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25/03/2017 09:42 EDT | Actualisé 27/03/2017 11:23 EDT

Nos belles mosquées du Québec disparaissent

Le Québec doit notamment prendre l'initiative d'offrir des cours de langue arabe pour les jeunes enfants dans un cadre séculier.

Tombouctou ou Le chagrin des oiseaux, film oscarisé en 2015. Le réalisateur Abderrahmane Sissako nous raconte comment les islamistes envahissent la ville de Tombouctou et imposent la charia. Surnommée la «perle du désert», cette ville voit les islamistes détruire ses sanctuaires et ses superbes manuscrits de la cité. Ils interdisent l'alcool, les cigarettes, la musique ou encore le football, très populaire en Afrique. Ils persécutent les femmes, obligent les hommes à porter la barbe ou des vêtements «décents». En bref! des « frustrés des plaisirs » tels que les qualifiaient l'humoriste Nabila Ben Youssef dans son one-woman show Arabe et cochonne.

Malgré les brutalités et l'inhumanité des islamistes, le réalisateur Abderrahmane Sissako rappelle que la population n'est pas demeurée passive. Au contraire, elle a résisté avec les moyens dont elle disposait au nom d'une autre conception de l'islam.

Ce long-métrage nous rappelle aussi que les premières victimes de l'islamisme sont les musulmans et aujourd'hui, principalement les Africains. Il pointe par la même occasion un nouveau phénomène qui affecte la jeunesse musulmane; soit la disparition orchestrée d'un islam millénaire, local et traditionnel au profit d'un islam violent, international, voire mondialisé, déraciné et assez récent.

Stéphane Berthomet dans son ouvrage La fabrique du djihad en fait le constat. « [...] l'interprétation radicale trouve aussi sa source dans des textes ambivalents, qui encouragent ou peuvent être considérés comme encourageant l'usage de la violence » note-t-il.

Au Québec, nous ne sommes pas épargnés par cet islam violent. Je vous propose d'en explorer la genèse et d'en apporter quelques solutions.

Les mosquées familiales

Au courant des années 1960-1980 sont apparues les premières vagues de migration de pays musulmans au Québec. En provenance des pays tels que l'Égypte, le Pakistan, la Syrie ou encore les pays du Maghreb. À l'époque, ces nouveaux arrivants venaient de pays qui avaient entamé un processus de sécularisation voire parfois de laïcisation de l'État.

Ces Québécois de confession musulmane, arrivés au Québec, ont fondé des mosquées familiales. Ces petites structures avaient moins de vocations à jouer, un rôle prosélyte, qu'à transmettre aux enfants la culture, la langue et parfois, la pratique cultuelle du pays d'origine. D'ailleurs, à l'époque, ces mosquées avaient l'habitude d'être nationales. La mosquée des Algériens n'avait rien à voir avec la mosquée turque et encore moins avec une mosquée pakistanaise.

Les mosquées professionnelles

Après la Révolution iranienne de 1979, les mouvements radicaux dans les milieux chiites et sunnites ont commencé à prendre du poil de la bête. En l'espace d'une vingtaine d'années, ils ont conquis l'espace politique que les communistes et les gouvernements séculiers ont abandonné.

Là où le voile était rare, il s'est imposé à la société. Ce «bout de tissu» tel que le définissent les néo-libéraux ou les partisans de la «laïcité ouverte» est devenu l'étendard de l'islam politique et de l'abandon des droits à l'égalité de millions de femmes à travers le monde.

Là où l'imam était choisi par la communauté locale, il a été remplacé par des imams professionnels contrôlés par des gouvernements ou des organisations internationales. Comment me direz-vous? Eh bien! Par le financement des mosquées.

La première concession face aux créanciers est le choix de l'imam qui devient moins un soutien spirituel qu'un lobbyiste de l'intégrisme religieux.

Chaque fois qu'une mosquée est financée par des gouvernements étrangers, des financiers internationaux tels que la Ligue islamique mondiale, les pratiquants deviennent redevables envers leurs créanciers. La première concession face aux créanciers est le choix de l'imam qui devient moins un soutien spirituel qu'un lobbyiste de l'intégrisme religieux.

Yassine Essid, historien et islamologue, à l'université de Tunis dénonce le financement islamique dans son ouvrage La face cachée de l'islamisation. La banque islamique. comme un moyen de pression pour fonder une forme de Kapitallahisme (néologisme de ma part). C'est-à-dire utiliser la religion musulmane pour faire de l'argent et nourrir les mouvements radicaux, maintenir la population musulmane dans l'ignorance et le fanatisme religieux pour leur faire oublier leur misère économique ou l'échec de l'entrée dans la modernité des pays musulmans.

Les mécanismes de dépendance du Kapitallahisme peuvent aussi servir à instrumentaliser l'implication politique des minorités musulmanes en Occident dans la défense ou la promotion de l'islam comme le décrit si bien le sociologue Ali Daher. C'est que la relation de dépendance à l'égard du créancier nécessite d'aller chercher de nouveaux adhérents (revenus) pour payer la dette.

Déconfessionnaliser la langue et la culture arabe

Face à ces mosquées professionnelles qui détruisent les mosquées familiales, que pouvons-nous faire?

De nombreux parents bernés par le système des «Frères» envoient leurs enfants dans les mosquées professionnelles de la même manière qu'ils sont allés dans les mosquées familiales pour apprendre la culture ou encore la langue arabe de leurs ancêtres. Mais ils sont inquiets, ils craignent que leurs enfants ne se radicalisent. Ils ont peur, l'islam propagé dans ces mosquées professionnelles n'est pas la religion que leurs parents leur ont léguée.

«La religion est pour Dieu, la patrie est pour tous», slogan dans de nombreux pays arabes avant que les professionnels de la radicalisation n'essaiment. Le Québec doit agir en amont avant qu'il ne soit trop tard! Comment?

Le Québec doit notamment prendre l'initiative d'offrir des cours de langue arabe pour les jeunes enfants dans un cadre séculier. Cela évitera aux parents musulmans de craindre d'envoyer leurs enfants dans des mosquées où le contrôle du contenu est presque inexistant. Les modalités d'enseignement de la langue arabe par des enseignants séculiers sans faire la promotion d'une religion ou d'une autre resteraient à définir.

Enfin, nous devons entreprendre la déconfessionnalisation de la culture arabe. Il ne faut surtout pas neutraliser le processus d'intégration ni cristalliser l'identité arabe à la mosquée ou à la communauté précise le sociologue Ali Daher. L'arabité ne doit plus se définir par rapport à l'islamité. D'ailleurs, de nombreux Arabes ne sont pas musulmans. Il faut sortir la langue et la culture arabe des mosquées. Pour ce faire, somme-nous prêts à nous approprier la culture arabe et la redéfinir ensemble?

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