TÉMOIGNAGES
16/01/2020 15:47 EST | Actualisé 16/01/2020 15:50 EST

TOC: «Quand j’ai vu le psychiatre, j'ai eu peur qu’il me passe les menottes»

Il a dit: «Non, je n'appellerai pas la police. Ce que vous me décrivez, c'est carrément et exactement un trouble obsessionnel-compulsif.»

Courtoisie/Frédéric Tremblay
Frédéric Tremblay

Les propos de ce témoignage ont été recueillis par le HuffPost Québec et retranscrits à la première personne.

Mes symptômes ont commencé quand j’avais 18 ans. Je ne savais pas ce que j’avais, mais c’était assez léger, donc je pouvais continuer à fonctionner assez bien. Je n’en parlais pas à personne. Dans ma trentaine, ça a pris beaucoup d’ampleur. C’est devenu sévère. 

Il y a plusieurs types de troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Moi, ce n’était pas la peur de contamination ou des vérifications de ronds de poêle ou de poignées de portes. C’était surtout des phobies d’impulsion. 

J’avais peur de faire des choses qui sont contre mes valeurs et contre toute morale comme la peur de faire un acte violent. Par exemple, je pouvais être en voiture et je m’imaginais donner un coup de volant et écraser des gens sur le trottoir.

C’était aussi la peur de devenir agresseur sexuel ou pédophile, de faire un scandale sur la place publique, d’insulter mon patron, de pousser quelqu’un par terre, de démolir quelque chose.

Mes peurs prenaient la forme d’obsessions. Dans ces moments-là, l’anxiété montait beaucoup, beaucoup. Pour pallier la détresse, je me mettais à faire des compulsions en essayant de bloquer ces pensées-là: me convaincre que je ne suis pas un psychopathe en allant voir sur internet pour être certain, scanner ma vie depuis le début pour voir si j’avais déjà été méchant ou violent, prier et faire des confessions compulsivement. 

J’étais tourmenté, je n’avais pas de sérénité, je ne sentais pas que je méritais d’être bien et heureux. Je me sentais comme un monstre, laid et mauvais.

Je faisais aussi des demandes de réassurances à mon entourage. J’allais voir ma blonde ou mes parents en leur expliquant ce qui s’était passé pour qu’ils m’assurent que je n’étais pas fou. C’était très épuisant pour eux. J’ai souvent eu peur que ma blonde me laisse. 

En 2003, je faisais mon MBA et j’ai dû arrêter mes études. Je faisais une crise majeure. J’ai pu voir un psychiatre en urgence.

J’ai eu trois grandes crises dans ma vie. Dans ces moments-là, je ne pouvais plus fonctionner au quotidien. Je ne pouvais pas tondre le gazon, m’occuper de mes enfants, travailler, ni aller prendre une marche seul. Il fallait que quelqu’un m’accompagne. J’avais trop peur de mes pensées. J’étais tourmenté, je n’avais pas de sérénité, je ne sentais pas que je méritais d’être bien et heureux. Je me sentais comme un monstre, laid et mauvais. 

Une partie de moi croyait vraiment que je ferais de la prison.

J’avais vu plusieurs psychologues qui n’avaient pas réussi à faire un diagnostic de TOC. On me traitait en me disant que c’était des petites phobies et on me donnait des exercices de relaxation et de respiration.

En même temps, il faut dire que je cachais beaucoup mes symptômes parce que j’avais honte et j’avais peur qu’ils appellent la police. Ça ne les aidait pas à m’aider. 

Quand j’ai vu le psychiatre, j’ai eu peur qu’il me passe les menottes. Avant de rentrer dans son bureau, j’avais décidé que j’allais tout dire et que je ne cacherais rien. Au pire, j’irais en prison, mais au moins, je me serais vidé le coeur. Une partie de moi croyait vraiment que je ferais de la prison. 

Durant cinq minutes, j’ai nommé tous mes symptômes en détails et après, je me suis affalé sur ma chaise. Ça m’avait tellement fait de bien. Je lui ai dit: «Je sais que vous allez probablement appeler la police, mais c’est correct. Je suis prêt.» 

Il y a eu un silence, il est parti à rire et il a dit: «Non, je n’appellerai pas la police. Ce que vous me décrivez, c’est carrément et exactement un trouble obsessionnel compulsif.» 

Ça m’a enlevé un poids de 1000 livres sur les épaules. Je n’étais pas psychopathe ni un monstre et je n’irais pas en enfer.

Je suis maintenant en grande forme physique et mentale. C'est une nouvelle vie, carrément.

Il m’a prescrit de la thérapie et de la médication. Ça m’a aidé à fonctionner pendant plusieurs années. Je me suis marié, j’ai eu des enfants et j’ai travaillé à temps plein. Aussitôt que j’allais un peu mieux, j’arrêtais la médication à cause de difficultés sexuelles, un effet secondaire, et pour des raisons d’orgueil. Je faisais des rechutes. 

En 2015, j’ai eu ma plus grosse crise. La médication ne fonctionnait plus. J’ai été absent du travail durant huit mois. J’ai été hospitalisé en psychiatrie. On a essayé plusieurs médicaments avant de finalement trouver le bon. 

Depuis l’automne 2016, je n’ai plus aucun symptôme. Je suis maintenant en grande forme physique et mentale. C’est une nouvelle vie, carrément. J’ai une belle carrière et une joie de vivre que je n’avais pas connue avant. C’est un très beau rétablissement et je suis très content. 

Ça peut encore m’arriver d’avoir une obsession qui arrive dans ma tête, mais elle n’a plus aucune emprise sur moi. Elle est là, elle dure deux secondes, je pars à rire et elle s’en va. 

Je suis toujours prudent. Je continue à avoir une bonne hygiène de vie et à prendre soin de moi. Accepter la maladie, c’est un cheminement. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. La thérapie, la médication, la méditation et la prière ont porté fruit au fil des années. Ça a été un long parcours.

Maintenant, je suis bien avec moi-même. Je ne me sens plus coupable, je ne me sens pas comme un monstre et je m’accepte beaucoup mieux. 

J’ai une maladie du cerveau. Je n’ai pas choisi ça, et il y a des moyens de s’en sortir. 

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Propos recueillis par Florence Breton.

Frédéric Tremblay est président bénévole à la Fondation québécoise pour le trouble obsessionnel-compulsif, un organisme offrant de l’aide téléphonique et du référencement aux personnes atteintes de TOC et à leurs proches. La fondation organise également des conférences publiques et rencontre les décideurs politiques pour les sensibiliser à l’accès public aux soins en santé mentale.