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06/01/2020 18:25 EST

#MeToo a incité des victimes à dénoncer leur agresseur au Québec

Malgré ces hausses des plaintes déposées auprès de la police, un triste constat s’impose: cela ne serait encore que la pointe de l’iceberg.

MARHARYTA MARKO via Getty Images

MONTRÉAL — Le procès du puissant producteur hollywoodien Harvey Weinstein pour viol et agression sexuelle s’est amorcé lundi et les yeux du monde sont tournés vers New York. Mais loin des projecteurs, au Québec, le mouvement #MeToo (#MoiAussi), catalysé par les dénonciations contre Weinstein, a incité depuis la fin de 2017 de nombreuses victimes d’agressions sexuelles à porter plainte à la police. Rappel des faits.

Le mot-clic a commencé à déferler sur les médias sociaux en octobre 2017, après que des allégations d’agressions commises par Weinstein — et puis par d’autres — furent exposées dans les médias.

Peu après, le nombre d’agressions sexuelles signalées à la police et jugées fondées a explosé au Canada. Et c’est au Québec que l’augmentation a été la plus marquée, a constaté par la suite Statistique Canada qui a analysé la situation.

Comparant le nombre d’agressions sexuelles rapportées avant et après le mouvement #MoiAussi, l’organisme fédéral de statistiques a constaté qu’au Québec, le taux a augmenté de 61 % pour passer de 12,4 à 20 victimes par tranche de 100 000 habitants.

Les périodes évaluées pour «l’avant» sont du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2017, et pour «l’après», du 1er octobre 2017 au 31 décembre 2017, tel que l’organisme l’avait détaillé dans son rapport fin 2018.

Il est à noter que ces chiffres ne permettent pas de conclure qu’il y a eu une hausse des agressions sexuelles au pays, mais suggèrent que les victimes ont été plus nombreuses à porter plainte auprès de la police.

Si l’on regarde les chiffres pour le Canada, le nombre moyen de victimes d’agressions sexuelles déclarées par la police est passé de 59 victimes par jour avant #MoiAussi à 74 victimes par jour après la naissance du mouvement. Bref, une hausse de 25 % pour la période d’octobre à décembre 2017, comparé à une période de trois mois équivalente dans la période «avant-#MoiAussi».

Ce mouvement de dénonciation, traduit en plaintes à la police, n’a pas dérougi lors de l’année qui a suivi.

L’année 2018 a connu une hausse des agressions sexuelles rapportées à la police de 15 % par rapport à 2017, calculait Statistique Canada dans un rapport subséquent rédigé en 2019.

La quasi-totalité (98 %) de ces agressions déclarées a été classée comme étant de niveau 1, ce qui veut dire qu’elles n’impliquaient pas d’arme ou n’avaient pas causé de «lésions corporelles apparentes» à la victime, ajoute Statistique Canada dans son rapport. Ce qui ne signifie pas qu’elles ne laissent pas de blessures psychologiques, entre autres conséquences.

La pointe de l’iceberg

Malgré ces hausses des plaintes déposées auprès de la police, un triste constat s’impose: cela ne serait encore que la pointe de l’iceberg. «Le nombre d’agressions sexuelles déclarées par la police est vraisemblablement une sous-estimation du nombre réel d’agressions sexuelles survenues au Canada, puisqu’il arrive souvent que ces types d’infractions ne soient pas signalés à la police», est-il écrit dans le rapport de 2019. Il est estimé que seulement 5 % des victimes portent plainte.

Weinstein, le magnat du cinéma déshonoré, fait face actuellement à des allégations selon lesquelles il aurait violé une femme dans une chambre d’hôtel à Manhattan en 2013 et aurait posé un acte sexuel forcé sur une autre femme en 2006. Il a plaidé non coupable. Mais bien d’autres femmes sont sorties de l’ombre pour accuser Weinstein d’agressions.

Lundi, il a été inculpé à Los Angeles pour deux autres cas d’agression sexuelle qui seraient survenus en 2013.

Procès à suivre au Québec

Au Québec, des gens connus du public sont en attente de leur procès pour agression sexuelle.

Parmi eux, l’animateur et producteur Éric Salvail, le producteur et fondateur de Juste pour rire Gilbert Rozon et le journaliste et fondateur de l’Institut du Nouveau Monde Michel Venne. C’est d’ailleurs en octobre 2017 que des femmes avaient raconté au Devoir et au 98,5 FM avoir été victimes de Gilbert Rozon, dénonçant harcèlement et agressions sexuelles.

Un faible pourcentage de plaintes pour agression sexuelle mènent à un verdict de culpabilité.

Au pays, selon les plus récents chiffres colligés par Statistique Canada, environ une agression sexuelle déclarée par la police sur 10 (12 %) a donné lieu à une déclaration de culpabilité et 7 % a mené à une peine d’emprisonnement, au cours d’une période de six ans allant de 2009 à 2014.

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