BIEN-ÊTRE
13/05/2019 11:20 EDT | Actualisé 13/05/2019 14:09 EDT

Zéro déchet : plus facile qu’on le pense!

«C'est ni plus long ni plus dispendieux. Juste pareil, mais sans déchet.»

Le temps où les gens nettoyaient leur entrée au boyau d’arrosage est - heureusement - loin derrière nous. Bienvenue dans l’ère de la consommation responsable et du zéro déchet. Un idéal inatteignable? Non, l’auteure et conférencière écolo Mélissa de La Fontaine nous prouve que c’est plus que réalisable dans son nouveau livre Tendre vers le zéro déchet. Entretien.

 

Éditions La Presse
Mélissa de La Fontaine / Tendre vers le zéro déchet (29,95$ - Les Éditions La Presse)

 

Qu’est-ce qui, selon vous, retient les gens de se lancer dans le zéro déchet?

«Si j’avais la réponse ultime, j’aurais convaincu le Québec au complet de le faire.

Les gens pensent que c’est trop difficile, qu’il va falloir du jour au lendemain tout faire soi-même. C’est trop gros! Mieux vaut en faire un petit peu que pas pentoute.

À moins d’être intense comme moi, on n’y va pas all in. On se défait tranquillement de ses barrières, on simplifie notre routine et on intègre des gestes tranquillement. On commence par emmener notre thermos pour le café dans les restaurants pour emporter et on réfléchit peu à peu aux enjeux plus globaux.

Il y aussi l’aspect, et je ne suis pas psychologue (rire), qu’il y a des gens dans le déni. Ils savent qu’il y a des problèmes environnementaux, mais c’est trop lourd à porter pour eux. Le déni devient donc une défense psychologique. C’est peut-être pourquoi ils sont réfractaires à diminuer leur production de déchets.»

Pourquoi pensez-vous que certains associent zéro déchet à privation de plaisir?

« Les gens pensent que c’est super contraignant. Mais, d’expérience, je suis définitivement plus heureuse maintenant que je suis zéro déchet. Ça a simplifié ma vie à plusieurs niveaux.

Les gens vivent dans un paradigme de consommation et ont plein d’affaires chez eux et ils veulent transférer ça dans leur pratique zéro déchet. Là est l’erreur. T’as pas besoin de tout ce que tu avais en version zéro déchet, [comme une crème à main ou du ruban adhésif]. Tout faire soi-même, c’est long et cher, il faut donc simplifier. Exemple : au lieu d’avoir 25 produits cosmétiques chez moi, j’en ai 6. Je fais mon baume à lèvre et mon déo en moins de cinq minutes et j’en ai pour six mois. C’est moins long et plus économique que d’aller à la pharmacie.

Comme je le dis dans mon livre, oui il y a des trucs qui sont plus longs et plus chers, mais il y en a d’autres qui sont plus économiques pour contrebalancer. Donc, c’est ni plus long ni plus dispendieux. Juste pareil, mais sans déchet.»

 

Même si t’as trois VUS dans la cour, mais que tu compostes, on avance.Mélissa de La Fontaine

Qu’est-ce qui est le plus dur au début d’une transition zéro déchet?

«Dealer avec son entourage. Il faut comprendre que les gens n’embarquent pas tous. Moi, j’étais une huluberlu quand j’ai commencé il y a sept ans (en 2012). Aujourd’hui, c’est moins difficile puisqu’il y a des communautés. C’est plus commun disons.

Il y a aussi la transition. Il faut se donner du temps pour trouver de nouveaux commerces, de nouvelles recettes. Mais ça, ça se fait sur 10 à 15 ans. C’est irréaliste de penser que tout peut changer du jour au lendemain. Je l’ai fait, mais j’avoue avoir un tempérament assez intense (rire).»

Justement, comment fait-on pour ne pas se mettre tout le monde à dos? Faut-il tourner sa langue sans cesse pour ne pas faire la morale à notre entourage?

«J’ai nommé ma technique territoire. Ce que je fais m’appartient et les autres doivent le respecter. Ce que font les autres chez eux leur appartient. Chez mes parents, par exemple, je ne leur fais pas la morale parce qu’ils mettent une pellicule plastique sur les restants de nourriture, mais, moi, je mets une assiette sur les plats. Il me respecte, je les respecte. Et hop, ils voient que c’est économique et bon pour l’environnement.

En essayant de convaincre les autres de faire la transition, tu comprends vite que ce n’est pas la bonne stratégie. Ça leur enlèvera le goût de le faire. On se concentre plus à être un exemple positif et les autres embarqueront naturellement.»

Dans votre livre, vous dites utiliser du papier de toilette réutilisable, récolter soigneusement les excréments de votre oiseau pour les jeter dans la cuvette. Déconseillez-vous ce genre de chose à un novice?

«Je le conseille à tous ceux qui ont envie d’essayer. Au début, je n’étais pas prête à tout. Il faut respecter sa limite personnelle. Il y a plusieurs choses que je fais maintenant que je n’aurais jamais pensé faire au début. Il y en a qui commence par s’acheter un bidet direct. Moi, dès que je mettais quelque chose à la poubelle, je me questionnais à savoir s’il y avait une alternative, si je ne pouvais pas faire plus moi-même.

Mais vous achetez encore la mayonnaise dans un pot de plastique.

(Rire) «Oui, c’est mon vice. Je pourrais la faire moi-même, mais j’aime trop le goût de la Hellmans.»

Les adeptes du sans déchet se jugent-ils entre eux?

«Il y en a qui le font, mais ce n’est vraiment pas efficace. Ils attaquent au lieu de se remettre en question. Ça ne sert à rien de pointer du doigt. Il faut accepter tout le monde dans le mouvement. Même si t’as trois VUS dans la cour, mais que tu compostes, on avance.»

Vous dites dans votre livre que le droit de jeter ne devrait pas être révoqué du jour au lendemain, mais qu’on a le devoir de faire une transition vers ça pour protéger la planète. Vous qui être sans déchet depuis des années, et une militante convaincue, permettez-vous aux gens autour de vous de jeter chez vous ou même chez eux?

«Oui, mais je ne l’ai pas toujours fait. Je comptais mes poubelles. Les tampons chez nous ce n’était pas possible. (rire) Maintenant, j’en laisse. L’autre jour ma soeur a jeté sa gomme chez nous et je l’ai laissé faire parce que c’est un petit déchet.

Mais là encore, j’applique ma stratégie du “territoire“ [NDLR : expliquée plus haut] et je travaille le “laisser aller“, le “lâcher prise“.»

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