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16/10/2019 15:43 EDT

Cet avocat de la défense nous explique pourquoi il défend «l'indéfendable»

Il a défendu Karla Homolka. Il a représenté des clients dans l'affaire Norbourg et parmi les Hells Angels. En devenant criminaliste, Walid Hijazi savait qu’il aurait affaire à des histoires scandaleuses.

Chantal Gallant
Me Walid Hijazi

Fraude, agression sexuelle, pornographie, violence conjugale, meurtres: qui peut arriver à défendre des individus qui ont commis des crimes graves et sordides? Chaque être humain a droit à une défense pleine et entière, et c’est ce qui motive un juriste comme Walid Hijazi à exercer son travail, peu importe le client qui se trouve devant lui et le crime qu’il a commis.

Depuis 15 ans, le criminaliste pratique comme avocat de la défense, un métier qui suscite fascination et questionnements dans l’opinion publique. Quotidiennement, l’avocat de 42 ans est appelé à représenter des accusés qui ont commis l’irréparable et régulièrement, on lui demande comment il arrive à défendre leur cause. 

Il est faux de penser qu’un avocat de la défense est une personne insensible, affirme Walid Hijazi. Le dénominateur commun de ces juristes? Une grande empathie pour autrui, selon lui. «Il est facile de céder aux émotions primaires et de juger quelqu’un qui a commis un geste grave. Il faut un niveau d’émotivité plus élevé pour ne pas être facilement impressionné, pour mettre de côté ses émotions, pour essayer de comprendre un geste et de le remettre en contexte.»  

«Si j’étais accusé d’un crime grave, j’aurais de la difficulté à faire confiance à un avocat qui a refusé de prendre un dossier parce qu’il trouvait que le crime était trop sordide.»Walid Hijazi

Même s’il est confronté à des histoires qui donnent souvent froid dans le dos, Me Hijazi souligne qu’il n’est jamais question de cautionner les crimes de ses clients. D’ailleurs, depuis le début de sa carrière, jamais la nature des gestes commis n’a été un motif pour refuser un client. «Si j’étais accusé d’un crime grave, j’aurais de la difficulté à faire confiance à un avocat qui a refusé de prendre un dossier parce qu’il trouvait que le crime était trop sordide.»

Très tôt dans sa carrière, Walid Hijazi en a vu de toutes les couleurs alors qu’il travaillait à l’aide juridique, qu’il estime être la meilleure école pour un praticien. «On y voit tout ce qui est possible et imaginable.» Avec deux autres avocats, le criminaliste y a entre autres représenté Karla Homolka alors qu’il était âgé de 28 ans. «Ça a été une expérience juridique et humaine extraordinaire qui m’a donné confiance en moi et m’a permis de me faire une crédibilité», se souvient-il.

«Tous égaux devant la loi»

En choisissant de devenir criminaliste, Walid Hijazi savait bien qu’il aurait affaire à des histoires tordues et scandaleuses. «Ça fait partie du métier de défendre l’indéfendable.» Mais son travail, c’est de ne pas juger le client, insiste celui qui a représenté des clients dans des causes comme l’affaire Norbourg et chez les Hells Angels. Il doit mettre de côté ses émotions et arriver à analyser une situation de manière rationnelle et cartésienne. 

«Si on ne défend pas les gens qui ont commis le pire, les droits de tous les citoyens risquent d'être compromis.»Walid Hijazi

Pour Me Hijazi, il est essentiel que même les plus grands criminels soient bien représentés. «Si on ne défend pas les gens qui ont commis le pire, les droits de tous les citoyens risquent d’être compromis. Nous sommes tous égaux devant la loi. On ne peut pas faire d’exception parce que quelqu’un est accusé d’un crime grave.» L’avocat rappelle que plusieurs droits acquis dans notre société ont été articulés et développés lors de causes impliquant des personnes qui ont commis des crimes graves.

Se battre au quotidien

Chaque jour, à la cour, Walid Hijazi mène un combat. «Le travail est précisément de se battre.» Être avocat de la défense, estime-t-il, est un métier très difficile.  «Qui sera mon adversaire? Quels sont les coups que je vais recevoir et ceux que je vais donner? C’est comme ça à tous les jours», illustre-t-il. Le criminaliste insiste sur l’importance de se reposer et d’avoir des projets personnels pour atteindre un équilibre. 

Avoir des loisirs et s’impliquer en dehors du droit, c’est d’ailleurs ce qu’il a souvent répété à ses étudiants lors des dernières années, alors que Me Hijazi enseignait à la Polytechnique Montréal et à l’Université McGill. «Je leur ai expliqué l’importance de développer leur ruse, leur débrouillardise et de sortir de leur zone de confort en ne focalisant pas seulement sur leurs notes. Pour être bon à la cour, il faut avoir de l’expérience de vie», croit-il. 

Chantal Gallant
Me Walid Hijazi

L’avocat est une ressource extrêmement précieuse pour un accusé, qui se retrouve seul dans l’arène judiciaire. «Et l’avocat de la défense, son seul outil de travail, c’est sa parole, ses arguments et le code criminel, résume Me Hijazi. Il est le seul à se battre contre tout un système composé du procureur de la Couronne et d’un enquêteur et son équipe de policiers, qui disposent tous des ressources de l’État.» La disproportion des forces fait en sorte qu’il est impossible pour l’accusé d’obtenir une défense pleine et entière sans un avocat qui connaît la loi et le représente, fait-il ainsi valoir.

À travers sa pratique, Me Hijazi en découvre chaque jour un peu plus sur la nature humaine. «S’il y a bien quelque chose que j’ai appris, c’est que n’importe qui est susceptible de commettre un crime un jour dans sa vie», résume-t-il. Rares sont ceux qui sont des délinquants dangereux, a-t-il observé avec les années. «Plus souvent qu’autrement, un geste criminel se commet lorsque quelqu’un vit un épisode de vie plus sombre comme un deuil, un divorce, une faillite, ou lorsqu’il est atteint par la maladie mentale. Bref, un moment dans sa vie où il est plus vulnérable.»