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16/01/2019 13:59 EST | Actualisé 16/01/2019 13:59 EST

L'actualité rend une fois de plus la souveraineté pertinente

Si certaines choses ont changé en 151 ans de fédéralisme, il y a un fait qui perdure: le français est continuellement à risque au Canada.

Ne serait-ce qu'en 2018, l'actualité a donné plusieurs raisons aux indépendantistes de continuer de réclamer haut et fort l'indépendance du Québec jusqu'à ce qu'elle se fasse.
NicolasMcComber via Getty Images
Ne serait-ce qu'en 2018, l'actualité a donné plusieurs raisons aux indépendantistes de continuer de réclamer haut et fort l'indépendance du Québec jusqu'à ce qu'elle se fasse.

Pour les indépendantistes, 2018 a été une dure année, c'est le moins qu'on puisse dire. Non seulement les formations souverainistes n'occupent plus que 20 sièges sur 125 à l'Assemblée nationale; le parti fondé il y a de cela 50 ans pour faire avancer le projet est dans un creux historique.

Alors que tous se questionnent sur l'avenir de l'idée d'indépendance, il ne faudrait pas perdre de vue qu'elle demeure vitale dans un Québec moderne et qu'il importe de continuer à la faire cheminer pour que naisse un jour la République du Québec.

En 2018, l'actualité a donné plusieurs raisons aux indépendantistes de continuer de réclamer haut et fort l'indépendance du Québec jusqu'à ce qu'elle se fasse.

La renégociation de l'ALÉNA

Fermement demandée par Donald Trump, la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain a fait les manchettes durant toute l'année, jusqu'à ce qu'une nouvelle entente soit conclue entre le Canada, les États-Unis et le Mexique à la fin du mois de septembre.

Pour contenter le voisin américain, les négociateurs du Canada ont jugé bon de mettre la hache dans la gestion de l'offre et exposer les fermiers du Québec à la concurrence étrangère pour sauver d'autres industries canadiennes.

Si le Québec était souverain, non seulement il ne serait plus vulnérable aux lâchetés d'Ottawa, mais il aurait son propre siège à la table de négociations pour faire entendre ses intérêts économiques sur le marché mondial, ce qui n'a visiblement pas été le cas cette année.

Les promesses identitaires de François Legault

Il a beau être élu à la tête d'un gouvernement majoritaire, rien n'indique qu'il sera facile pour le chef de la Coalition avenir Québec de respecter ses promesses en matière d'identité. Quand il a été question de baisser les seuils d'immigration, le gouvernement fédéral a grincé des dents et fait des gros yeux au Québec, imaginez ce que ce sera quand l'Assemblée nationale adoptera la Charte de la laïcité de la CAQ.

Comme avec la loi 101, la meute de loups de la Cour suprême du Canada n'en fera qu'une bouchée, appuyée par la Charte canadienne des droits et libertés de Pierre Trudeau, pensée pour déboulonner le nationalisme québécois. Les électeurs caquistes n'ont pas voté pour une option excessivement ambitieuse sur le plan constitutionnel, mais cela n'empêchera pas l'appareil fédéral de brimer la volonté démocratique des Québécois.

De «l'énergie sale» à 4,5 milliards de dollars

En mai dernier, le gouvernement Trudeau s'est engagé à subventionner toujours plus l'industrie du pétrole albertain en rachetant l'oléoduc Trans Mountain pour la coquette somme de 4,5G$ à la compagnie Trans Mountain, dont 900M$ venaient directement des poches des Québécois.

Sachant que l'industrie pétrolière est à la fois nocive pour l'environnement et pour l'économie du Québec, faisant monter abusivement le dollar canadien et limitant par la bande l'attrait international des exportations québécoises, c'est là tout un cadeau pour l'Ouest, mais aussi un boulet pour le Québec.

Évidemment, quand le premier ministre s'est levé pour dénoncer le pétrole sale, il y a eu levée de boucliers en Alberta: comment Legault osait-il parler en recevant des milliards en péréquation? Avec des cadeaux valant 4,5 milliards payés par le fédéral, pas surprenant que l'Alberta ne reçoive pas de péréquation en fin d'année...

Le français en arrache d'un océan à l'autre

Rien de nouveau sous le Soleil au plan linguistique: le Canada est toujours aussi mauvais pour préserver le fait français en Amérique. Au Québec, l'anglicisation et l'isolation de Montréal du reste du Québec sont de plus en plus évidentes, alors que la mairesse Plante a prononcé des discours tout en anglais et qu'il a fallu poursuivre la mairie pour qu'elle daigne afficher le drapeau du Québec.

En Ontario, le gouvernement Ford a jugé que le français coûte trop cher et a sabordé le projet d'université francophone de l'Ontario de même que le commissariat aux services en français. Au Nouveau-Brunswick, le Parti progressiste-conservateur de Blaine Higgs est passé au pouvoir avec l'appui de la People's Alliance, un parti mettant le bilinguisme à l'épreuve et qui a pour grand projet d'abolir le commissaire aux langues officielles de la province. Si certaines choses ont changé en 151 ans de fédéralisme, il y a un fait qui perdure: le français est continuellement à risque au Canada.

Essentiellement, 2018 a été une année de routine pour le fédéralisme canadien: le français a perdu des plumes, l'Alberta a à la fois empoché le gros lot en subventions et dénoncé la péréquation, le fédéral a conclu des accords de libre-échange nuisant au Québec sans qu'il ait son mot à dire et le Canada s'est préparé à mater l'identité québécoise par les tribunaux.

Ces problèmes structurels typiques se reproduisent quasiment chaque année et montrent à quel point le Canada est un pays dysfonctionnel pour les Québécois, qui perdent continuellement contre les provinces anglophones à 9 contre 1 lorsqu'il y a des décisions communes à prendre.

Malgré que les indépendantistes soient les grands perdants de l'année 2018, les problèmes que l'option vise à régler se manifestent encore et toujours. C'est justement pourquoi la perspective de la souveraineté ne disparaîtra jamais complètement de l'espace politique québécois.

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