Troubles alimentaires en hausse: voici comment les parents peuvent aider leurs ados

Un changement dans la relation à la nourriture pendant le confinement doit être pris au sérieux.

«Manger ses émotions» est monnaie courante pour de nombreux Canadiens aux prises avec des problèmes de santé mentale déclenchés par la pandémie de COVID-19. Cependant, pour de nombreux adolescents isolés, le fait de manger trop ou pas assez est devenu une source constante de stress.

Les lignes d’assistance canadiennes ont vu une nette augmentation des appels liés aux troubles alimentaires depuis le confinement instauré en mars: les adolescents rejoignent des organismes comme Jeunesse, J’écoute à propos de leur relation à la nourriture et à leur image corporelle plus que tout autre problème, rapporte CBC. Ceux qui pratiquaient des sports auparavant sont particulièrement à risque; la nutritionniste sportive Jennifer Sygo explique à CTV News que de nombreux jeunes athlètes se sont tournés vers un contrôle abusif de leur alimentation, en l’absence d’un cadre de vie plus discipliné.

Une récente étude universitaire américaine portant sur les adolescents révèle que la pandémie a aggravé les principaux facteurs de stress liés aux troubles de l’alimentation: dépression, isolement social, soucis financiers, traumatismes et problèmes à la maison.

Si vous êtes préoccupé par les habitudes alimentaires de votre adolescent et que vous voulez l’aider à mieux gérer le tout, voici ce que vous devez savoir:

Manger pourrait être leur moyen de se sentir en contrôle

La pandémie a considérablement accru le sentiment d’impuissance dans nos vies, un facteur important lorsqu’on aborde les troubles alimentaires. Aryel Maharaj, du National Eating Disorder Information Centre, explique dans une entrevue accordée à CTV News que de nombreux adolescents qui ont appelé le centre ont relaté comment le fait de contrôler ce qu’ils mangeaient les avait aidés à se sentir mieux.

«J’imagine que je ne me sens pas en contrôle en ce qui a trait les circonstances actuelles, mais mon alimentation et mon poids, ça, je peux les contrôler», résume Maharaj en évoquant leurs témoignages.

Certains adolescents peuvent également se sentir obligés de contrôler leur alimentation à cause des communautés en ligne et des blagues sur la prise de poids en temps de pandémie; une adolescente interrogée par Good Morning America a dit que des blagues sur le fait de «prendre plus de livres», ou «le COVID 15», l’a amenée à ne plus suivre certains comptes sur les réseaux sociaux.

Avoir un trouble de comportement alimentaire, ce n’est pas toujours (seulement) sauter des repas

Psychology Today répertorie le sentiment d’anxiété à l’égard de certains groupes alimentaires, la dysmorphie corporelle, le fait d’éviter les repas et l’obsession des calories comme des signes d’un potentiel trouble de comportement alimentaire.

L’écrivain de ScaryMommy, Clint Edwards, dit qu’il a vu son fils manger en trop grande quantité pendant la pandémie.

«Par exemple, on a l’impression qu’il mange 800 repas par jour... [cela] m’inquiète de savoir à quel point c’est vraiment parce qu’il faim, et à quel point il essaie juste de prendre le contrôle sur ce qui semble être des conditions de vie sur lesquelles on n’a pas de contrôle», écrit Edwards.

Les adolescents peuvent également montrer des signes d’un trouble alimentaire à travers ce qu’ils disent. Hina J. Talib, spécialiste de la médecine chez les adolescents, affirme au Science Times que le fait d’entendre des phrases comme «Je suis si gros» et «Si je prends du poids, je serai dégoûtant» doit souvent être pris au sérieux.

Tout le monde peut être à risque

Les parents peuvent penser que les habitudes alimentaires de leur enfant sont conformes tant qu’il n’est pas maigre, mais c’est faux selon la National Eating Disorder Association. Selon un article du New York Times, les jeunes de tout poids, origine ethnique et sexe sont à risque de développer des troubles alimentaires; les adolescents qui n’adressent pas ces problématiques peuvent par ailleurs en subir les conséquences à long terme.

«Sans un diagnostic et une intervention appropriés, les jeunes ayant des comportements alimentaires problématiques peuvent compromettre leur croissance et leur santé à long terme et peuvent même créer un problème de toxicomanie», rapporte le média.

Ça peut aider les jeunes de se sentir moins incertains et seuls

Le fait de mettre en place des stratégies de bien-être mental - élaborer des routines de soins personnels ensemble, encourager des conversations ouvertes sur ce que l’on vit, par exemple - peut aider les parents à soutenir les adolescents qui sentent ne pas avoir le contrôle sur rien.

Ils peuvent également trouver du réconfort dans les communautés en ligne. Si tel est le cas, le fait de se désabonner des personnes qui encouragent leurs comportements alimentaires problématiques - comme celles qui promeuvent des normes de beauté irréalistes - peut être utile.

Pour encourager des comportements plus compatissants envers soi-même, on peut remplacer ces comptes par ceux de ressources d’aide consacrées aux personnes touchées par les troubles alimentaires, comme Anorexie et Boulimie Québec (Aneb).

De nombreuses pages partagent du contenu positif que les adolescents peuvent trouver réconfortant lorsqu’ils se sentent déprimés ou sont aux prises avec des troubles alimentaires.

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Bon lundi, J’entends souvent des gens parler comme si la relation avec la nourriture ne pouvait être que complexe. Comme s’il était normal de vivre de la culpabilité face à certains aliments ou vouloir être constamment à la recherche d’une façon de « mieux manger ». Mais c’est faux. Bien que certains aliments soient plus nutritifs que d’autres, il est possible de consommer des aliments qui nous font plaisir sans ressentir d’émotions désagréables ou être dans le calcul pour mieux compenser le lendemain. Il est possible de faire confiance en son corps et sa capacité à trouver un équilibre. Avoir une relation saine à la nourriture ne veut pas dire de ne jamais dépasser son signal de satiété ou ne jamais manger ses émotions. Cela implique d’en être conscient et être bienveillant envers soi. J’entends votre scepticisme... et pourtant, encore une fois : c’est possible ! Mais je comprends aussi que cela peut être un processus difficile et parsemé d’embûches... dont notre propre ambivalence ! Après tout, la culture des diètes est partout pour bien nous rappeler que notre corps et notre alimentation doivent être contrôlés ! Évidemment, atteindre une relation saine avec la nourriture peut demander de l’aide. Il y a des nutritionnistes et des psychologues qui sont formés pour vous aider à atteindre cette liberté. Qu’en pensez-vous ? Quel est votre plus grand obstacle à ce sujet ?

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Jeunesse, J’écoute et d’autres initiatives similaires ont des conseillers qui peuvent écouter les adolescents sans jugement et les mettre en contact avec des ressources au besoin. Et comme pour tout stress émotionnel ou mental, il est toujours bénéfique de demander l’aide d’un professionnel — comme un rendez-vous virtuel avec un thérapeute ou un centre de traitement — si nécessaire.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.