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04/03/2015 12:02 EST | Actualisé 03/05/2015 05:12 EDT

Si les libéraux étaient francs pendant 5 minutes...

À l'approche de notre deuxième budget et d'une première année complète à la tête de la province du Québec, nous avons pensé qu'une missive s'imposait pour nos nombreux opposants politiques et idéologiques afin de remettre les pendules à l'heure.

Pourriez-vous cessez de vociférer que nous manipulons les chiffres du déficit des régimes de retraite, celui du déficit budgétaire, que nous avons renié nos engagements électoraux ou quoi encore? Vous le savez, nous le savons, mais ce que vous semblez ignorer est que nous pouvons nous permettre de dire tout et son contraire. La raison en est fort simple et c'est que le prix politique à dire n'importe quoi est inexistant chez nous, contrairement aux autres partis dont le moindre faux pas risque un exode de vote chez un adversaire. Suivant les épreuves que nous avons traversées avec la Commission Charbonneau et l'UPAC qui tourne autour de nos bureaux comme des mouches, il n'est pas risqué d'écrire que nous sommes à l'épreuve des manigances politiques et pouvons surmonter n'importe quel scandale avec un calendrier et un peu de patience en boite.

La culpabilisation de l'électeur libéral ne vous sera cependant d'aucun secours. Quoi, vous pensiez vraiment que les gens qui ont voté pour nous ont soudainement honte de leur choix? Vous n'avez rien compris des motivations de l'électorat et la théorie des choix publiques si c'est le cas. Comme le rappelle l'étude «The Political Brain » de Drew Westen :

« Le cerveau politique est un cerveau émotionnel. Ce n'est pas une froide machine à calculer, en quête de décisions rationnelles fondées sur la justesse des faits, des chiffres et des mesures à prendre. »

En prenant dans notre équipe un ancien chroniqueur de Radio X pour le placer au Conseil du Trésor, c'était écrit dans le ciel que « la justesse des faits et des chiffres » ne serait pas notre marque de commerce numéro un. Nous vous ferons un dessin la prochaine fois.

Nous sommes des spécialistes pour manipuler les émotions des gens. Notre appel au dialogue serein du chef Couillard dans la dernière campagne est le genre de déclaration dont nous récoltons encore les fruits aujourd'hui avec une facilité déconcertante. Qui pourrait bien être contre la vertu de la politesse? Ce fût une formidable trappe et tous nos estimés collègues des autres partis ont bien joué le jeu de nous traiter avec respect comme si nous étions la 8e merveille du monde. Les autres partis n'ont rien compris avec leurs rectifications des faits passés ou en achalant les gens avec des idées complexes pour le futur. Ce n'est pas de cette façon que l'on gagne des élections.

Concernant l'économie, nous le répétons pourtant à chaque occasion que nous pouvons durant les campagnes électorales : « Nous sommes le parti de l'économie qui travaillera sans relâche pour l'économie ». Il nous semble que cette formule est limpide comme de l'eau. Stephen Harper l'utilise aussi depuis 10 ans, ça devrait être facile de la comprendre maintenant, non? Il est temps de cesser de jouer les vierges offensées avec vos 250 000 jobs et de bien réaliser qu'être le parti de l'économie ne veut pas dire être au service des citoyens et des citoyennes à l'intérieur de celle-ci. Vous n'êtes pas cette économie, vous en êtes les serviteurs et l'opinion des riches et des agences de notation rigoureuses à Londres pèseront toujours plus fort dans la balance que vos états d'âme à géométrie variable.

« En français SVP! » Oui allez-y, gâtez-vous dans la langue de Molière. Alors que vous croyez nous dénoncer massivement, vous allez l'air d'une bande de prête qui se donne mutuellement des preuves que Dieu existe. L'utilisation du français pour nous critiquer dans les médias ou dans la rue est une avenue prometteuse pour ne pas se faire entendre par une bonne partie de notre électorat qui ne comprend pas cette langue avec toutes les subtilités qu'il faut pour bien participer au débat public. Avec 78% d'intention de vote chez les non-francophones, nous avons besoin de l'appui d'un cinquième des francophones seulement et il est relativement facile de les trouver.

Plusieurs ne savent jamais pour qui voter de toute façon, ça devient une corvée sans nom de le faire et tous les partis se ressemblent pour eux. Voter pour Québec solidaire dans ces circonstances, c'est se donner 30 secondes de plaisirs lors du décompte dans le show de télévision. Il n'y aucun suspense, on le sait que c'est perdu à la seconde où des chiffres apparaissent à l'écran. Aussi bien se payer une bonne victoire comme au hockey en gagnant ses élections et y aller pour une valeur sûre comme le PLQ pour étirer la soirée jusqu'au bout . Il restera toujours des gens qui choisiront un parti, car le veston du chef est mieux agencé avec la cravate ou le tailleur de l'autre.

Durant la dernière semaine, nous avons malheureusement perdu un collègue. Pendant que le Dr Bolduc fait rire de lui planétairement, nous mangeons notre pain noir en nous rappelant que même ce genre de comédie burlesque peut résulter en un gain politique. Nous avions dû tasser madame Fatima Houda-Pépin de notre caucus durant les débats sur la Charte, puisque nous ne tolérons aucun instrument mal accordé avec le chef dans notre parti. Nous avons même poussé l'audace de placer le Dr Barrette à la place de madame Houda-Pépin et nous avons récolté des milliers de voix supplémentaires avec celui qui nous traitait de tous les noms quelques mois plus tôt. Parfois, on se dit qu'on pourrait facilement faire élire Vincent Lacroix à au moins une douzaine d'endroits.

Nos adversaires veulent faire un printemps chaud. À voir les stratégies amateurs déployées par les centrales syndicales, nous tremblons de peur, soyez-en assuré. Le plan de faire du grand dérangement, de mettre des culottes roses pour aller collecter des taxes en donnant des contraventions et de jouer aux cowboys à l'Hôtel de Ville en plein été quand le débat public n'était pas commencé était une idée grandiose. Maintenant que les chiffres commencent à donner raison aux syndicats, l'opinion publique a fait son choix l'été dernier. C'était le scénario parfait pour nous.

Quant aux étudiant(e)s, nous leur souhaitons bonne chance pour étirer la sauce pendant 43 mois jusqu'aux prochaines élections avec PKP comme seul espoir pour venir les sauver du néolibéralisme. Ceux qui manifesteront pour conserver des acquis ont déjà perdu. La grande majorité des étudiants et les casseroles de 2012 ont manifesté pour revenir aux conditions de 2006, ceux de 2015 manifesteront pour retrouver des conditions sociales de 2012 et l'Histoire se répétera. Vous irez dans les rues hurler votre grand désarroi néolibéral et vos incantations anticapitalistes alors que vous ne savez même pas contre qui ou quoi vous vous battez.

Votre adversaire, c'est l'indifférence de vos semblables. C'est cette indifférence généralisée qui est encore en train de vous mener dans la rue et vous en ressortirez par la même porte, plus affaibli et ignoré qu'avant. De notre côté, nous surferons sur cette vague d'hostilité facile à votre endroit en nous faisant les défenseurs de tout le monde et personne en même temps. Le plus beau, c'est que nous aurons peu à faire pour vous démoniser. Les médias feront le travail sans qu'on leur demande et ironiquement, les charges les plus virulentes à votre endroit viendront probablement des vétérans chroniqueurs de l'empire Québécor.

En voilà une qui provient de l'Arabie saoudite et qui résume tout: « les chiens aboient, la caravane passe »

Bon printemps à tous!

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