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30/01/2016 07:25 EST | Actualisé 30/01/2017 05:12 EST

Le français mis de côté pour le patronat, à moins que...

Le français recule au travail et perd du poids à chaque recensement. L'anglicisation est liée directement à une politique d'immigration qui anglicise le Québec, et au bilinguisme institutionnel.

Le français recule au travail et perd du poids à chaque recensement. L'anglicisation est liée directement à une politique d'immigration qui anglicise le Québec, et au bilinguisme institutionnel pratiqué par le gouvernement qui envoie le message aux nouveaux arrivants qu'ils peuvent fonctionner toute leur vie en anglais avec l'État.

L'étude de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), Le Québec rate sa cible, publiée mercredi dernier démontre que les allophones non francotropes font très peu usage du français dans l'espace public. Normal, puisque plus de 200 000 immigrants, soit 20 % de l'ensemble de la population immigrée du Québec, ne parlent toujours pas le français en 2011. Parmi eux, plus de 111 000 sont arrivés à partir de 1991, dont près de 43 000 entre 2006 et 2011. De ces 202 830 immigrants, 159 575 parlent uniquement anglais et 43 255 ne parlent ni français ni anglais.

La nouvelle politique de l'immigration et le projet de loi 77 (Loi sur l'immigration) du Québec pourraient contribuer à ce que la francisation de l'immigration ne soit plus l'échec que nous constatons. Le Mouvement Québec français est plutôt inquiet puisque le processus de consultation sur le projet de loi se fait sans que nous ayons eu accès à la nouvelle politique d'immigration qui est pourtant adoptée depuis novembre 2015.

Nous sommes inquiets aussi parce que le projet de loi du gouvernement contient 34 articles où les modalités d'application seront déterminées par règlements du gouvernement ultérieurement, ce qui constitue un véritable chèque en blanc que le gouvernement se donne.

Si le gouvernement nous avait donné l'impression que sa loi et sa politique allaient redonner de la vigueur au français, nous serions peut-être aussi emballés que les gens d'affaires et le patronat l'ont été à son dépôt.

Cependant, les documents de consultations pour la politique d'immigration, le projet de loi et les déclarations publiques de la ministre Kathleen Weil nous laissent voir que le gouvernement priorisera deux choses, et surtout pas le français.

La première sera de faire en sorte que l'immigration soit centrée sur le besoin en temps réel du marché du travail québécois. La seconde sera d'aider les entreprises à aller sur le marché mondial pour participer à la course aux talents et aux cerveaux. L'accent sera mis sur la prospérité et la compétitivité des entreprises québécoises. Avec cette politique et cette loi, l'immigration devient l'outil espéré par le patronat et les gens d'affaires. Ceci laisse présager que le français sera mis de côté, puisque ces derniers demandent sans cesse en commission parlementaire depuis 1977 d'assouplir ou d'abroger les critères ou les articles de loi qui assurent au français une grande vigueur dans une Amérique anglo-saxonne et dans un monde où l'anglais écrase les autres langues en science, en technologie, en culture et en affaires.

Quand la ministre Weil et les gens d'affaires disent de concert qu'il faudra une immigration plus diversifiée, ils nous disent que les bassins combinés de la francophonie et de la francotropie (pays des langues romanes ou ayant une population qui connaît le français comme l'Algérie), composés de plus de 700 millions d'humains ne suffisent pas. Il faudra puiser ailleurs les immigrants, dans des régions où l'on sait statistiquement que les individus qui arriveront auront beaucoup plus tendance à utiliser l'anglais que le français dans l'espace public.

Deux mesures pourraient influencer le comportement linguistique des non-francotropes et des non-francophones en faveur du français. Il faudrait rendre obligatoire, à l'intérieur de 12 mois après l'arrivée, l'obtention de la note de passage du niveau 7 de l'échelle québécoise de connaissance du français. Il faudrait surtout que le gouvernement arrête complètement le bilinguisme institutionnel qu'il pratique systématiquement avec les nouveaux arrivants.

Madame la ministre, il est toujours temps d'agir. De nos rêves naît le possible !

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