Vaginisme : quand le corps nous prive de sexe

Plusieurs médecins ne seraient pas familier avec la condition, obligeant les femmes à vivre ce mal en silence. Il y a pourtant des solutions.

Valérie* n’a jamais eu de pénis en elle, ni rien du tout, d’ailleurs. Même si elle le désire éperdument, rien n’y entre. Ses muscles bloquent toute pénétration. Elle est atteinte de vaginisme. Mais il y a de l’espoir que ça se règle et vite, affirment des spécialistes. Gros plan sur la condition qui complique la vie sexuelle de beaucoup de femmes.

De quessé?

La plupart des femmes expérimentent des douleurs vaginales à un moment où à un autre, mais le vaginisme ça dépasse l’inconfort, ça implique une contraction involontaire des muscles pelviens qui entourent le vagin et qui empêchent complètement la pénétration.

Ça peut se manifester dès la première relation sexuelle, ou se développer plus tard en raison d’un traumatisme physique et/ou psychologique.

«D’un point de vue sexologique, le vaginisme est souvent perçu comme un moyen de défense du corps pour se protéger contre toute intrusion, explique la sexologue Véronique Jodoin. L’insertion d’un tampon est souvent difficile, voire impossible. Plusieurs femmes évitent aussi de passer des examens gynécologiques [dont le PAP test] par crainte de ressentir de la douleur et peuvent mettre leur santé sexuelle à risque.»

«Je me disais : “voyons, je suis dans la vingtaine et je suis encore vierge“. Tu te sens looser sur un moyen temps.»

- Valérie

La condition est d’ailleurs souvent associée à une importante détresse psychologique. Par peur d’être jugée et à cause du sentiment de honte qui s’installe, plusieurs éviteraient d’en parler à leur médecin, renforçant leur sentiment d’être prise au piège ainsi que leurs inconforts par rapport à la sexualité, affectant donc toutes formes de relations intimes.

Valérie* avoue même avoir déjà eu des idées suicidaires. «Je me disais : “voyons, je suis dans la vingtaine et je suis encore vierge“. Tu te sens looser sur un moyen temps. M’imagines-tu dire à ma psy : “j’essaie d’avoir des relations sexuelles, mais je ne suis pas capable“, dit-elle, en poussant un rire nerveux. […] En plus, les partenaires que je rencontrais, le sexe… Tout était rendu calculé.»

À ne pas confondre… Vulvodynie et vaginisme

La vulvodynie ou la vestibulodynie est associée à des douleurs vulvaires. Le vaginisme implique une incapacité à recevoir une pénétration, quelle que soit la raison.

Origine multifactorielle

Comme il s’agit d’une condition non quantifiable et ressentie à divers degrés, le pourcentage de femmes qui en souffrent demeure inconnu. Mais selon les gynécologues, phytothérapeutes et sexologues interviewées par le HuffPost Québec, Valérie* est loin d’être seule.

Parmi les causes les plus fréquentes sont citées :

  • Traumatisme lié à une relation sexuelle, abusive ou non;
  • Traumatisme lors d’un examen médical invasif;
  • Distorsions cognitives sur la pénétration;
  • Stress, anxiété, et troubles sentimentaux;
  • Infections vaginales à répétition;
  • Accouchement;
  • Ménopause;
  • Génétique.

«Quand le corps vit un traumatisme, il s’en rappelle et peut laisser une empreinte, pointe la sexologue Caroline Messier-Bellemare. Ça peut être aussi simple que la pénétration n’a pas fonctionné la première fois, puis on reste avec cette idée que ça va faire mal ou que notre corps n’est pas programmé pour ça. Mais prenez, par exemple, un gars qui ne bande pas. Son corps s’en souvient, puis ça peut être dur à revenir à la normale.»

La quête de guérison

Les patientes victimes d’inconforts vaginaux, peu importe leur gravité, et de difficultés lors de la pénétration sont invitées à en parler rapidement à leur médecin, puisque plus elles attendent, plus le problème peut être long à régler. Mais il se résout, pratiquement à coup sûr.

«Le plus gros rôle dans le traitement, c’est d’émettre le diagnostic» affirme la gynécologue à l’Hôtel-Dieu de Lévis spécialisée en maladies de la vulve, Dre Marie-Hélène Renald. Elle convient toutefois que le processus peut être laborieux, puisque plusieurs médecins généralistes ne seraient pas familier avec la condition.

Règle générale, ces derniers devraient les référer auprès d’un(e) gynécologue, d’un(e) sexologue ou de l’ultime expert des muscles du périnée (incluant le vagin), le physiothérapeute périnéal.

Après une entrevue avec la patiente, les spécialistes peuvent identifier les origines du traumatisme qui causent le vaginisme. «Il n’y a pas de mauvaise première étape, indique la physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne, Stéphanie Thibault-Gagnon. Même les physios vont prendre le temps d’évaluer différents facteurs psycho-sociaux, socioculturels - comme le milieu familial, la religion - psycho-émotifs - leurs peurs, leurs malaises corporels -, et bio-médicaux - les traumatismes liés à des infections répétées, un débalancement, par exemple.»

«En 13 ans de pratique, je n’ai vu personne qui ne s’est pas au moins amélioré»

- Stéphanie Thibault-Gagnon, physiothérapeute

Ils prescrivent ensuite un plan de traitement qui peut impliquer autant le sexologue avec une approche cognitivo-comportementale (psychologique), que le physiothérapeute avec une approche sexo-corporelle (mécanique).

Autrement dit, le premier aidera notamment à déprogrammer certaines craintes ou croyances et à réapprivoiser la sexualité, tandis que le second misera sur des manipulations et des exercices avec dilatateurs pour mieux connaître son anatomie vaginale puis détendre les muscles du périnée.

Bon à savoir

Le temps d’attente pour consulter un(e) physiothérapeute périnéale est généralement long, comme ils sont rares et très en demande. Comptez quelques semaines, voire des mois. Une séance au privé coûte environ 100$ à 130$.

Taux de résolution impressionnant

«En 13 ans de pratique, je n’ai vu personne qui ne s’est pas au moins amélioré», témoigne, Stéphanie Thibault-Gagnon. Je dirais que c’est ni facile ni difficile. Ça prend du temps, de la détermination et les outils thérapeutiques adaptés.»

Une simple séance peut régler le problème, autant qu’un suivi à long terme peut être nécessaire. Chaque corps est différent.

Avant de rencontrer une physiothérapeute, Valérie* n’avait aucun espoir de guérison et, étant nouvellement célibataire, n’y voyait même aucun avantage. «La physio m’a appelée le lendemain de notre rupture. J’étais comme : “ça sert à quoi?“ Elle m’a ramenée à l’essentiel : je fais cette démarche-là pour moi, pas pour quelqu’un d’autre. C’est fou comme on se met de la pression! […] C’est vraiment un travail conscient, concret et sans pression qui nous amène à apprendre et comprendre qu’on a le contrôle de notre corps.»

Le succès du traitement résiderait dans l’assiduité de la patiente et dans le lien de confiance qu’elle entretient avec le spécialiste. La gynécologue Marie-Hélène Renald, qui dit bien connaître le réseau de professionnels en santé vaginale dans la Capitale-Nationale, dit même souvent recommander ses patientes aux spécialistes en fonction de leur personnalité respective.

Possible rechute

Une fois guérie, impossible de garantir que les symptômes du vaginisme ne reviennent jamais, concède Stéphanie Thibault-Gagnon. Mais, encore une fois, pas de panique : on n’a qu’à reprendre les consultations.

«On leur donne des outils pour qu’elle ne capote pas. On réévalue ses habitudes physiques, ses schémas psychoémotifs. On va travailler sur l’hyper vigilance et sur sa façon d’auto-identifier sa contraction musculaire. Il faut être assidue dans ses exercices. 80% du travail se fait à la maison. Moi, je suis la guide.»

Valérie* a été forcée d’interrompre ses traitements de physiothérapie pendant la pandémie pour des raisons financières. La pénétration est toujours proscrite et elle n’a toujours pas eu d’examen gynécologique complet, mais garde espoir. «Je fais mes exercices, sans pression. “Ça marche pas à soir, pas grave. Ça marchera demain“.»

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