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13/01/2021 11:38 EST | Actualisé 13/01/2021 18:24 EST

Trump mis en accusation au Congrès, un deuxième «impeachment» historique

Par 232 voix contre 197.

Le président américain Donald Trump a été mis en accusation mercredi au Congrès, un deuxième “impeachment” historique une semaine avant la fin de son mandat qui s’achève dans la confusion et dans un climat d’extrême tension.

La Chambre des représentants, dominée par les démocrates, s’est prononcée en faveur de l’“impeachement” par 232 voix contre 197.

Le milliardaire républicain de 74 ans, qui cèdera la place à Joe Biden le 20 janvier, est accusé d’avoir encouragé l’assaut de ses partisans contre le Capitole qui a fait cinq morts et ébranlé la démocratie américaine.

“Il doit partir, il est un danger évident et immédiat contre la nation que nous aimons tous”, avait déclaré peu avant Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre, l’accusant solennellement d’avoir “incité à cette insurrection, cette rébellion armée”.

A quelques jours de son départ pour Mar-a-Lago, en Floride, où il devrait entamer sa nouvelle vie d’ex-président, Donald Trump apparaît extrêmement isolé.

“Pas d’excuse”

Contrairement à l’acte d’impeachment dans l’affaire ukrainienne il y a plus d’un an, plusieurs républicains - 10 au total -  ont voté en faveur du renvoi en procès. Parmi eux, Dan Newhouse a martelé qu’il n’y avait “pas d’excuse pour les actes du président Trump”.

Ce vote marque l’ouverture formelle de la procédure de destitution contre Donald Trump, et il appartient désormais au Sénat de le juger.

Mais ce procès soulève de nombreuses questions et ouvre un nouveau chapitre inédit de l’histoire américaine. Il ne s’ouvrira pas avant le 19 janvier, voire plus probablement après l’investiture de Joe Biden, risquant d’entraver l’action législative des démocrates au début de leur présidence, en monopolisant les séances.

Quelques heures avant le vote, et dans une ville de Washington sous haute tension, Donald Trump avait lancé un nouvel appel au calme tardif.

“PAS de violence, PAS de délits, PAS de vandalisme”, a-t-il exhorté dans un communiqué alors que de nouvelles manifestations sont annoncées pour le week-end.

“J’appelle TOUS les Américains à contribuer à apaiser les tensions”, a ajouté celui qui a été privé ces derniers jours de l’essentiel de ses canaux de communication préférés sur les réseaux sociaux.

La capitale fédérale, placée sous très haute sécurité, était méconnaissable.

EPA
La capitale fédérale est désormais le reflet d’un pays à cran, sous tension, encore ébranlé par les événements du 6 janvier au Capitole.

Washington sous haute tension

Blocs de béton, gyrophares de police, gardes nationaux en treillis et armés, la sécurité est maximale mercredi matin dans le centre de Washington, où le Congrès se prononce sur un deuxième “impeachement” historique de Donald Trump.

Ville fantôme depuis plusieurs mois à la suite des crises sanitaire et économique puis des manifestations antiracistes, la capitale fédérale est désormais le reflet d’un pays à cran, sous tension, encore ébranlé par les événements du 6 janvier au Capitole.

La Garde nationale, force militaire intérieure, protège désormais les lieux avec des hommes en armes, gilets pare-balles et uniforme de combat. Les élus de la Chambre des représentants y sont enfermés pour décider d’une mise en accusation du président républicain, la deuxième de son mandat.

Images saisissantes, des dizaines de militaires ont passé la nuit à l’intérieur du bâtiment du Congrès, dormant encore à même le sol dans les salles et les couloirs alors même que les élus arrivaient.

Le Capitole est entouré d’une clôture de sécurité, tout comme la Maison-Blanche depuis le printemps dernier et les manifestations qui avaient suivi la mort de George Floyd, symbole des brutalités policières envers les Américains noirs.

Washington, capitale fédérale devenue métropole vibrante ces dernières années, porte les stigmates des crises successives des douze derniers mois.

En y déambulant ces jours-ci, il s’avère difficile de distinguer les planches de restaurants fermés par la pandémie de celles de bâtiments se protégeant des violences.

“C’est la première fois que je me rends (dans le centre de Washington) depuis plus d’un an, et d’habitude il y a des gens partout. C’est très, très calme. Je pense presque que (la ville) n’est plus que l’ombre d’elle-même”, soutient Jaime, une mère de famille venue du Maryland qui n’a pas souhaité donner son nom.

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Des dizaines de militaires ont passé la nuit à l’intérieur du bâtiment du Congrès, dormant encore à même le sol dans les salles et les couloirs alors même que les élus arrivaient.

La ville de plus de 700 000 habitants n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Les écoliers qui venaient de tout le pays visiter les institutions américaines restent aujourd’hui chez eux, à l’instar des touristes étrangers. Fini également le bal de fonctionnaires et lobbyistes en costume-cravate dans les rues du centre-ville. 

Les quais des impressionnantes stations de métro tubulaires en béton sont également dépeuplés.

“La ville est essentiellement déserte”, affirme Nadine Seiler, 55 ans, qui manifeste tous les jours depuis fin octobre près de la Maison Blanche, en faveur des causes antiracistes.

Selon elle, “d’habitude (Washington) est très stressante, mais là c’est comme si tout le monde était parti en vacances”. 

«Tout ça c’est fini»

Comme dans le reste des pays occidentaux, la tendance dans la ville est au télétravail notamment pour les employés du FMI, de la Banque mondiale et des administrations fédérales. 

Les musées, véritables institutions gratuites de Washington, sont aussi fermés depuis mars.

La maire Muriel Bowser a en outre récemment élargi les restrictions, de sorte que les restaurants ne peuvent plus servir de clients en intérieur.

De rares terrasses plus ou moins sophistiquées ont ainsi éclos le long des trottoirs pour s’adapter à la nouvelle donne.

“Le marché de Noël (...), les bars bondés, tout ça c’est fini”, se lamente Timothy Bartholomew, un habitant d’Arlington, ville voisine de l’Etat de Virginie. 

Selon le site spécialisé Eater, près de 70 restaurants ont dû déjà fermer définitivement leurs portes à Washington depuis le début de la pandémie, et il est fréquent de voir des planches de bois accolées à des vitrines.

La hausse de la précarité économique est également palpable dans les rues avec l’allongement des files d’attente aux soupes populaires, ou la multiplication des tentes de sans-abri autour des boulevards principaux du centre-ville.

Les rassemblements antiracistes du printemps ont aussi transformé le centre de la capitale.

Les manifestants se retrouvent désormais à chaque évènement sur l’une des principales artères menant à la Maison Blanche, renommée “Black Lives Matter Plaza” par la mairie démocrate, avec “Black Lives Matter” (“les vies noires comptent”) écrit à même le sol en lettres géantes jaunes.

C’est devenu un lieu de promenade mais aussi de célébrations. C’est là que les Washingtoniens, très majoritairement acquis au parti démocrate, étaient venus fêter bruyamment la victoire de Joe Biden à l’élection du 3 novembre.