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20/09/2018 13:54 EDT | Actualisé 20/09/2018 14:02 EDT

Réussite des garçons en milieu scolaire: lecture et identité vont de pair

Associer la lecture à la masculinité contribuerait à la réussite scolaire des garçons.

Je veux mettre l'accent sur la plus-value de l'implication des pères dans l'éducation de leurs enfants et par extension, sur l'importance de l'augmentation des figures masculines en enseignement.
evgenyatamanenko via Getty Images
Je veux mettre l'accent sur la plus-value de l'implication des pères dans l'éducation de leurs enfants et par extension, sur l'importance de l'augmentation des figures masculines en enseignement.

La journaliste et auteure Rachel Giese nous rappelait récemment que les garçons associent la réussite scolaire à l'univers des filles. Or, les recherches montrent que la lecture joue un rôle déterminant dans le développement scolaire des jeunes.

Étrangement, cette activité est associée à la féminité. C'est du moins ce qu'affirme Francis Dupuis-Déri, professeur à l'Institut de recherche et d'études féministes à l'UQAM. Pourtant, Statistiques Canada arrive à une conclusion plus que convaincante: «L'acquisition de solides compétences en littératie est essentielle à la réussite scolaire [...]»

Associée à l'univers féminin

S'ils veulent développer un intérêt pour la lecture chez la gent masculine, les enseignants ont un défi de taille: changer la perspective des garçons à l'égard de la lecture. De son côté, Nathalie Lavoie croit que les garçons associent la lecture à une activité de filles parce que ce sont, dans la plupart des cas, les mères qui initient leurs garçons à la lecture.

Lorsqu'ils entrent à la maternelle, c'est encore une femme qui leur apprend à lire. Elle ajoute que si les pères passaient plus de temps à lire avec leurs garçons, ceux-ci développeraient un plus grand intérêt pour cette activité. Cette association lecture-fille rebute les garçons qui tentent de renforcer leur identité masculine.

Se disqualifier dès le départ

Le problème n'est pas un manque d'intérêt des pères envers leurs garçons. En vérité, ils croient que leur implication ne fera pas de différence. Après une enquête, menée au Royaume-Uni auprès d'environ 1300 pères, le National Literacy Trust affirme que 36,6% des pères d'enfants de 3 à 5 ans croient qu'ils influencent positivement le développement de leur progéniture à l'égard de la littératie. Lorsqu'on consulte les mères, le nombre de celles qui le croient est presque le double que celui des pères. Il semble donc que le terme de «parent» n'interpelle pas autant les pères que les mères, comme l'a mentionné le psychologue Carl Lacharité.

La perception des parents au sujet de leur influence sur l'apprentissage scolaire de leurs enfants joue un rôle sur leur propre motivation à s'y impliquer.

Cette étude révèle également que la perception des parents au sujet de leur influence sur l'apprentissage scolaire de leurs enfants joue un rôle sur leur propre motivation à s'y impliquer. Si les pères changeaient leur impression à cet égard, un plus grand nombre de garçons désireraient certainement apprendre et développer leur plein potentiel, entre autres en littératie.

Une plus-value

Sans contredit, l'apport des mères dans le développement de l'enfant est primordial. Sans nullement sous-estimer l'implication maternelle dans l'éducation des enfants, je vise plutôt par mon propos de stimuler les pères à en faire de même.

L'identification à la masculinité joue un rôle plus important qu'on ne le croit dans le développement des garçons.

D'ailleurs, un certain nombre de mères souffrent de l'absence ou du manque d'implication de leur conjoint. Je veux mettre l'accent sur la plus-value de l'implication des pères dans l'éducation de leurs enfants et, par extension, sur l'importance de l'augmentation des figures masculines en enseignement.

L'importance des enseignants masculins

L'identification à la masculinité joue un rôle plus important qu'on ne le croit dans le développement des garçons. Thomas S. Dee a mené une enquête auprès de 21 000 élèves de 2e secondaire, garçons et filles confondus. Il a remarqué que lorsqu'un élève était instruit par une personne du sexe opposé, il éprouvait plus de difficulté qu'avec un enseignant du même sexe. Selon lui, le simple fait de remplacer une femme par un homme réduirait du tiers l'écart de réussite entre garçons et filles, et améliorerait le rendement des garçons.

Puisque le corps enseignant dans les écoles québécoises est composé d'une majorité de femmes, il n'est pas étonnant que les garçons éprouvent plus de difficulté dans leur parcours scolaire que les filles. Ne nous surprenons pas non plus qu'une majorité de garçons tentent de parfaire leur identité masculine en dehors de l'école.

Stimuler par la discussion

Pour stimuler les garçons à s'intéresser à la lecture, Nathalie Lavoie propose d'associer lecture et réflexion. Les garçons apprécieraient les échanges d'idées qui en découleraient. Selon cette auteure, «[...] si on initie tôt les enfants, et notamment les garçons, à ces temps de réflexion et de partage sur un livre, on participera au développement de leur motivation pour la lecture.»

L'intégration des hommes

Si la littératie influence le rendement académique des élèves, l'école doit se faire un devoir de motiver les garçons et de les initier à l'amour de la lecture. Pour ce faire, l'État peut jouer un rôle important en mettant en place un environnement qui facilitera l'intégration des hommes enseignant en milieu scolaire.

Par contre, si socialement, on n'arrive pas à convaincre les hommes que leur présence est nécessaire à l'école et qu'ils peuvent faire la différence dans l'apprentissage de leurs jeunes congénères, il sera difficile de les attirer dans les classes. La raison est fort simple, un des éléments qui motivent une personne à choisir l'enseignement est la capacité d'influencer le futur des jeunes.

Si les hommes ne croient pas qu'ils sont équipés pour y parvenir, ils ne seront pas motivés à contribuer au développement des garçons. C'est ainsi que le cercle vicieux s'amorce: pas d'hommes, pas d'impact chez les garçons; pas d'impact, pas de motivation; pas de motivation, pas d'intérêt à apprendre; pas d'intérêt à apprendre, pas de goût pour la lecture; pas de goût pour la lecture, pas de réussite...

Les garçons continueront à en payer la note dans leurs résultats scolaires à cause d'une mauvaise perception de la réussite qui passe inévitablement par la lecture, cette activité soi-disant féminine.

Remarquez que les garçons réussissent mieux dans les écoles privées. Fait intéressant, la présence des hommes y est plus abondante.

La valorisation de la masculinité

Et si l'on commençait par encourager les hommes à croire en leur rôle de père? Nous avons une mission sociale en termes de valorisation de la masculinité. Sans quoi, en aval, au milieu de bien d'autres effets néfastes, ce sont les garçons qui continueront à en payer la note dans leurs résultats scolaires à cause d'une mauvaise perception de la réussite qui passe inévitablement par la lecture, cette activité soi-disant féminine.

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