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19/05/2015 08:46 EDT | Actualisé 19/05/2016 05:12 EDT

Modernité et indépendantisme

Pour certains, il importe moins que l'indépendance se réalise, car l'important est qu'elle s'effectue selon un mode bien particulier.

Ça y est, les dés sont jetés. Le Rubicon maintenant traversé, l'élection de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois ressemble étrangement au «all-in» que les joueurs de poker connaissent si bien. Ce «tout pour le tout» inaugure peut-être une nouvelle ère pour le mouvement indépendantiste. Comme le mentionne Denise Bombardier dans son article du 16 mai 2015, Monsieur Péladeau est là pour gagner. Son saut en politique est un acte de foi, celui du croyant en une cause, celle-ci étant l'indépendance du Québec. Loin de l'idée que l'on peut se faire du politicien de carrière, Pierre Karl Péladeau incarne la réussite, parfois à un prix considérable, d'un Québec qui peine à se créer des héros. Peut-être est-ce la raison expliquant que le mouvement indépendantiste se cherche tant un «sauveur»...

Cela montre un problème profond: quel est le socle commun qui unit le mouvement indépendantiste actuellement? Au contraire des partisans du maintien du Québec au sein de la fédération canadienne, l'indépendance du Québec ne constitue pas le socle commun du mouvement indépendantiste. En fait, il n'y en a aucun, comme le démontre le sondage que Jean-François Lisée a publié il y a de cela quelques années où le simple fait de changer la question référendaire influençait le résultat du vote; le démontre également la division du vote souverainiste parmi trois partis dont les modes d'accession à l'indépendance diffèrent.

Ces deux faits se recoupent: au-delà de l'indépendance, les indépendantistes se querellent sur la méthode. L'étapisme, l'élection référendaire, le référendum; pour certains, il importe moins que l'indépendance se réalise, car l'important est qu'elle s'effectue selon un mode bien particulier. Le pragmatisme nécessaire à toute victoire est effacé pour une vertu des moyens. Le Bien réside dans la méthode, et non dans la fin. C'est ce qui rend difficile la cohabitation des différentes tendances indépendantistes. Le fameux «common good», chacun croit le détenir et pouvoir l'imposer.

Cela est le reflet d'une époque, celle où le pluralisme de la société est valorisé, où chacun se bat pour défendre sa conception de la Vérité. Société où tout socle commun est remis en question, car il serait l'imposition d'un système de valeurs sur un autre.

Le mouvement indépendantiste québécois est ainsi, ironiquement, bien ancré dans ce que nous appelons la modernité, reflet d'une société où le vivre-ensemble est remis en cause pour un individualisme accru.

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