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22/08/2016 10:20 EDT | Actualisé 23/08/2016 08:21 EDT

Le burkini, pouvons-nous agir?

Dans un monde globalisé, il ne faudrait pas que le burqini devienne le droit des femmes en Occident et le droit des femmes à se taire au Moyen-Orient.

Certains maires français ont décidé par des arrêtés municipaux d'interdire sur les plages le burkini. Ces arrêtés municipaux entrent dans un cadre plus général en France où les tenues identitaires issues de mouvements radicaux sont restreintes, voire interdites.

L'interdiction de ces tenues identitaires fut contestée par une jeune Française de confession musulmane auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) pour entrave aux articles 8 (droit au respect de la vie privée et familiale), 9 (droit à la liberté de pensée et de religion) et 14 (interdiction des discriminations). La CEDH a entièrement donné raison à la France, cette décision tomba quelques jours après l'arrêt de la CEDH qui confirma la décision de la Cour de cassation française au licenciement pour faute grave d'une salariée voilée de la crèche Baby-Loup. Il y a fort à parier que s'il y a contestation de l'interdiction du burkini devant la CEDH, ce sera encore un échec. De surcroît, le burkini est interdit dans certains pays musulmans.

Ces confirmations légales des plus hautes instances judiciaires de l'Union européenne permettent à la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie d'aller de l'avant dans leur réflexion législative nationale respective à propos de l'interdiction de certaines tenues vestimentaires qui font clairement référence au radicalisme religieux.

Le débat du burqini déborde au-delà des frontières européennes. Plus négativement reçu dans les pays anglo-saxons que dans les pays maghrébins. Cette situation n'est pas sans constater la divergence de vues entre les intérêts économiques de certains pays à contre-courant des aspirations de la jeunesse arabe à la liberté et au progrès.

«Dans un monde globalisé, il ne faudrait pas que le burqini devienne le droit des femmes en Occident et le droit des femmes à se taire au Moyen-Orient.»

Rappelons que le burqini est la contraction entre la burqa, tenue islamique des talibans, et le bikini. Plus proche de la burqa que du bikini rappelle avec raison Lise Ravary.

Dans une société qui recherche l'équilibre entre liberté et égalité a été développé le principe des «accommodements raisonnables». Sur le plan des normes sociétales, ce principe «d'accommodement raisonnable» devrait avoir une limite au risque que la diversité soit à terme perçue négativement.

Cette limite nous devrions la fixer de la manière suivante: peut-on nous signifier le plus objectivement possible en quoi le burqini serait une contribution positive significative pour les femmes et la société d'accueil? C'est ici que la demande d'accommodement atteint sa limite, lorsque l'exigence n'apporte rien de significativement positif. C'est le fardeau de la preuve. Ce fardeau ne nous revient pas en tant que société, mais aux demandeurs!

Selon Hassan Jamali, Québécois d'origine syrienne, avant de songer à interdire le burqini, il faut en tarir la source. Pour ce faire, il faudrait protéger les jeunes filles de «l'entoilement» systématique dès le plus jeune âge. C'est pourquoi nous devrions interdire à l'école publique le port de signes ostentatoires par l'obligation du port de la tenue vestimentaire réglementaire. Seront ainsi gommées les différences sociales, politiques et religieuses au profit d'une valeur commune: la citoyenneté.

Enfin, les Chartes québécoise et canadienne des droits et libertés ne peuvent être continuellement invoquées pour justifier l'inaction. Dans un monde globalisé, il ne faudrait pas que le burqini devienne le droit des femmes en Occident et le droit des femmes à se taire au Moyen-Orient.

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