Trouble du langage: l'importance d'agir tôt

Quels sont les signes à surveiller? Et comment peut-on en atténuer les conséquences?

Non, le trouble du langage ne découle pas du fait qu’un enfant n’a pas été pas assez stimulé. Ni du fait qu’il ait appris deux langues en même temps. Le trouble développemental du langage touche environ 7% des enfants âgés de 5 ans. Et il est encore l’objet de plusieurs fausses croyances.

Pourtant, intervenir tôt est la clé pour tenter de limiter les dégâts et faire en sorte que l’enfant réussisse bien à l’école, un peu plus tard. Mais comment le détecter? Quels sont les signes à surveiller? Et comment peut-on en atténuer les conséquences? Alors que se clôt le mois de sensibilisation aux troubles de l’apprentissage, le HuffPost Québec s’est entretenu avec Frédérique Asselin-Giguère, orthophoniste au Centre de réadaptation Marie-Enfant du CHU Sainte-Justine, pour démystifier le trouble développemental du langage (TDL).

C’est quoi au juste?

Le trouble développemental du langage, qu’on a longtemps appelé «dysphasie», se caractérise par une difficulté à comprendre le langage ou à s’exprimer, ou les deux. Les enfants dysphasiques auront donc de la difficulté à comprendre des consignes, à bien prononcer et à raconter des événements, par exemple (le tout selon leur âge, évidemment). À ne pas confondre avec la dyslexie, qui représente une difficulté à identifier les mots écrits.

Il s’agit d’un problème neurologique présent à la naissance.

«C’est important de savoir que le trouble développemental du langage ne se développe pas parce que l’enfant n’a eu pas assez de stimulation, explique Frédérique Asselin-Giguère. Dès la naissance, il a cette prédisposition.»

Frédérique Asselin-Giguère, orthophoniste
Frédérique Asselin-Giguère, orthophoniste

Par quoi est-ce causé?

En fait... on ne le sait pas vraiment, encore. On sait que le TDL a tendance à être héréditaire, mais on n’a pas identifié un gène qui en serait responsable, affirme l’orthophoniste. Plusieurs chercheurs se penchent sur le sujet.

Quels sont les signes à surveiller chez un jeune enfant?

On sait que plus le TDL est diagnostiqué tôt (et donc pris en charge par un orthophoniste), plus l’enfant a de chances de faire des progrès rapidement. Surtout qu’avec les délais qu’on connaît dans le système de santé québécois, cela pourrait prendre quelques mois avant de pouvoir voir un spécialiste... Mais encore faut-il savoir quoi surveiller... Voici quelques signes qui devraient vous pousser à consulter, si vous les observez chez votre enfant.

  • Entre 12 et 18 mois, il ne reproduit pas les sons et les mots qu’il entend, ne cherche pas à communiquer. Il ne vous regarde pas lorsque vous lui parlez, et il ne réagit pas à l’appel de son prénom.
  • À deux ans, l’enfant ne met pas deux mots ensemble. Il a de la difficulté à comprendre les consignes simples du quotidien.
  • Vers deux ans et demi, il apprend difficilement de nouveaux mots.
  • À trois ans, l’enfant ne comprend pas les mots abstraits, comme des couleurs ou des directions. Il ne fait pas de courtes phrases.
  • À quatre ans, il a de la difficulté à tenir une conversation.
  • À cinq ans, il n’arrive pas à raconter une histoire ou une anecdote.

Certains de ces signes pourraient s’apparenter à ceux qui se manifestent chez un enfant autiste. Toutefois, dans le cas d’un enfant dysphasique, c’est son incapacité technique à formuler des mots et des phrases qui est caractéristique.

Et après, on fait quoi?

Si vous remarquez ces signaux chez votre enfant, il est conseillé de vous informer auprès de son médecin, ou de votre CLSC, qui vous guideront vers les ressources appropriées.

Vous serez probablement dirigé vers un orthophoniste. Celui-ci travaillera ensuite la stimulation du langage dans les activités du quotidien, selon ses besoins spécifiques. S’il s’agit d’un enfant âgé de moins de trois ans, cela passera par des jeux, toujours avec le ou les parents. L’objectif sera ensuite de reproduire ces réussites à la maison et à la garderie, pour qu’il arrive à se faire comprendre.

«Un enfant avec un potentiel cognitif est capable d’évoluer assez rapidement», assure Frédérique Asselin-Giguère.

Ensuite, lorsque l’enfant commencera l’école, l’orthophoniste de l’école ou de la commission scolaire sera mis au courant et pourra le superviser.

«On s’entend que la communication, c’est la base pour tous les apprentissages, souligne l’orthophoniste. Pour comprendre ce qui est expliqué, à l’école... tout passe par le langage, la parole. Quand on a des difficultés à l’oral, ça prédispose à avoir des difficultés d’apprentissage du langage écrit.»

L’enfant qui a du mal à se faire comprendre peut aussi vivre beaucoup de frustration et avoir une mauvaise estime de lui-même.

Quelques trucs

Voici quelques conseils pour mieux vous faire comprendre par votre jeune enfant... qu’il ait un TDL ou non.

«C’est bon pour tous les enfants, mais encore plus pour ceux qui n’ont pas le même rythme que les autres», précise Frédérique Asselin-Giguère.

  • Se mettre à la hauteur de son enfant quand on lui parle, pour encourager un contact visuel. «Ça aide à attirer son attention, mais ça l’aide aussi à voir comment on place notre bouche pour faire certains sons», explique l’orthophoniste.
  • S’ajuster au niveau de langage de l’enfant. «Je fais souvent l’analogie avec un escalier, illustre Frédérique. S’il est sur la marche du bas et nous, quatre marches au-dessus, ça va être difficile. Mais si on se met juste une ou deux marches au-dessus, ça sera plus facile de le tirer vers le haut avec nous.»
  • Donner des modèles visuels à l’enfant, lorsque c’est possible. Ainsi, on peut pointer quelque chose dont on parle pour faciliter la compréhension.
  • Laisser du temps à l’enfant pour répondre, même lorsqu’il est bébé. «Quand on lui pose une question, on peut compter dans notre tête jusqu’à cinq ou à dix pour lui laisser le temps de formuler sa réponse», dit Frédérique.

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