les Albertains avec des sorties pareilles, c'est museler le Québec et le forcer à supporter tous les désavantages du fédéralisme canadien sans dire un mot. En se libérant de ce carcan pour devenir souverain, le Québec pourrait décider par lui même de ce qui passe sur son territoire et de ce qu'il veut faire avec son argent, ce qui n'inclut pas de payer le gros prix pour le mépris de l'Alberta, année après année.

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