TÉMOIGNAGES
29/01/2020 16:40 EST

Je vis avec un trouble panique. Voici ce que je veux que vous sachiez.

Comme beaucoup de problèmes de santé mentale, l'anxiété peut être cachée. Mais les attaques de panique, elles, sont souvent terriblement perceptibles.

Courtoisie/Danielle Owen
Danielle Owen

Je n’ai pas l’air «anxieuse». Je vis sur l’adrénaline, j’ai voyagé seule dans plus de 80 pays et je vis au jour le jour. Mais comme beaucoup de problèmes de santé mentale, l’anxiété peut être invisible.

Je n’ai pas vécu d’expérience où j’ai vu la mort de près durant mon enfance - pas de traumatisme ou de difficulté qui se transformerait naturellement en un trouble anxieux chez un petit enfant. En fait, je repense à mon enfance et il n’y a rien que je changerais.

J’étais une enfant casse-cou de sept ans adepte de gymnastique et de soccer la première fois où c’est arrivé.

Nous regardions un film ensemble. Ma mère, mon père, mon frère aîné et moi étions installés tranquillement quand soudainement je n’arrivais plus à respirer. J’avais l’impression que quelqu’un serrait l’intérieur de ma poitrine et ne laissait pas entrer l’air. J’ai commencé à hyperventiler, à trembler, et j’avais des fourmis et des picotements de ma bouche jusqu’au bout de mes doigts.

Ma maman m’a enveloppée dans une couverture et m’a assise sur le comptoir pendant qu’elle téléphonait au médecin. Il pensait que je faisais une réaction allergique à l’ibuprofène.

C’était ma première crise de panique.

Quand j’ai eu officiellement mon diagnostic de trouble panique à 10 ans, mon pédiatre l’a comparé à un volcan. Je m’inquiète rarement de quoi que ce soit, du moins pas consciemment, ce qui signifie que je m’inquiète inconsciemment (et apparemment, ce n’est pas la façon idéale de traiter ces sentiments).

Le médecin a expliqué que je poussais toutes mes inquiétudes vers le bas, vers le bas et vers le bas jusqu’à ce que la pression atteigne un point d’ébullition et qu’elle éclate en une crise de panique. Et c’est la meilleure explication que j’ai trouvée à ce jour.

Le simple fait de savoir que quelqu’un d’autre est déjà passé par là peut être d’une grande aide pour une personne victime d’une crise de panique pour la première fois.

Dans le monde, 13,2% des adultes vivront une crise de panique à un moment ou un autre de leur vie. 

Ça me rend inconfortable de parler de mon trouble panique. Mais chaque fois que quelqu’un me contacte pour me dire qu’il a besoin d’aide, ça me fait penser que de rendre ça public en vaut la peine. Le simple fait de savoir que quelqu’un d’autre est déjà passé par là peut être d’une grande aide pour une personne victime d’une crise de panique pour la première fois.

Maintenant, je peux passer presque un an sans avoir de crise de panique. Ou je peux faire face à plusieurs attaques par semaine.

Les symptômes sont restés assez constants depuis l’âge de sept ans. Mon cœur (littéralement) saute un battement, j’ai le souffle court instantanément et je sais ce qui va arriver. Je commence à me tordre les mains pour essayer de bien les sentir aussi longtemps que possible. Ma bouche devient engourdie en premier, suivie du reste de mon visage, puis de mes mains et de mes bras. Parfois, mes muscles abdominaux se contractent tellement que j’ai l’impression qu’ils se déchirent en lambeaux lorsque j’essaie de bouger.

Finalement, j’hyperventile, pleinement consciente de chaque sensation dans mon corps et convaincue que je suis en train de mourir. Ou de devenir folle pour toujours. Ou les deux.

Quand ça se met à aller vraiment mal, je fais l’expérience de la déréalisation et de la dépersonnalisation. Je me sens détachée de mon corps et de mon environnement. C’est comme si j’entrais dans une autre dimension et que je ne voyais pas le même monde que tous les gens autour de moi. Les sons ne me semblent pas comme d’habitude et les mouvements me paraissent irréguliers. Il est impossible de bien l’expliquer, mais c’est absolument terrifiant.

Après 23 ans d’attaques de panique, je peux garder mon sang-froid plus longtemps qu’auparavant. J’arrive à me dire que c’est juste une crise de panique. Que ça finit toujours par disparaître. Et je peux garder en tête cette prise de conscience pendant un bon moment si je me concentre à garder ma respiration lente - si tout va bien, assez longtemps pour que je puisse me rendre dans un endroit sûr.

Mais inévitablement, peu importe combien de fois ça m’est arrivé dans le passé, je perds le contrôle sur mes pensées rationnelles. Aucun «Calme-toi» ou «Détends-toi» ne pourra changer ça.

En plus d’être en panique parce que j’ai peur que mon corps arrête de fonctionner, je m’inquiète de ce que les gens autour de moi vont penser. Je crains que des étrangers pensent que je suis une personne folle et potentiellement dangereuse. Je crains que la connaissance avec laquelle je déjeune se demande pourquoi je suis dans la salle de bain depuis si longtemps. Je crains que le gars que je fréquente me voit comme un cas désespéré, que je lui explique mon trouble panique ou qu’il en fasse l’expérience.

Je peux être en train de faire n’importe quoi - je suis étendue sur la plage, j’écoute Netflix, je conduis dans la rue - et en un instant, tout change. Les gens se demandent toujours ce qu’il vient de se passer. Qu’est-ce qui a commencé ça? À quoi j’étais en train de penser? La réponse, c’est rien.

Si quelqu’un autour de vous fait une crise de panique, ce n’est pas de votre faute et ce n’est pas nécessairement en lien avec vous. Pour de nombreuses personnes, les attaques de panique se manifestent complètement à l’improviste.

Cela étant dit, les troubles paniques varient d’une personne à l’autre. Il y a certaines choses dont j’ai pris conscience dans mon cas à moi, mais j’espère que ça pourra vous aider, vous ou un être cher, à mieux y faire face.

Prendre des respirations profondes peut en fait aggraver les symptômes d’une crise de panique lorsque vous faites de l’hyperventilation. Il est important de ralentir votre respiration, mais essayez également de respirer moins profondément. Sinon, vous pouvez exacerber les symptômes d’hyperventilation, qui découlent de l’expulsion de trop de dioxyde de carbone. Recherchez et essayez différentes techniques comme la respiration lente et la respiration diaphragmatique pour trouver une technique qui vous convient.

Être franc avec les autres au sujet de mon trouble panique aide aussi. Au début, je ne savais pas à quel point la peur inconsciente d’avoir une attaque de panique autour des autres m’affectait. Mais un fardeau invisible a disparu de mes épaules lorsque je me suis tranquillement ouverte à mes meilleurs amis à l’adolescence.

«Hey, je vis avec cette situation. Ça peut me faire vraiment peur quand je le vis, donc je voulais vous avertir que même s’il arrive que je vous dise que je suis en train de mourir, ce n’est pas le cas. Un sac en papier peut m’aider. Rappelez-moi gentiment que ça s’est déjà produit dans le passé et que ça va bientôt arrêter.»

Si parler de mes problèmes de santé mentale éloigne un autre être humain, ce n'est pas le genre de personne que je veux dans mon entourage de toute façon.

C’est difficile d’en parler au début, mais plus vous le faites, plus c’est facile. Maintenant, je suis probablement trop ouverte à ce sujet. Quand je sais que je vais passer beaucoup de temps avec une nouvelle personne, je trouve un moyen de mentionner mon trouble panique. De cette façon, si une attaque se produit, je suis moins stressée et ils sont moins inquiets (et confus). Je pense que si parler de mes problèmes de santé mentale éloigne un autre être humain, ce n’est pas le genre de personne que je veux dans mon entourage de toute façon.

Je suis loin d’être seule à souffrir d’un problème de santé mentale. Nous sommes tous humains et nous voulons être en relation les uns avec les autres. Nous voulons savoir qu’il y a d’autres personnes qui ont vécu du chagrin, une peine d’amour, de l’anxiété…

Mon trouble panique n’est pas une partie secrète et honteuse de moi, et je n’ai pas à me sentir gênée, honteuse ou terrifiée à l’idée que des gens découvrent mon problème de santé mentale. En parler m’a aidée plus que n’importe quoi, après tout.

Ce texte, initialement publié sur le site du HuffPost États-Unis, a été traduit de l’anglais.