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07/01/2020 16:36 EST | Actualisé 07/01/2020 16:38 EST

Une vétérinaire québécoise soigne les animaux victimes des feux en Australie

«Je pense qu’on va être obligé d'euthanasier la moitié des animaux qu’on traite. C'est tellement grave qu'on ne sait même pas où ils vont aller.»

Courtoisie/Jade Kingsley
Jade Kingsley et un bébé koala

«Les feux sont tellement énormes. Ils brûlent tout, tout sur leur passage. C’est un mur de flammes, raconte Jade Kingsley. Contrairement à ce qu’on pensait, il y a moins d’animaux qui s’en sont sortis.»

La vétérinaire consacre présentement son temps à sauver et à traiter les pauvres bêtes victimes des violents incendies qui font rage en Australie.

Ça fait plus de 10 ans que Jade Kingsley vit là-bas. D’origine sri-lankaise, elle a grandi à Montréal et voulait absolument faire ses études en anglais pour pouvoir travailler à l’international. La compétition dans les universités du Canada anglais étant très féroce, celle qui avait d’abord complété un diplôme en sciences politiques à McGill a fait une demande d’admission à l’Université de Sydney, où elle a été acceptée. 

L’Australie était une destination parfaite parce que la jeune femme avait toujours voulu travailler auprès d’animaux sauvages et exotiques. «Ici, la faune sauvage est énorme. Dans toutes les cliniques, même celles de chiens et de chats, on traite ces animaux-là.»

Après des expériences professionnelles à travers le monde, dont au Centre des Pandas de Chengdu en Chine et dans des zoos américains, Jade Kingsley travaille aujourd’hui dans un hôpital vétérinaire de Sydney.  

Cliquez sur la galerie ci-dessous pour voir quelques-uns des animaux soignés

Galerie photo Animaux soignés par Jade Kingsley Voyez les images

Depuis que les feux se sont intensifiés, elle a eu l’occasion d’aller sur le terrain. Mais vu l’ampleur des dégâts, la vétérinaire a vite compris que ce n’est pas sur place qu’elle serait la plus utile. 

«Il n’y a pas grand-chose qu’on peut faire. Il n’y a vraiment plus rien aux endroits où il y a eu des feux», explique-t-elle. Ce sont donc les bénévoles d’un organisme qui vont récupérer les animaux trouvés dans la rue par des citoyens.

Dans d’autres cas, des organisations ont des chiens renifleurs entraînés pour trouver des koalas, par exemple.Les animaux trouvés sont ensuite amenés en clinique, où Jade Kingsley les traite et les confie ensuite à des soignants.

Des kangourous et des koalas aux pattes brûlées, des oiseaux maigres et assoiffés et des bébés chauves-souris abandonnés par leur mère et tombés des arbres: depuis peu, c’est ce que voit la vétérinaire au quotidien. 

«C’est comme des grands brûlés. C’est vraiment horrible de voir ça, raconte-t-elle. Ils sont tellement en souffrance qu’ils ne sont pas eux-mêmes. Et ce qui est triste, c’est qu’ils ne comprennent pas ce qui leur arrive.»

«Dans ma clinique, on traite environ 20 animaux par jour. Depuis qu’il y a les feux, c’est le double, estime Jade Kingsley. Ces animaux-là, il ne leur reste plus rien à manger ni à boire parce que les rivières sont asséchées. Ça crée une grosse compétition entre eux. Je pense que dans les mois à venir, on va recevoir encore plus d’animaux», s’inquiète la vétérinaire.

Oui, je suis capable de sauver les animaux individuellement, mais on n’a pas d’endroit où les relâcher ensuite pour qu’ils puissent bouger et se nourrir.»Jade Kingsley

Elle commence tout juste à traiter les bêtes touchées par les feux, mais déjà, elle est soucieuse de leur sort. 

«Je prévois qu’on va être obligé d’euthanasier la moitié des animaux qu’on traite. C’est tellement grave qu’on ne sait même pas où ils vont aller. C’est ce que je trouve le pire. Oui, je suis capable de sauver les animaux individuellement, mais on n’a pas d’endroit où les relâcher ensuite pour qu’ils puissent bouger et se nourrir.»

«Ça sert à quoi tout ça?» Jade Kingsley commence à se questionner sur le sens de son travail. «Des fois je me dis que j’aurais peut-être dû rester en sciences politiques. Peut-être qu’en tant que politicienne, j’aurais pu aider plus.

La vétérinaire est choquée par la manière dont les feux sont gérés en Australie. «C’est vraiment fâchant parce que je pense qu’on aurait pu prendre action plus tôt. Les ressources sont tellement limitées que quand c’est une grosse étendue d’un parc national où il n’y a pas un humain, ils laissent le feu brûler. Ils attendent que ça arrive proche d’une maison pour agir.» 

Présentement, Mme Kingsley ne manque pas d’animaux à soigner. Mais déjà, elle est témoin de certains vétérinaires pour qui la réalité est toute autre. «J’ai des collègues qui sont en régions agricoles et ils n’ont plus de travail. Le temps chaud et sec réchauffe les testicules des bovins et ça les rend infertiles. Les fermiers vendent leurs vaches à moitié prix et eux aussi, ils n’ont plus de travail.»

La Québécoise explique qu’en Australie, il y a peu de produits importés. Les fruits, les légumes et la viande consommés viennent du pays. «On est vraiment chanceux, mais maintenant, tout ça est en péril.»

Un futur incertain

C’est inévitable, Mme Kingsley se questionne maintenant beaucoup face à son propre avenir et celui de sa famille.

«Dans ma tête, l’Australie, c’était le meilleur pays où vivre. Je ne suis plus sûre que je veux rester ici. J’ai deux enfants et je m’imagine que si on reste ici, ils vont vivre dans un désert. Tout un désert. C’est vraiment triste.» 

«Je n’ai pas vu le soleil ou un ciel bleu depuis au moins un mois. On doit mettre des masques pour sortir et nos enfants doivent rester à l’intérieur. C’est vraiment grave, et c’est juste le début des épisodes de feux», s’alarme-t-elle.

«Le réchauffement de la planète, il n’est pas en train de s’arrêter. Même si on change tout demain, ça va encore continuer. C’est déjà enclenché. C’est pour ça que c’est inquiétant.» 

Ceux qui souhaitent faire des dons pour venir en aide aux animaux peuvent le faire à l’organisation Wildlife Information Rescue and Education Service (WIRES), avec laquelle Jade Kingsley travaille directement. La vétérinaire assure que l’argent est directement utilisé pour répondre aux besoins des animaux.