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17/11/2020 20:30 EST | Actualisé 18/11/2020 07:10 EST

Trump congédie le patron de la CISA qui l'a contredit sur les élections

Une décision qui arrive également dans la foulée de limogeage de hauts fonctionnaires considérés comme insuffisamment fidèles à Donald Trump.

ASSOCIATED PRESS Photo/Evan Vucci
Le limogeage de Christopher Krebs, nommé par Donald Trump et directeur de l’Agence pour la cybersécurité et la sécurité des infrastructures (CISA), intervient alors que Donald Trump refuse de reconnaître la victoire du président démocrate élu Joe Biden. (photo d'archive)

Le président Donald Trump a limogé mardi le directeur de l’agence fédérale qui supervisait la fiabilité des élections de 2020. Donald Trump a limogé Christopher Krebs dans un tweet, affirmant que sa récente déclaration dans laquelle il indique que l’élection présidentielle avait été “la plus sûre de l’histoire des États-Unis” était “très inexacte”.

Le limogeage de Christopher Krebs, nommé par Donald Trump et directeur de l’Agence pour la cybersécurité et la sécurité des infrastructures (CISA), intervient alors que Donald Trump refuse de reconnaître la victoire du président démocrate élu Joe Biden. Une décision qui arrive également dans la foulée du limogeage de hauts fonctionnaires considérés comme insuffisamment fidèles à Donald Trump.

Il a congédié le secrétaire à la Défense Mark Esper le 9 novembre, dans le cadre d’un remaniement plus large qui a placé des fidèles de Trump à des postes de responsabilité au Pentagone.

Christopher Krebs a réfuté à plusieurs reprises les fausses déclarations selon lesquelles l’élection présidentielle a été entachée de fraudes massives. Plus tôt mardi, il a tweeté un rapport citant 59 experts en sécurité électorale, affirmant qu’il n’y avait aucune preuve crédible de fraude informatique dans le résultat des élections de 2020.

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Donald Trump a riposté sur Twitter plus tard dans la journée. Il a répété des affirmations non fondées sur l’élection et a écrit: ” compter de maintenant, Chris Krebs a été licencié en tant que directeur de l’Agence pour la cybersécurité et la sécurité des infrastructures”.

Christopher Krebs, à partir de son compte Twitter personnel, a répondu: “Honoré d’avoir servi. Nous l’avons bien fait. Défendre aujourd’hui, sécuriser demain.” Il a conclu avec l’expression “Protéger 2020″, qui avait été le slogan de son agence avant les élections.

Les responsables de la CISA et de son agence mère, le département de la Sécurité intérieure des États-Unis, n’ont fait aucun commentaire dans l’immédiat.

Le représentant Adam Schiff, un démocrate de la Californie, président du comité du renseignement de la Chambre, s’en est pris à Donald Trump pour avoir lancé des “représailles contre le directeur Krebs et d’autres responsables qui ont fait leur devoir. Il est pathétique, mais malheureusement prévisible que le maintien et la protection de nos processus démocratiques soient une cause de licenciement.”

Christophe Krebs, un ancien dirigeant de Microsoft, a dirigé l’agence, connue sous le nom de CISA, depuis sa création à la suite de l’ingérence de la Russie dans les élections de 2016 jusqu’aux élections de novembre.

Il a été salué par les deux partis, car la CISA a coordonné les efforts des États fédéraux et locaux pour défendre les systèmes électoraux contre les ingérences étrangères ou nationales.

Christophe Krebs a gardé un profil bas même s’il a exprimé qu’il avait confiance dans le système électoral avant le vote de novembre et, par la suite, il a rejeté les allégations selon lesquelles le dépouillement était entaché de fraude.

Parfois, il semblait répudier directement Donald Trump, ce qui était surprenant, car la CISA fait partie du département de la Sécurité intérieure, une agence qui a suscité des critiques pour avoir semblé trop étroitement liée aux objectifs politiques de Donald Trump.

L’agence CISA a publié des déclarations qui rejettent les affirmations selon lesquelles un grand nombre de personnes décédées pourraient avoir voté ou quelqu’un pourrait avoir changé les résultats sans se faire prendre.

Elle a également publié une déclaration provenant d’une coalition de responsables fédéraux et étatiques ayant conclu à l’absence de preuve que les élections du 3 novembre ont été compromises ou altérées et ayant affirmé qu’il s’agissait de “l’élection la plus sûre de l’histoire des États-Unis”.

Christopher Krebs a évité de critiquer directement le président et a essayé de rester au-dessus de la mêlée politique, alors même qu’il travaillait à contredire la désinformation venant du président et de ses partisans. “Ce n’est pas notre travail de faire de la vérification de faits auprès du président”, avait-il déclaré lors d’une réunion d’information avec les journalistes à la veille des élections.

La CISA travaille avec les responsables étatiques et locaux qui organisent les élections aux États-Unis ainsi qu’avec des entreprises privées qui fournissent du matériel pour le vote afin de lutter contre les cyberattaques et d’autres menaces tout en surveillant le scrutin et la compilation depuis une salle de contrôle qui a son siège près de Washington.

L’agence collabore également avec l’industrie et les services publics pour protéger les installations industrielles et le réseau électrique du pays contre les menaces.

Des appuis à Krebs

La CISA jouit d’une bonne réputation auprès des autorités avec qui elle travaille – les États et les responsables électoraux locaux qui comptent sur ses conseils et ses services à une époque de cyberattaque quasi constante – et au Congrès, où les législateurs ont récemment proposé une augmentation de son budget d’environ 2 milliards de dollars.

Au milieu des informations qui circulaient selon lesquelles Christopher Krebs craignait d’être renvoyé, le représentant Bennie Thompson, président du comité de la sécurité intérieure de la Chambre, avait déclaré qu’il était inquiet et avait envoyé un message au directeur pour lui demander s’il allait bien. Sa réponse était, “pour le moment”, a déclaré le démocrate du Mississippi.

“C’est dommage que quelqu’un avec son talent soit soudainement muselé”, a déclaré M. Thompson. “Je n’ai pas vu un os partisan dans son corps. C’est un professionnel accompli.”

Jim Langevin, un démocrate du Rhode Island qui se concentre sur les questions de cybersécurité, avait appelé ses collègues républicains à le défendre avant qu’il ne soit démis de ses fonctions. “Chris Krebs et la CISA ont si bien fait sous sa direction parce que lui et son équipe ont gardé le profil bas et ont fait le travail qui leur était confié et ne se sont pas laissés prendre à la politique partisane”, a déclaré M. Langevin.

L’agence a émergé après des débuts difficiles. Juste avant que le président Barack Obama ne quitte ses fonctions, les États-Unis ont désigné les systèmes électoraux comme une infrastructure de sécurité nationale essentielle, comme des barrages ou des centrales électriques, en raison de l’ingérence de la Russie, qui comprenait la pénétration des systèmes électoraux étatiques ainsi que la désinformation massive.

Certains fonctionnaires électoraux d’État et républicains, méfiants d’une intrusion fédérale sur leur territoire, se sont opposés à la création de la CISA. L’Association nationale des secrétaires d’État avait adopté une résolution en opposition à cette décision en février 2017. Mais l’administration Trump a soutenu cette désignation et, finalement, des représentants d’État qui étaient au départ sceptiques ont fini par saluer l’aide que procurait la CISA.

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