TÉMOIGNAGES
16/07/2020 11:41 EDT

Violences sexuelles: on fait quoi les boys?

Plus que jamais, il faut être forts et dialoguer avec les personnes qui ont des comportements violents pour leur expliquer l’impact de leurs gestes sur la vie des autres.

kieferpix via Getty Images

Une vague de dénonciations des violences sexuelles envers les femmes secoue le Québec depuis plusieurs jours. Les nombreux témoignages que j’ai pu lire en lien avec cette vague m’amènent à réfléchir sur la masculinité et aussi sur mes propres actions.

En tant qu’enseignant et jeune homme élevé principalement par une mère monoparentale, ce fléau des violences envers les femmes m’interpelle beaucoup, car je souhaite contribuer à l’atteinte de cet idéal égalitaire que nous chérissons au Québec.

Cet idéal, nous le souhaitons tous, mais nos actions quotidiennes en tant qu’hommes vont-elles réellement dans le sens de l’égalité? Depuis quelques jours, je me questionne beaucoup et je pense que nous tous, les boys, nous devrions y réfléchir.

Le conquérant fort et viril

Depuis que nous sommes jeunes, beaucoup d’entre nous ont été socialisés pour être des conquérants, forts et virils qui restent imperturbables face aux aléas de la vie. Être fort, viril et conquérir ses peurs n’est pas problématique en soi, c’est plutôt notre conception de ces caractéristiques qui peuvent aussi nous entraîner vers une vision toxique de la masculinité.

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Vous pouvez envoyer votre témoignage à propositions@huffpost.com et consulter tous les témoignages que nous avons publiés. 

Un conquérant, au sens littéral du terme, est une personne qui fait des conquêtes par les armes. Une personne qui vient prendre possession, pour contrôler et asservir grâce à la violence. Après réflexion, je réalise que depuis que je suis petit, on m’a encouragé dans mon entourage et dans la société à avoir des comportements violents, notamment envers les femmes.

À la recherche de repères

Étant plus jeune, j’avais peu de modèles masculins pour m’aider à réfléchir spécifiquement sur mes comportements envers les femmes. Autour de moi, il y avait beaucoup de tabous autour de la sexualité, des relations amoureuses et de la séduction.

Petit à petit, je me suis fait ma propre expérience avec les valeurs qu’on m’a inculquées, comme le respect, la compassion, l’écoute et la générosité. Néanmoins, cela ne m’a pas empêché de faire des erreurs et de poser des actions qui, surtout aujourd’hui, ne passeraient pas.

À ce sujet, je n’ai jamais appris ce qu’était le consentement à l’école, tant au primaire qu’au secondaire. J’ai été élevé par une mère qui m’a appris à être sensible et à me soucier des autres, mais sans plus.

Je reconnais aujourd’hui qu’étant plus jeune, notamment à la fin de mon secondaire, je n’ai pas demandé le consentement volontaire lors de chaque rapprochement que j’ai eu.

Une partie de moi a honte de vous dire ça et une autre partie de moi-même reconnaît aussi qu’on m’a donné très peu d’éducation pour entretenir des rapports égalitaires en ce qui concerne la séduction, les relations amoureuses et la sexualité.

L’influence du groupe

Je reconnais aussi avoir été influencé durant ma jeunesse par une vision toxique, voire même prédatrice, du rapport entre les hommes et les femmes.

Par exemple, quand on sortait entre gars dans les clubs, c’était pour «chasser», pour faire des conquêtes. Je me rappelle encore de certaines sorties où j’avais l’impression de jouer un rôle pour plaire au groupe, pour montrer que moi aussi je peux être fort, viril, charmeur et arriver à mes fins; un numéro de téléphone, des rapprochements intimes, etc.

Je ressentais qu’il y avait une sorte de fierté, mais aussi un esprit de compétition entre les gars de notre groupe. J’étais vraiment mal à l’aise dans cet univers que je trouvais superficiel, faux et violent, car les femmes étaient perçues dans ce contexte comme des objets à posséder, des trophées et non comme des personnes à part entière.

Entamer une réflexion personnelle

À la suite des événements des derniers jours, j’ai pris le temps de réfléchir à mes propres actions depuis mon adolescence. De manière concrète, il y a quelques questions que je me suis posées pour analyser l’évolution de mes comportements :

- Si mes sœurs ou ma mère rencontraient une personne avec mes comportements, est-ce que j’aurais peur pour elles?

- Quels comportements de ma personnalité pourraient nuire à leur bien-être?

- Si j’avais un enfant, quelle sorte de personnes j’aimerais qu’il ou elle fréquente en termes de comportements et d’attitude?

Notre silence ne favorise pas l’égalité

Les réponses à ces questions peuvent nous aider à réfléchir sur nos propres actions. Si on ne souhaite pas que nos proches fréquentent une personne qui a des comportements comme les nôtres, c’est peut-être qu’il faut se questionner sur comment ceux-ci ont été conditionnés par la société.

Ne plus tolérer

En tant qu’hommes, que faisons-nous quand nous observons des comportements toxiques, violents et sexistes autour de nous? Notre silence ne favorise pas l’égalité, au contraire. Plus que jamais, il faut être forts et dialoguer avec les personnes qui ont des comportements violents pour leur expliquer l’impact de leurs gestes sur la vie des autres.

Puis, pour les personnes victimes de violence, il faut leur offrir notre soutien, et surtout notre écoute. Ces personnes n’ont pas besoin d’un interrogatoire ou d’être culpabilisées pour ce qui leur est arrivé.

À mon avis, en tant qu’enseignant, le mieux qu’on puisse offrir aux victimes c’est de l’écoute attentive, de la compassion et des ressources pour aller chercher de l’aide professionnelle.

J’insiste: il faut écouter la personne avec respect, considération, sans jugement et surtout la croire; sans poser de questions pour des précisions ou insister pour qu’elle porte plainte. À court terme, c’est ce qu’il y a de plus important.

Des actions politiques qui se font attendre

Pour enrayer les violences sexuelles, il ne faut pas que des actions individuelles, il faut des propositions concrètes qui dépassent les beaux discours politiques auxquels nous sommes tant habitués, mais qui ne changent rien concrètement à la réalité.

Le sexisme, comme le racisme, n’est pas un problème individuel, c’est une culture, un système enraciné depuis longtemps dans nos institutions qu’il faut déconstruire progressivement avec des propositions politiques et concrètes, comme la création d’un tribunal spécialisé sur les violences sexuelles.

Il est essentiel de reconnaître la nature systémique du sexisme, car nos institutions publiques, historiquement, n’ont pas été conçues avec l’ensemble de la population, notamment avec (par et pour) les femmes et les peuples autochtones.

La première étape pour résoudre un problème, c’est de reconnaître qu’il existe.

Ce n’est pas pour rien qu’au Québec, environ 90% des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police. Le processus de plainte est long et le fardeau de la preuve est souvent mis sur les épaules des victimes et non sur celles des agresseurs.

Au Québec, une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans. Ces problématiques ne concernent pas que les femmes, elles concernent les hommes et aussi tous les partis politiques.

Les boys, il est temps d’être forts et de briser le silence, car c’est justement notre silence collectif face à nos comportements qui fait en sorte que ces violences envers les femmes perdurent depuis trop longtemps.

La première étape pour résoudre un problème, c’est de reconnaître qu’il existe. Pour ma part, je crois que nous devons reconnaître que la violence sexuelle envers les femmes est un enjeu de comportements masculins.

Et vous les boys, qu’est-ce que vous êtes prêts à faire dans votre vie quotidienne pour enrayer les violences sexuelles et protéger la vie et l’intégrité de toutes ces personnes que nous aimons?