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Du savoir de Wikipédia au plagiat

Vice-président de Vigilance laïque, je souhaite répondre à la réplique du 15 octobre «L'errance de nos penseurs».

Vice-président de Vigilance laïque, je souhaite répondre à la réplique du 15 octobre « L'errance de nos penseurs ». 14 cosignataires, dont un doctorant, ont écrit une lettre sur l'islamophobie avec une méthodologie douteuse que je critique, car elle porte atteinte à l'institution universitaire et la qualité de l'enseignement qui y est prodiguée.

Les deux premiers paragraphes de leur lettre concernent l'origine de l'islamophobie, une critique de Caroline Fourest et Fiametta Venner ou encore la non-équivalence du terme « islamophobie » en langue arabe et persane. En tout point, les deux premiers paragraphes correspondent à la même structure voire aux mêmes mots que Wikipédia - section islamophobie.

En voici quelques exemples :

a) Tiré de la lettre. « En premier lieu, rappelons que le terme "islamophobie" a d'abord été utilisé par des anthropologues français au début du XXe siècle, en opposition à "islamophilie", comme principe d'administration française en Afrique centrale"

Tiré de Wikipédia. "En fait, le terme "islamophobie" était apparu en 1910 dans l'ouvrage d'Alain Quellien La politique musulmane dans l'Afrique-Occidentale Française, ainsi que dans d'autres publications de la même époque, comme l'ouvrage de Maurice Delafosse Haut-Sénégal-Niger publié en 1912."

b) Tiré de la lettre. "l'essayiste polémiste française Caroline Fourest et Fiammetta Venner qui ont développé la thèse que le terme est une invention instrumentalisée par des mollahs iraniens comme arme de censure"

Tiré de Wikipédia en source. "Caroline Fourest et Fiammetta Venner, [...], selon lesquels le mot aurait été inventé par les mollahs pour contrer les critiques du régime iranien"

c) Tiré de la lettre. Juste après "Rappelons également que son équivalent n'existe ni en persan ni en arabe."

Tiré de Wikipédia en source. "La difficulté à trouver des origines persanes ou arabes au terme "islamophobie" réside dans le fait que, loin d'être une invention "orientale", il s'agit en fait d'une invention... française! [...] Pourtant, il n'existe pas de réel équivalent à "islamophobie" en persan"

Etc. L'exercice pourrait continuer, mais étirerait la longueur du propos.

Ces étudiants ressentent « la responsabilité intellectuelle et citoyenne de diffuser un raisonnement critique, nuancé et scientifique qui repose sur une connaissance exacte des faits et de la situation. » Soit !

Dois-je rappeler qu'à l'Université, leur lettre serait considérée comme un plagiat?

Aujourd'hui, l'éducation s'est donné la mission de transmettre l'esprit critique aux futurs citoyens. Il demeure que dans la majorité des cas n'y a pas d'esprit, que de la critique. Si bien que le malheur de notre temps conduit « l'esprit critique » à considérer qu'un raisonnement biaisé méthodologiquement est perçu comme vrai si la conclusion nous convient, et inversement.

Relativisme, bien-pensance ou méconnaissance lorsque je lis : « En présentant une image diabolisée de l'islam qui repose sur une lecture de quelques versets haineux et violents qui se trouvent dans le Coran - des versets similaires se trouvent également dans la Torah et dans la Bible sans qu'on accuse le judaïsme et le christianisme d'être des religions fanatiques -, nous considérons que cela tend à dénaturer l'islam tel qu'il est compris et pratiqué par une majorité de croyants dans le monde qui ont appris à distinguer la lettre de l'esprit »?

Dans sa Lettre ouverte au monde musulman, partagée plus de 52 000 fois, le célèbre islamologue Abdennour Bidar écrit : « Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre - perdre ton temps et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement interminable entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre? Quel est ton unique discours? Tu cries "Ce n'est pas moi !", "Ce n'est pas l'islam ! » Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag ‪#‎NotInMyName‬). Tu t'indignes devant une telle monstruosité, tu t'insurges aussi que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu'à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l'islam dénonce la barbarie. Mais c'est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l'autodéfense sans assumer aussi, et surtout, la responsabilité de l'autocritique. Tu te contentes de t'indigner, alors que ce moment historique aurait été une si formidable occasion de te remettre en question ! »

André Gagnon, membre de la communauté LGBT fait un parallèle intéressant entre l'islamophobie et la charia. Il précise que « [les] principaux promoteurs à l'échelle internationale [de l'islamophobie] sont les États membres de l'Organisation de la coopération islamique ». Ce qui lui permet d'écrire que l'acceptation du concept « islamophobie » est la première victoire de l'islamisme ou des radicaux islamiques.

Pour conclure, je m'interroge fortement sur les intentions des cosignataires, leur méthodologie est douteuse pour des universitaires. Toutefois, je suis ouvert au dialogue. Je leur propose en novembre un débat à l'Université Laval sur le thème l'«islamophobie». J'aimerai comprendre leur fixation sur la haine que subissent les musulmans quand les principales victimes de crimes haineux au Canada sont les Noirs, les Juifs et les minorités sexuelles.

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