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12/12/2019 11:38 EST | Actualisé 16/12/2019 10:08 EST

Catherine Dorion s'en prend à la langue de bois des députés

Une nouvelle vidéo de la députée solidaire fait bien mal paraître la ministre Nathalie Roy qui a répliqué à son tour en publiant un autre extrait de la même interpellation.

La députée solidaire Catherine Dorion en a assez d’entendre les députés de l’Assemblée nationale parler pour ne rien dire.

Dans une vidéo publiée mercredi sur son compte Facebook, la députée de Taschereau a illustré de façon assez déconcertante à quel point la langue de bois utilisée par les politiciens peut paralyser les échanges au Salon bleu.

On y voit des extraits d’un échange entre Mme Dorion — porte-parole de Québec solidaire en matière de culture — et la ministre de la Culture et des Communications Nathalie Roy, lors d’une interpellation portant sur l’aide de 50 millions de dollars médias accordée aux médias par le gouvernement caquiste.

 

Alors que la députée solidaire lui demande pourquoi le programme d’aide à la presse écrite inclut les chroniqueurs d’opinion, la ministre enchaîne les (interminables) formules de remerciements habituelles avant de se lancer dans une série d’acrobaties verbales afin d’esquiver la question.

À la fin de l’intervention de dix minutes, insatisfaite, la députée de Taschereau remercie la ministre pour «sa biographie» et pose de nouveau sa question en exigeant une «vraie réponse».

Visiblement prise de court, Nathalie Roy balbutie pendant un long moment avant de se lancer dans une autre intervention générique sur la crise des médias. Elle ne répondra finalement jamais directement à la question de la députée.

Par contre, ce montage fait par Catherine Dorion ne dépeint pas totalement la réalité. La ministre Roy a répliqué à sa collègue en publiant à son tour un extrait de l’interpellation qui portait sur la «préservation de la qualité de l’information au Québec».

Mme Roy répond à ce moment à la question de Mme Dorion en parlant des chroniqueurs et de l’aide gouvernementale aux médias. La ministre caquiste fait la comparaison entre les éditoriaux et les chroniques puisque la députée de Taschereau recommandait de ne pas allouer l’aide gouvernementale pour les chroniqueurs.

 

Le respect de l’institution, c’est quoi?

Au tout début de sa vidéo, qu’elle intitule «Du respect de nos institutions», Catherine Dorion prend soin de souligner qu’elle ne souhaite pas attaquer personnellement la ministre Roy, mais plutôt dénoncer une problématique généralisée. On y voit d’ailleurs une intervention du député de Saint-Jean, l’ancien journaliste Louis Lemieux, utilisant les mêmes tactiques.

«Je ne veux pas avoir l’air de rire de Nathalie Roy, la ministre de la Culture, parce que les ministres font tous ça. Ils ont toujours fait ça; libéraux, péquistes, c’est comme ça que ça se passe», insiste-t-elle. «Les ministres de tous nos gouvernements depuis des décennies se complaisent dans l’habitude d’évacuer les débats pour ne pas qu’ils aient lieu.»

«Je trouve qu’on mérite mieux que ça dans notre Parlement, lance-t-elle. Me semble que ce n’est pas ça ma définition d’un travail bien fait.»

«Quand on parle de respect de l’institution, on devrait regarder à la bonne place», conclut la députée, qui a souvent été critiquée pour ses choix vestimentaires, que certains voient comme un manque de respect pour l’exercice de la démocratie.

Un message «efficace»

La vidéo de Catherine Dorion a suscité plusieurs réactions positives, même de la part de ceux qui disent ne pas partager ses idées politiques.

Même l’ancien ministre péquiste Bernard Drainville lui a donné raison, dénonçant «la maudite cassette» employée par les parlementaires.

À l’émission La Joute, sur les ondes de TVA, l’analyste politique Emmanuelle Latraverse a qualifié le message de Mme Dorion d’«efficace».

«C’est le genre d’exercice que j’ai vu souvent au Parlement et c’est vrai que, bien souvent, quand le gouvernement ne veut pas répondre, on tend à dire des platitudes et à étirer le temps», a-t-elle confirmé. Elle a loué la façon dont la vidéo attire l’attention sur les codes de la politique, non sans rater l’occasion d’envoyer une flèche à la députée pour sa controversée photo d’Halloween au Salon rouge.

Cet article a été mis à jour le 16 décembre à la suite de la publication d’un autre extrait de l’interpellation par Nathalie Roy.