POLITIQUE
03/06/2020 11:27 EDT | Actualisé 03/06/2020 13:50 EDT

Québec n'en fait pas assez pour la sauvegarde du patrimoine immobilier, selon la VG

Le document de 300 pages fait état du laxisme du gouvernement quand vient le temps de classer et protéger les édifices patrimoniaux du Québec.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne (photo d'archives)
La vérificatrice générale, Guylaine Leclerc.

Les édifices ayant une valeur patrimoniale sont trop souvent laissés à eux-mêmes, se détériorant au fil des ans, victimes de la négligence du ministère de la Culture, constate la vérificatrice générale dans un rapport accablant rendu public mercredi.

Le ministère de la Culture ne prend pas ses responsabilités, manque de leadership et n’a aucune stratégie d’intervention, ni vision claire de son rôle dans la sauvegarde du patrimoine immobilier, selon Guylaine Leclerc, qui a remis son rapport annuel 2020-2021 à l’Assemblée nationale.

Le document de 300 pages fait état du laxisme du gouvernement quand vient le temps de classer et protéger les édifices patrimoniaux du Québec, qui forment l’“héritage légué aux générations futures”, a observé Mme Leclerc, en conférence de presse.

Un exemple: 20 pour cent des demandes de classement d’édifices sont à l’étude au ministère depuis plus de 10 ans, un délai jugé “démesuré”. Pendant ce temps, le risque de détérioration de ces édifices est “important”, au point de “perdre toute valeur patrimoniale”.

Le ministère a été incapable de dire pourquoi il tolérait de tels délais, tout comme il n’a pu donner une idée juste de la valeur patrimoniale du parc immobilier des organismes qui relèvent de lui.

Québec classe les immeubles présentant un “intérêt national”. Or, cet intérêt national n’a jamais été défini, déplore la vérificatrice. De plus, le gouvernement ne donne pas l’exemple: il classe des immeubles, mais ne s’assure pas de les maintenir en bon état.

Pourtant, l’État ne peut pas se dégager de cette responsabilité, soutient-elle. ”À titre de propriétaire d’immeubles ayant une valeur patrimoniale, l’État se doit de montrer l’exemple dans un domaine où l’adhésion collective s’avère cruciale”, écrit Mme Leclerc.

En 2014, le ministère s’était engagé notamment à inspecter les bâtiments classés, au moins tous les quatre ans, pour connaître leur état. Dans 40 % pour cent des cas, cela n’a pas été fait, a calculé la vérificatrice.

Le ministère dirigé par Nathalie Roy confie par ailleurs aux municipalités une part importante de la responsabilité de sauvegarder le patrimoine immobilier du Québec, mais sans leur fournir les outils ni le soutien requis pour s’acquitter de cette tâche exigeante.

Le rapport énumère certains exemples concrets du laxisme du ministère, dont le cas de l’ancienne centrale hydroélectrique des Cèdres, dans la région de Montréal. Le bâtiment classé est vacant et se détériore depuis plus de 20 ans. Le ministère a cependant attendu jusqu’en 2019 pour entreprendre des travaux de restauration.

Par voie de communiqué, la ministre Roy, qui est en poste depuis octobre 2018, a commenté les constats faits dans le rapport en rejetant le blâme sur ses prédécesseurs.

Le député solidaire de Rosemont, Vincent Marissal, retient du rapport qu’il est “plus que temps” de donner “un important coup de barre” pour ne plus voir le patrimoine bâti “s’écrouler sous les pics” des démolisseurs.

La porte-parole péquiste en culture, la députée Méganne Perry Melançon, a déploré le manque d’incitatifs financiers offerts aux municipalités pour préserver les édifices ayant une valeur patrimoniale.

Données confidentielles

Par ailleurs, le rapport de la vérificatrice porte aussi sur des manquements observés à la Régie de l’assurance maladie (RAMQ) et Retraite Québec, en matière de protection informatique des données confidentielles. La vérificatrice générale recommande d’améliorer les contrôles et les mesures de sécurité liés à la gestion des identités et des accès informatiques.

Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a accueilli favorablement le rapport, jugeant “totalement inacceptable” d’apprendre notamment que des employés retraités de la RAMQ continuaient d’avoir accès aux données.

Dans son rapport, la vérificatrice revient une fois de plus à la charge pour relater aussi des ratés dans la gestion contractuelle au ministère des Transports.

Elle note l’importante pénurie d’ingénieurs au ministère, soit 225 selon l’évaluation des besoins faite en 2012, de même que le manque de rigueur dans l’estimation des coûts des travaux à effectuer. Près de la moitié (44 %) des contrats de construction octroyés ont été surévalués ou sous-évalués de 10 % ou plus.

Les manquements observés risquent de s’amplifier, selon elle, avec le devancement annoncé par le gouvernement des travaux de mise à niveau des infrastructures, pour stimuler la reprise économique.