Connaissez-vous le zumping, ou la pire façon de se faire laisser?

Et on vient de perdre foi en l’humanité.

Se faire larguer est déjà blessant. Se faire larguer virtuellement pendant une pandémie sans permission de voir ses proches, c’est carrément cruel. On vous présente le «zumping».

Les couples mis à l’épreuve dans le contexte d’isolement lié à la pandémie de COVID-19 ne sont évidemment pas immunisés contre une éventuelle rupture. Le problème, c’est que certains - étant confinés séparément - mettraient fin à leur relation par vidéo-conférence. C’est ça le «zumping», contraction entre les mots «Zoom», la plateforme de chat vidéo, et «dumping», pour larguer en français.

Tout a commencé par un tweet d’une chroniqueuse américaine. «Suis-je la première personne qui a été larguée via Zoom?», a demandé Julia Moser au début du mois d’avril. Elle ignorait que 3000 personnes allaient lui répondre, dont quelques-unes témoignant de leur propre expérience de rupture virtuelle.

Certains racontent avoir été laissés plus qu’une fois via Zoom depuis le début de la crise, sur Skype, une autre application de vidéo-conférence, en spécifiant «que cette merde fait mal», ou pire (quoique quasi original) par PowerPoint.

Quoiqu’elle ne cautionne pas cette manière insensible de mettre un terme à une relation, la sexologue Véronique Jodoin reconnaît que pour certains, «c’est l’alternative qui fait le plus de sens en ce moment.»

«Zoom est rendu le moyen de communication par excellence. C’est donc beaucoup plus simple pour eux. C’est l’avenue facile. Ils peuvent se cacher derrière un écran, dans le confort de leur maison. Et la pandémie devient un outil d’excuse pour pas sortir de chez eux et l’annoncer en personne, dit-elle. Ce n’est pas nouveau qu’on éprouve une plus grande facilité à communiquer derrière un ordi.»

Elle souligne de plus que si notre interlocuteur se met à pleurer ou crier, nous avons toujours la possibilité de fermer l’écran.

Mais une rupture peut-elle presser au point de ne pas être capable d’attendre un déconfinement pour l’annoncer en personne? Dans certains cas, oui, selon Véronique Jodoin, qui fait de la consultation virtuelle personnalisée pendant la crise. «La vie est en pause. Les gens ne s’étourdissent plus avec les activités et le travail et ont donc du temps pour réfléchir. Certains prennent conscience qu’ils étouffent dans cette relation, ou se rendent compte qu’ils sont bien avec la solitude. Pour d’autres, c’est rushant d’entretenir une relation virtuelle, de constamment rassurer l’autre, d’être plus démonstratif qu’à l’habitude, de devoir organiser des dates sans arrêt.»

Si la plupart des internautes concèdent que le «zumping» est moins pire que la rupture via texto, tout le monde se croise les doigts pour que le phénomène s’éteigne en même temps que la COVID-19. Le vaccin se fait d’autant plus attendre…

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