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11/10/2015 09:12 EDT | Actualisé 11/10/2016 05:12 EDT

Le seul candidat progressiste

Bernie Sanders réussit à faire mal paraître l'ensemble de nos politiciens.

À l'heure où le Canada ne change pas d'idée rapidement et que le Québec se redécouvre une passion pour la cassette usée de Gilles Duceppe, il y a un homme qui se démarque dans cet océan du vide politique, pour ceux qui s'intéressent encore aux idées progressistes. C'est le sénateur démocrate du Vermont, Bernie Sanders, qui seulement par ses déclarations sur les réseaux sociaux réussit à faire mal paraître l'ensemble de nos politiciens en quelques clics.

J'ai pigé, presque en utilisant le hasard tellement il y en a sur sa page Facebook, dix de ses meilleurs déclarations publiées dans les derniers mois:

  • «Le débat est terminé. Les changements climatiques sont réels. Ces changements sont causés par l'activité humaine. Les changements climatiques causent déjà des problèmes dans notre pays et dans le monde.»
  • «Cela ne fait aucun sens que le même médicament soit vendu pour 0,66 $ par pilule en Grande-Bretagne, pendant qu'aux États-Unis le prix est à 750 $.»
  • «Au lieu d'écouter les demandes des industries pharmaceutiques et de leurs 1 400 lobbyistes - une industrie qui a dépensé 250 millions de dollars en contributions aux campagnes électorales et en dépenses des lobbies - il est plus que temps que le Congrès commence à écouter les 72 % d'Américains qui pensent que le prix des médicaments est trop élevé.»
  • « Il n'y a aucune justice quand partout dans ce pays, les gens travaillent de longues heures pour des salaires abyssalement bas, de 7 $ ou 8 $ de l'heure, pendant que 58 % des nouveaux revenus créés vont directement dans les poches du 1 %.»
  • «Cela ne fait aucun sens que les États-Unis possèdent plus de prisons et de pénitenciers que des collèges et universités.»
  • «L'argent et la richesse devraient servir les gens. Les gens ne devraient pas avoir à servir l'argent et la richesse.»
  • «Nous n'allons pas équilibrer le budget sur le dos des vétérans ou des personnes âgées, ni sur celui des enfants ou des pauvres.»
  • «Les Américains ont une décision fondamentale à prendre. Allons-nous continuer les 40 ans de déclin de la classe moyenne, ou allons-nous nous battre pour un agenda progressiste, qui crée des emplois, augmente les salaires et s'en prend aux pouvoirs politiques et économiques de l'oligarchie?»
  • «L'éducation devrait être un droit, pas un privilège. Nous avons besoin d'une révolution dans la façon que les États-Unis financent l'éducation supérieure.»
  • «Pourquoi les républicains sont toujours prêts à sauver Wall Street, mais refusent d'agir contre les changements climatiques? Soyons honnêtes, si l'environnement était une banque, on l'aurait déjà sauvé.»

Il est difficile de ne pas se désoler lorsque l'on compare les prises de position de Bernie Sanders avec le triste spectacle que nos politiciens de souche nous ont donné ces dernières semaines. À la limite, même Québec solidaire devrait se sentir gêné devant ce one-man show américain qui réussit à parler aux travailleurs de la classe moyenne avec son discours progressiste axé sur l'économie et la critique fondamentale du modèle américain de société.

Bernie Sanders aurait l'appui d'environ un quart des supporteurs démocrates. À mon avis, ce chiffre est le plus conservateur que l'on puisse avancer. C'est minimum 25 % d'appuis que le sénateur du Vermont possède, pour le dire autrement. Un quart d'appuis parmi les démocrates du pays, qui sont plus nombreux que les républicains, ça donne au minimum 14 % de gens aux États-Unis prêts à encourager un candidat que l'on peut classer dans la catégorie de socialiste.

Ces 14 % représentent plus d'appuis populaire que Québec solidaire, qui obtient ici entre 9 % à 12 % d'un sondage à l'autre. Est-ce qu'il y a plus de socialistes aux États-Unis qu'au Québec? Je commence à croire que oui.

La vraie question est plutôt de se demander si les Américains ne seraient plus socialistes qu'ils ne le pensent eux-mêmes? J'ai isolé trois captures d'écrans fait à partir de cette excellente vidéo sur les inégalités sociales et la distribution de la richesse aux États-Unis, où 5 000 personnes ont été interrogées pour la recherche. C'est très facile à comprendre, même si l'on est pas socialiste.

Le premier graphique montre ce que les Américains considèrent comme une distribution idéale de la richesse entre les classes de la société, des plus pauvres aux plus fortunés:

Personne n'est assez dupe pour croire à un système si bien équilibré, alors ils ont demandé aux gens de décrire le système qu'ils pensent avoir présentement:

Ensuite, il y a la réalité:

Ce n'est qu'une question de temps avant que ce peuple se réveille et fasse payer sa juste part aux puissants de cette nation. Bien sûr, les deux grands partis ont déjà décidé d'avance qui seraient leurs candidats, et Bernie Sanders n'est assurément pas celui choisi pour être le représentant démocrate à la prochaine élection présidentielle. Tout comme Donald Trump se fera montrer la porte de sortie un jour du côté républicain.

L'élite corporative qui gangrène les deux grands partis américains avec les milliards qu'ils investissent des deux côtés en même temps continuera d'étouffer la révolte populaire qui commence à se manifester de tous les côtés. Les démocrates, qui sont prêts à envoyer un véritable socialiste à la Maison-Blanche, et les républicains voulant miser sur un clown capitaliste milliardaire misogyne au poste de dirigeant le plus puissant du monde, sont les deux côtés de la médaille du changement. Un pour le mieux, l'autre pour le pire.

L'écrivain et historien canadien Ronald Wright avait trouvé dans son livre A short story of progress comment décrire le rejet du socialisme par les Américains d'une manière parfaite, en paraphrasant l'auteur amércain John Steinbeck. C'est exactement pour la même raison que Donald Trump obtient du succès présentement...

«Le socialisme ne s'est jamais enraciné aux États-Unis parce que les pauvres s'y voient non pas comme un prolétariat exploité, mais comme des millionnaires temporairement dans l'embarras.»

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